Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
12 novembre 2011 6 12 /11 /novembre /2011 18:32

Chronique N°849


L’épisode méditerranéen qui a apporté la désolation du jeudi 3 au mercredi 9 novembre parait particulièrement complexe au niveau hydrologique.

L’ensemble des cours d’eaux méditerranéens français a été affecté, l’épisode est d’importance sans atteindre le niveau des catastrophes.

Il s’en approche le plus sur l’Hérault où la cote de 5.6 m à Montagnac place la pointe du 4 novembre entre celles du 5 novembre 1994 et du 9 novembre 1982, mais très en dessous des crues historiques du 3 octobre 1868 ou du 30 septembre 1958.

Du côté cévenol, les réactions des rivières sont très variables, l’Ardèche avec 8 mètres à Vallon Pont dArc et la Cèze avec près de 7 mètres à Bagnols ont plus monté que les Gardons ou le Vidourle. Dans tous les cas les niveaux restent très en dessous des grandes crues historiques, comme celles du 8 septembre 2002 du 20 septembre 1846 ou du 30 septembre 1958 sur les Gardons ou de septembre 1890 pour l’Ardèche.

Au nord, l’Allier a encore connu un niveau de 4,20 m à Langogne qui baisse très vite vers l’aval. La Loire approche 5,5 m à Chadrac. Sur les deux cours d’eau, les niveaux sont très en dessous des grandes crues récentes du 2 novembre 2008, du 2 décembre 2003 et du 21 septembre 1980, et encore plus des anciennes octobre 1789, 1846 ou 1907. La montée du fleuve devient dérisoire à Bas en basset. Les rivières de l’est du Massif central entre Mézenc et Pilat ont peu débordé qu’elles soient du versant rhodanien comme l’Eyrieux, le Doux (2.13 m à Tournon) et la Cance ou de celui de la Loire, Lignon vellave, Dunières, Semène et Furan.

Du côté languedocien l’Aude et l’Orb ont très peu réagi et il faut se déplacer jusqu’au pied du versant septentrional des Pyrénées pour trouver à nouveau des crues significatives. Le Tech au Boulou a atteint 3.49 m, très loin de la catastrophe d’octobre 1940. La Garonne  à Valentine ou la Neste d’Aure dans les Pyrénées ont connu des montées entre 2.5 et 3 mètres.

Comme vous pouvez le constater il n’y a aucune continuité géographique dans l’importance des crues entre les bassins, deux voisins peuvent avoir connu des niveaux très différents, deux éloignés ont été susceptibles d’être plus touchés

On retrouve la même caractéristique de la Provence à la Ligurie italienne avec trois secteurs particulièrement affectés :

En Italie, celui de Gènes a été le plus touché

Du côté français, les deux bassins les plus affectés ont été ceux du loup et de l’Argens. Le Loup semble avoir connu sa troisième crue en importance des 20 dernières années: Le loup en crue à Villeneuve Loubet (6/11/2011) .  Sur l’Argens, les niveaux ont été bien plus faibles que lors de la catastrophe du 15 et 16 juin 2010. A Roquebrune sur Argens la maximum enregistré n’a pas dépassé 6,5 m soit environ 1.2m en dessous de la crue de juin 2010.

Entre ces bassins, certains cours d’eaux provençaux comme l’Huveaune ou de la partie occidentale du Var  ont été très relativement épargnés avec des montées plus limitées.

Seule la crue de la Durance avec plus de 4,5 m à Cavaillon mérite d’être signalée très loin des crues de janvier 1994 ou décembre 2003

Particularité assez surprenante de toutes ces inondations à l’est du Rhône, la crue s’est concentrée dans la partie aval des bassins alors que l’amont était moins affecté. Sur le bassin de l’Argens,  la Nartuby et les rivières de la partie amont ont moins réagi que l’aval qui a concentré les eaux avec le niveau le plus élevé à Roquebrune sur Argens. C’est l’inverse de la catastrophe de juin 2010. De même sur la Durance, il faut atteindre Cavaillon pour un niveau supérieur à 4,5m .

C’est au débouché des montagnes, le plus souvent sur le littoral, que l’inondation a été la plus forte. La pénétration des pluies a été assez faible à l’intérieur du pays au-delà de la première crête montagneuse.

Le profil de ces crues est très particulier au point qu’un expert non averti pourrait les confondre avec celui des grandes crues polygéniques des fleuves océaniques, une montée brutale des eaux au départ en plus, avec derrière deux, trois,  intumescences ou plus.

L’Hérault avait multiplié les ondes séparées jusqu’au 2 inclus mais à partir du 3, elles sont si rapprochées qu’elles donnent vers l’aval à Montagnac une longue période d’étal après le maximum de la nuit du 4 novembre à 2 heures.

