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24 septembre 2011 6 24 /09 /septembre /2011 16:14

Chronique N°842

 Les championnats du monde de cyclisme 2011 sur route se déroulent cette semaine au Danemark. Les observateurs tentent toujours de savoir quelles sont les pourcentages des côtes du circuit pour déterminer l’allure de la course, les chances des divers concurrents, l’importance de la sélection et la possibilité pour les sprinters de pouvoir passer les difficultés du circuit.

Tel n’est pas le cas, cette année au Danemark dans un pays où le point culminant atteint péniblement 172 m à « l’Ejer Bavnehöj » sur des collines morainiques. Les circuits utilisés sont naturellement au diapason de la planéité du pays, situé dans l’île de Seeland, entre les détroits qui permettent le passage de la Mer du Nord à la Baltique. Les épreuves contre la montre du début de la semaine se sont disputées dans le centre parfaitement plat de Copenhague à proximité des principaux monuments institutionnels du pays. Celles en ligne se déroulent en ce moment un peu au nord de la capitale. Les dénivellations du circuit sont faibles, à l’échelle de celles du pays, les altitudes varient entre 17 et 59 mètres, la côte d’arrivée dépasse à peine 20 mètres de dénivelé. Voilà qui parait dérisoire quand on connait les pentes de certains monts flamands ou des cols franchis lors du Giro, de la Vuelta ou du Tour de France. Tous les spécialistes parient sur une arrivée au sprint et en tout état de cause la victoire de grimpeurs est très fortement improbable.

Ceci ne veut pas dire qu’il n’y aura pas de sélection, mais elle dépend ici d’un facteur aléatoire : la Météorologie. Cette dernière a déjà perturbé la course contre la montre des dames          avec une pluie survenue au milieu de l’épreuve qui a permis à une canadienne relativement inconnue, Clara Hugues, de posséder le meilleur temps pendant très longtemps, jusqu’aux toutes dernières concurrentes et à la cessation de la pluie.

Dans ce pays, le principal facteur des courses cyclistes est le vent. En 2005 Michaelsen  remporte le Tour du Qatar marqué comme chacune de ses éditions par un vent constant et violent. Le danois rappelle l’habitude des coureurs de ce pays à affronter Eole « le vent est une spécialité pour l’équipe CSC, mais aussi pour les coureurs danois. Nous étions quatre à l’avant car nous sommes habitués à ce genre de conditions, nous n’avons pas de montagnes mais nous avons le vent ».

Pourquoi le Danemark, est-il le pays du vent ?

Il est l’un des leaders dans la production d’électricité éolienne. Surtout la côte orientale de la mer du Nord reçoit de plein fouet les perturbations et les tempêtes océaniques qui circulent régulièrement au-dessus du 50ème parallèle. La situation météorologique du début de cette semaine correspond parfaitement au type de temps le plus courant du pays. La dépression très creusée à 980 hpa se situe au niveau de l’Islande. Les vents d’ouest et les perturbations viennent en rafales contre les côtes de l’Irlande, puis de l’Ecosse et enfin du Jutland. Elles sont surmontées en altitude du jet Stream. Les vents de sud-ouest au sol à Alborg  dépassent le 20 septembre à 14 heures, 15 nœuds en vitesse moyenne sur 10 minutes et 50 nœuds au niveau de la surface des 500 hpa. Les vents sont d’autant plus virulents qu’ils ont pris de l’ampleur sur la surface maritime et que la rugosité du relief les freine très peu en raison des très basses altitudes.

La partie du pays où se déroule le championnat du monde cycliste  n’est pourtant pas celle où les vents et pluies océaniques sont les plus virulents. Il convient de savoir que ces pays océaniques des hautes latitudes présentent deux faces. Celles à l’ouest sont tellement balayées par les tempêtes que la population est très faible et vient se réfugier sur les faces orientales où il y a un peu moins de vent, de pluie et un peu plus de soleil. Cette situation est valable pour l’Irlande, le nord de l’Ecosse mais aussi le Danemark où la population est venue se concentrer sur les iles autour des détroits alors que l’ouest du Jutland est assez dépeuplé. Naturellement les épreuves de l’actuel championnat du monde cycliste se situent dans la partie la plus peuplée du pays, dans ou à proximité de la capitale, soit dans la partie théoriquement la plus à l’abri

