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23 juillet 2011 6 23 /07 /juillet /2011 19:28

Chronique N°834

Le Tour de France 2011 semble avoir beaucoup de chance avec la météo cette année. Depuis qu’il est entré en Bretagne, tous les jours le temps a fait planer un risque sur l’épreuve, les commentateurs se sont égosillés sur le sujet, mais le plus souvent les difficultés se sont dégonflées au moment du passage de la course. Mes prévisions au fil de l’épreuve ont souvent mis l’accent sur cet aspect. Au moment où j’écris cette chronique, des risques très limités de pluie sur l’épreuve existent encore jusqu’à la dernière étape des Champs Elysées.

Après des étapes en Vendée sous le beau temps, la France n’a cessé d’être balayée par des perturbations, en provenance de l’Océan, prenant plus ou moins un caractère orageux en pénétrant sur notre pays, ou en remontant de Méditerranée.  Ces types de temps répétés quotidiennement ont provoqué  deux éléments qui ont affecté la course avec des impacts très différents : La pluie et le vent.

Le vent influence régulièrement les courses cyclistes. Il peut les rendre ennuyeuses quand il vient de face et permet au peloton de s’abriter derrière celui qui mène, mais il peut constituer un élément de panache et de sélection comme nous l’avons montré avec jean Paul Bourgier dans notre ouvrage «  Conditions climatiques et compétitions cyclistes » (2007 éditions de l’Harmattan). Quand il souffle de côté ou de ¾ arrière sur une course avec des rafales qui dépassent le seuil de 40 km/h, le mécanisme des bordures provoque presque mécaniquement un éclatement du peloton. A l’avant de ce dernier, il se forme des éventails pour protéger les coureurs du souffle céleste derrière celui qui mène. Ceux qui ne réussissent pas à s’abriter derrière cet éventail forment à la fin, une file nommée la ficelle où les coureurs doivent faire d’énormes efforts pour maintenir le contact avec le peloton car ils sont en prise directe contre le vent sans protection. A un moment donné, la ficelle casse car un coureur ne peut suivre et  le peloton éclate. Cette situation s’est produite sur de nombreuses étapes, celles arrivant à Mûr de Bretagne, au cap Fréhel, à Lisieux, à Châteauroux, avec chaque fois des vents de sud-ouest dans des secteurs dégagés, sur la dorsale du Ségala avant Carmaux, à Montpellier avec la tramontane, mais le vent avait souvent une vitesse en rafale de l’ordre de 40 à 50 km/h, à peine supérieure au seuil que nous avons mis en évidence dans notre ouvrage, suffisante pour permettre de lâcher quelques groupes à la fin du peloton, mais insuffisante pour provoquer la grande sélection et les coups d’envergure.  A un seul moment, ce mécanisme a failli piéger quelques favoris dont Cadel Evans qui a réussi à rejoindre, mais le peloton est rarement arrivé complet, laissant à l’arrière des groupes attardés, sans toutefois de gros impacts sur le classement général.

La pluie est un élément très gênant qui oblige les concurrents à une très grande prudence pour éviter les chutes sur des routes glissantes ou à se protéger pour éviter les affections médicales, par exemples bronchites qui font souffrir les concurrents. Avec des perturbations quotidiennes sur le pays, il était inéluctable que la pluie rencontrerait à de très nombreuses reprises le Tour, et ce fût le cas en Bretagne, sur la route de Lisieux, sur les crêtes volcaniques du Massif central, près de la montagne Noire et même dans le sud du pays. Les perturbations pluvieuses, comme le Tour, sont deux courants en déplacement sur le territoire, presque à la même vitesse et leur rencontre éventuelle à un endroit déterminé dépend des trajectoires empruntées par les unes et l’autre.

A ce petit jeu de cache-cache, le Tour a plus souvent évité la pluie et le mauvais temps, qu’il n’est tombé dans ses filets, même si l’on peut trouver un exemple dans les deux cas.

Lors de la première perturbation rencontrée par le Tour dans l’étape Lorient-Mûr de Bretagne, les pluies assez faibles traversent d’ouest en est la Bretagne et  le tour effectue un mouvement d’aller et retour dans les monts du centre de l’Arcoat , est-ouest d’abord, puis après Trégourez, ouest–est. La course a suivi et traversé deux fois la masse pluvieuse ce qui a donné l’impression de temps bien plus mauvais et arrosé qu’il n’était en réalité.