Sur l’ensemble des cours d’eaux des Cévennes et des monts du Vivarais jusqu’au Pilat, les rivières présente 3 pointes dans les trois nuits consécutives à partir de jeudi soir.

Sur les gardons le maximum principal se trouve sur la première de jeudi à vendredi, en début de soirée sur les deux branches de l’amont et en fin de nuit à Remoulins après la convergence..

Sur la Cèze, les trois intumescences sont quasiment à égalité au dessus de 6 mètres, séparées par une amorce de décrue. La plus importante change entre l’amont et l’aval de la rivière.   Sur tous les cours d’eaux descendant de la partie nord de la crête orientale du Massif central, à partir des Boutières jusqu’au Pilat, soit l’Ardèche, l’Eyrieux, le Doux, la Cance du côté rhodanien et l’Allier et la Loire supérieure avec ses affluents jusqu’au Furan, la pointe principale est celle de la nuit du vendredi au samedi. Elle est parfois encadré de façon symétrique par la première montée de la veille et celle qui perturbe la décrue samedi soir.

En Provence et Côte d’Azur, les crues sont plus tardives et ne commencent pas avant la nuit de vendredi à samedi. Après une première montée dans la matinée de samedi,  les rivières restent élevées le dimanche avec un maximum principal en début de journée sur la Durance et enfin sur l’Argens. Les nouvelles pluies de mardi perturbent seulement la décrue. Les rivières sont restées à des niveaux très élevées,  5 jours durant, avec un empâtement de la crue qui correspond peu au schéma de la montée brutale et brève des pays méditerranéens.

En Ligurie l’évolution des zones les plus arrosées et inondées est aussi intéressantes. Elles commencent à l’est sur le secteur de Gènes, le 4 novembre, puis elles se déplacent vers l’ouest le 5 dans le secteur de Savone Impéria , puis le dimanche 6 près de la frontière française vers San Rémo.

Géographiquement, tout se passe comme si une multitude de pluies et de crues séparées avaient débuté à partir du Languedoc d’un côté et de la région de Gènes le 4 novembre de l’autre, pour converger le 8 et le 9 novembre sur le Var et  la Cote d’Azur.

Cette séparation de l’épisode pluvieux en une multitude d’averses successives qui ont frappé ici et là pendant près d’une semaine, a-t-elle contribué à accentuer ou à atténuer les calamités ?

Les pluies prises individuellement ont été peu intenses. Sauf en Italie, très rares sont les cumuls de précipitations qui ont dépassé 200 mm en 24 heures, seuil retenu habituellement pour ces pluies exceptionnelles. Dans un secteur où le temps de réponse des bassins versants aux pluies est très court, ceci a contribué notablement à limiter le maximum des crues et donc à atténuer leur dangerosité.

Par contre sur l’ensemble des 6 jours, la répétition des pluies les unes après les autres a atteint des niveaux énormes. On frôle effectivement le mètre au mont Aigoual depuis le 23 octobre. Avec une telle continuité, cet épisode peut être comparé à celui du 19 au 23 septembre 1890 qui avait apporté 971 mm à Montpezat et celui du 3 au 9 décembre 1953 avec 855 mm à la clinique de Combes au-dessus de Lamalou les Bains. Une telle répétition de pluies a saturé les sols et augmenté les coefficients d’écoulement et le ruissellement au fil des averses. Entre le 6 et le 9, des précipitations qui en d’autres circonstances n’auraient pas fait bouger les rivières, ont provoqué des maximums secondaires ou gêné la décrue.

Gérard Staron vous donne rendez-vous samedi prochain, sur les ondes de radio Espérance pour la 850 ème et bonne semaine à tous

Partager cet article

Repost0

commentaires

Presentation

  • : Le blog de Gérard Staron Président de l'AMRL
  • : Le journal du climat et de la géographie libres. Actualité climatique Climat et société, impact du climat sur les activités humaines . Prévisions sur 4 jours
  • Contact

Rechercher

Articles Récents

Mes ouvrages

                                                                noel boules noel boules 4 gif                                                              noel boules noel boules 4 gif                                                                                                                                                                                                    noel boules noel boules 4 gif

Mon Site

                                                                                                                        Site

Articles sur Le progrès

Phénomènes météo exceptionnels de 1945 à nos jours (2013)

Quel drôle de temps

La Loire p 78, 79

Le Gier p 80

La fureur du Furan p 81

Climat de la Loire: Effet de couloir p 194

Climat de la Haute-Loire:

Le coeur  du Massif Central  p 195