Cette côte qui s’étire de la Flandre aux Pays bas et au Jutland est celle qui associe le vent, les moulins à vent, les polders et le vélo. Elle a donné des coureurs dit flandriens de nature très robustes, cuissus parmi les cuissus, aux grands gabarit, habitués à frotter et à jouer des coudes. Ces athlètes sont particulièrement redoutables dans les courses d’un jour et dans les sprints. Ils constituent souvent des baroudeurs que de très longues échappées ne rebutent pas Cette morphologie lourde s’oppose à celle des grimpeurs, légers, frêles

L’exercice dans lequel se manifeste cette force dans les éléments météorologiques déchaînés se nomme « les bordures ». Ces dernières se mettent en place quand les rafales dépassent 40 à 50 km/h et proviennent de côté ou de ¾ arrière pendant une course.  Dans ce cas les coureurs de la tête du peloton se mettent en éventail pour que celui qui mène, prenne l’essentiel du flot de l’air et que les autres coureurs soient abrités derrière lui. Seulement la route n’est jamais assez large pour que la totalité des concurrents puissent trouver un abri. Ceux qui n’ont pas réussi à trouver leur place dans l’éventail constituent à l’arrière une file indienne nommée la ficelle. Les concurrents placés dans cette longue file unique doivent faire un effort beaucoup plus important que les autres pour se maintenir au contact du peloton car ils subissent de plein fouet le souffle du vent. A un moment la ficelle casse, l’un d’eux perd le contact avec celui devant lui et tous ceux qui sont situés à l’arrière sont lâchés et doivent mettre en place d’autres éventails. Dans ce type de course sous l’influence du vent de côté, ce qui fait la sélection, ce n’est pas la force intrinsèque de chaque concurrent mais son positionnement dans le peloton au moment où le coup se met en place. Le placement dans le peloton est très important et pour l’obtenir dans la première bordure, celle qui reste en tête, il faut savoir jouer des coudes pour toujours se trouver au bon endroit et connaitre un peu la géographie pour deviner le secteur à risque où le vent vient de côté, ou la route est suffisamment dégagée pendant longtemps pour permettre la mise en place de ces bordures.

Les équipes issues de ces pays sont les plus rompues à ce type d’exercice et ce sont elles qui se lancent dans ces coups. L’équipe danoise, autrefois la CSC et maintenant la Saxobank, ont souvent éparpillés le peloton en multiples groupes. Les formations néerlandaises comme la Rabobank ou même flamandes comme la Quick Step ont souvent utilisé ces particularités du vent.

Pendant ces championnats du monde danois, les épreuves contre la montre de la première partie de la semaine ont connu un temps parfaitement conforme à la normalité du pays, même si la force du vent et les pluies n’avaient rien d’excessives. En sera-t-il de même pour les épreuves en ligne qui se déroulent au moment où vous m’entendez ? Il est des pays où statistiquement le vent virulent a plus de chance d’influencer une course, mais ceci ne veut pas dire que le jour « j » le ciel donne un temps adapté

La dernière fois où les championnats du monde sur route se sont déroulés dans un pays scandinave en 1993 à Oslo, le temps avait été exécrable.  Toute la journée un vent violent et de fortes pluies avaient provoqué des chutes nombreuses.  Une sélection très dure avait dégagé un jeune champion qui ne commençait que son palmarès : un certain Lance Armstrong qui s’est échappé en kamikaze dans une descente mouillée.

Si j’en crois les modèles, nous ne sommes pas partis pour la répétition de ces conditions exécrables, il pourrait même y avoir sur le Danemark, un flux de sud presque estival, avec un anticyclone, samedi et dimanche.

Un ciel atypique au Danemark !

Gérard Staron vous donne rendez- vous samedi prochain sur les ondes de Radio Espérance, si vous voulez en savoir plus, je vous signale mon livre en commun avec Jean Paul Bourgier « Conditions climatiques et compétitions cyclistes » 2007 éditions de l’Harmattan . Bonne semaine à tous. 

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