A l’inverse, lors de l’étape Saint Paul Trois Châteaux Gap, une très grosse perturbation traverse d’ouest en est les régions méditerranéennes, les Cévennes, puis la vallée du Rhône et les Alpes du sud. Elle dépose des cumuls importants, plus de 20 à 30 mm, pendant plusieurs heures. Elle arrose la ville de départ le matin et fait craindre une étape très arrosée. La course part, alors que la pluie est terminée, et que le soleil est revenu. L’épreuve et les pluies se déplacent dans le même sens mais les coureurs rattrapent les précipitations près de Gap et dans le col de Manse, pour une raison très simple. Les masses pluvieuses viennent buter sur les reliefs élevés du cœur du massif alpin qui ralentit leur marche alors que le peloton continue près de l’arrivée. Une étape qui aurait pu être entièrement arrosée, n’a connu qu’un peu de pluie. Le temps a paru bien meilleur qu’il n’était en réalité !

A ce petit jeu de cache-cache entre le Tour et les pluies quotidiennes d’un mois de juillet qui rentrera certainement dans l’histoire des plus pourris de la France, l’épreuve cycliste n’a pas été prise souvent et a réussi à éviter le mauvais temps quand il faisait rage sur le reste du pays.

Quand le Tour arrive sur les Pyrénées, l’anticyclone des Açores effectue une petite poussée sur le sud-ouest du pays. Alors que le nord de la France subit le mauvais temps des perturbations fraîches, les coureurs ont pu franchir le massif sans pluie, avec un temps très convenable pendant les 3 étapes, même s’il restait un peu d’humidité résiduelle sur le haut des cols du Tourmalet puis de l’Aubisque le lendemain.

Lors de l’étape Limoux-Montpellier, une nouvelle perturbation apporte des pluies importantes. J’ai relevé plus de 12 mm à Montregard comme à Saint Etienne. Mais l’épreuve se déroule au pied des montagnes du Sidobre au contact de la plaine du Languedoc. Cette situation constitue un abri parfait contre les précipitations au pied du versant sous le vent, où l’air perd son humidité en descendant des reliefs. Probablement l’un des rares secteurs à ne pas être arrosé ce jour-là !

Lors de l’étape Gap-Pinerolo, alors que le mauvais temps concerne les Alpes du nord, la course connait le beau temps dans celles du sud. Là encore la célèbre division méridienne du massif a joué son rôle climatique comme très souvent en été.

Le risque a été évoqué pour l’étape du Galibier qui se déroule majoritairement dans les Alpes du sud. La neige est tombée 48 heures avant le passage de l’épreuve, avant le jour fatidique. Les précipitations de jeudi ont une fois de plus affecté les Préalpes du nord, savoyardes ou iséroises. En rentrant dans le massif, elles ont perdu de leur virulence et surtout elles ne sont pas descendues vers le sud. En plus en provenance de l’ouest, elles sont moins froides que celles des jours précédents, et la limite pluie neige est plus haute en altitude !Une fois de plus le Tour a de la chance avec le ciel car les 3 cols du jour, pourtant très hauts, Agnel, L’Izoard et le Galibier sont situés dans les Alpes internes du sud, hors de la zone touchée, de peu pour le dernier qui constitue une limite climatique classique. Il en a été de même le lendemain pour l’étape de l’Alpe d’Huez !

Cette année jusqu’au dernier jour, le temps fait planer sur la course un risque de précipitations !

Le mauvais temps et les courses cyclistes sont deux courants en déplacement continu qui se rencontrent parfois et essaient de s’ignorer. Le choix de l’itinéraire est très important pour en éviter les pièges, toutefois ce dernier est établi bien avant que l’on puisse avoir une idée des types de temps qui séviront au moment de l’épreuve ! Le flair géographique et climatique joue un rôle essentiel !

Il est curieux aussi de constater que ce n’est pas au moment où la route était la plus arrosée, que les chutes les plus nombreuses et les plus graves se sont produites.

Gérard Staron vous donne rendez-vous samedi prochain pour une nouvelle chronique . Bonne semaine

 

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