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4 septembre 2011 7 04 /09 /septembre /2011 09:51

Chronique N°839


En dépit d’un mois d’aout encore arrosé, prenant la suite d’un mois de juillet identique et de juin qui avait commencé déjà à inverser la tendance sèche du printemps, la France détient toujours un record de départements faisant l’objet d’arrêtés « sécheresse » accompagnés de restrictions d’eau classées en 3 niveaux différents : crise modérée, crise , crise renforcée, sans oublier auparavant la vigilance et l’alerte !

Au cours de ce mois d’août la stabilité a été presque totale. Le 26 juillet le ministère du développement durable annonçait 68 départements présentant un arrêté  limitant certains usages de l’eau et 8 en vigilance non mentionnés sur la carte, et le 31 août, ces nombres avaient peu changé avec respectivement 65 soit 3 de moins pour ceux subissant un arrêté contraignant et 9 en vigilance soit 1 de plus.

Pour les 26 départements en forte crise de niveau 3 avec les mesures les plus fortes, la carte est quasiment identique,  à l’exception de la Sarthe qui a été sortie de cette catégorie. Il est vrai que le positionnement de ce département dépendait seulement d’une petite rivière qui se jette dans la Sarthe au sud du Mans et dont le nom serait sans intérêt s’il ne permettait un jeu de mot facile : la Rhonne. Ce petit cours d’eau est responsable à lui seul du classement du département, puisque ces derniers sont présentés en fonction du bassin qui connait la crise de la ressource en eau la plus forte et que la totalité des autres bassins étaient en vigilance ou sans mesures particulière. Au cours d’août, la crise hydrique de la Rhonne a été appréciée de façon diverse et, sur la carte nationale, la Sarthe a changé de catégorie. C’est pour cette raison que d’une crise de niveau 3, mesures très fortes,  le 26 juillet, les mesures ont été abrogées sur la carte du 5 août, puis remises en crise de niveau 2 depuis le 19 août.

Cette zone aux restrictions d’eaux les plus fortes, niveau 3, par ailleurs inchangée depuis fin juillet, comprend toutes les régions du littoral de l’Atlantique au sud de la Bretagne, sauf les Landes, avec une pénétration vers l’intérieur sur la partie occidentale et septentrionale du bassin Aquitain jusqu’au Tarn, sur l’ensemble de la région Charente Poitou, sur la totalité de la partie aval du bassin de la Loire à l’exception de la Sarthe et du loir et Cher. Vers le nord, cette zone s’étend jusqu’à la rive gauche de la Seine et à la Côte d’or.

La partie du territoire placée en niveau 2, mesures fortes, de restrictions d’eau correspond à deux ensembles géographiques à la fin août :

1)      L’Alsace qui a perdu le Territoire de Belfort qui était aussi dans ce cas fin juillet

2)      Une zone centrale de la France limitée par le Rhône et la Saône à l’est et les régions des bassins Aquitain et de la Loire en niveau 3 déjà présentées.

Dans le Massif central, les changements ont été nombreux. La Lozère a été sortie au cours d’août. La Haute Loire y est rentré, puis sorti, pour les bassins du Lignon Vellave, de la Borne et de l’Allier aval. Enfin les départements de la Creuse, du Puy de Dôme et du Cantal qui ne faisaient l’objet d’aucune mesure fin juillet ont été inclus pour certains de leurs bassins ou en entier comme la Creuse. Pour le Cantal, il s’agit de ceux de la Dordogne, du Lot et de la Truyère.

Enfin les mesures de restrictions les plus faibles, niveau 1, concernent encore fin août nombres de départements de la rive droite du bassin de la Seine et de la rive gauche de l’axe Rhône Saône. C’est dans ces régions que quelques départements ont été libérés des contraintes: la Haute Marne, le territoire de Belfort, le Jura, les deux « Savoie ».

S’il peut paraitre logique, que les départements du Nord, des Ardennes, de la Lorraine au Jura, copieusement arrosés habituellement et cet été, soient sans contraintes majeures, même si certains sont en vigilance comme ceux du Nord Pas de calais. Le comble, trouver dans cette catégorie la plus grande partie du littoral méditerranéen et du pays toulousain, parait  curieux, puisqu’en année normale ces zones souffrent de la sécheresse méditerranéenne. Au moins, 2011 ne sera pas catastrophique pour le territoire parcouru par les incendies de forêt !

Cette multiplication des contraintes sur plus des 2/3 du territoire national surprend.

Il faut bien reconnaitre que la répartition de la pluviométrie de cette année 2011 ne manque pas d’originalité. Une sécheresse drastique pendant les mois de janvier à mai où nappes rivières barrages et sols établissent en année normale leur ressource en eau pouvait faire craindre le pire pour la suite. Une pluviométrie importante de juin à août au moment habituel du déficit hydrique de saison chaude provoquant l’épuisement de la réserve en eau du sol,  l’étiage des rivières et la baisse des nappes fournit un cas tout aussi erratique. La catastrophe par manque d’eau pouvait être envisagée pour la fin de l’été si la pluviométrie continuait la suite logique de la situation de fin mai ! Il n’en a rien été et le ciel a commencé à compenser sa déficience antérieure à partir de juin.

Cette compensation a été très inégale sous une forme d’orages. A quelques kilomètres, des secteurs restent secs et d’autres connaissent une belle abondance. Le versant nord du Pilat a connu dès le mois de mai une reconstitution de sa ressource en eau avec le secteur de Tarentaise. La partie sud s’y est associé depuis Juin avec mon poste de Montregard, ces zones ont accumulé une belle abondance avec même des orages parfois trop virulents en août ! A quelques kilomètres des ilots secs subsistent ! La situation de la France est donc devenue un véritable puzzle aux pions humides et secs. Placer un département entier dans des secteurs de restrictions d’eau quand seulement un ou deux bassins plus ou moins isolés connaissent une certaine indigence donne une idée fausse de la situation de la France. Un tel écart entre l’état hydrique et l’état administratif rend totalement illisible la situation de la ressource en eau.

Il existe aussi des contradictions majeures sur une même région entre la situation des eaux de surface et celles des nappes profondes. Dans le nord, le Boulonnais connaissait à la mi-août un niveau très bas de ces nappes phréatiques, mais un débit satisfaisant pour la saison de ses rivières de surface comme la Liane. Ce secteur a été marqué par la sécheresse du printemps qui a gêné la recharge de ses nappes en raison de la déficience des temps perturbés océaniques. Les pluies récentes ont remonté le niveau des rivières, mais n’ont pas atteint les nappes. A l’inverse le bassin de la Sambre connait des niveaux de nappes satisfaisants, car des fortes pluies et des crues en janvier avaient permis leur recharge avec une bonne pénétration de l’eau en profondeur, alors que l’étiage des rivières, en particulier l’Helpe mineure, est inquiétant, en dessous du niveau d’une année sur 20. Les orages de cet été ont oublié ce petit secteur !

Il existe aussi des situations curieuses  quand le même cours d’eau change de département. Par exemple le bassin de l’Allier, lors de la situation du 19 août, était administrativement en crise dans le Brivadois. Quand il passait dans le Puy de Dôme, il ne faisait l’objet d’aucune mesure, sauf pour son bassin de rive gauche en aval de Cournon à partir du 23 août. Quand l’Allier continuait dans le département du même nom, il était en vigilance, ce qu’il perdait en passant dans la Nièvre. J’aurais pu me livrer aux mêmes remarques au sujet de l’évolution des différents arrêtes de restrictions d’eau dans divers bassins. Sur le Lignon vellave, un arrêté du 17 août, place en crise la partie amont, mais pas l’aval, or c’est pourtant dans cette dernière que les ponctions  pour l’alimentation en eau de l’agglomération de Saint Etienne ont lieu au barrage de la Lavalette, donc il devrait y avoir moins d’eau !

Les exemples de ce type pourraient être multipliés. La situation de 2011 est totalement inhabituelle, sécheresse des mois d’abondance normale et abondance des mois de sécheresse estivale, puzzle des orages, mais l’administratif s’adapte très difficilement aux lois du ciel et cette chronique n’en est qu’une illustration infime !

Gérard Staron vous donne rendez-vous samedi prochain pour une nouvelle chronique de climatologie. Bonne semaine

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