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16 juillet 2011 6 16 /07 /juillet /2011 18:43

Chronique N°833

La période de la fête nationale est renommée pour ses orages violents. Cette année n’a pas failli à la tradition, même si les fortes précipitations ont précédé de quelques heures la date fatidique du 14 juillet. Elles risquent de reprendre après, dès le week-end !

De la soirée du 11 à la matinée du 12, le hors d’œuvre suit une trajectoire de la Vendée aux collines du Perche. De part et d’autre de ces dernières la pluviométrie dépasse 20 mm autant au sud en Mayenne qu’au Nord en Normandie. Les nuages atténuent progressivement leur arrosage sur la région Parisienne puis le nord du Pays. Au même moment, en avant sur le reste du pays, quelques cellules isolées de faible taille géographique déposent un apéritif pluvio-orageux.

Le plat de résistance intervient dans la nuit du 12 au 13 avec une suite jusqu’à l’après midi de la veille de la Fête nationale. La zone arrosée correspond  à une langue du sud –ouest au nord –est du pays qui s’étire des Pyrénées ariégeoises où la station de Saint Girons reçoit 45 mm, jusqu’aux Vosges et à l’Alsace avant de passer dans le Bade Wurtemberg allemand. Vesoul reçoit encore 51 mm. Le paroxysme pluvieux semble avoir suivi les bassins de la Loire supérieure avec plus de 50 mm du bassin du Puy au versant nord du Pilat.

A cette occasion la station du Puy a battu un record de précipitations  en 24 heures avec 125,3 mm. Sous réserves de vérifications, cette valeur semble constituer un maximum absolu qui n’avait pas été atteint lors des gros débordements des  épisodes cévenols ou des orages comme celui qui avait déposé une énorme couche de grêle l’an dernier que ce soit à la station de Loudes ou à l’ancienne de Chadrac  . Ce maximum est toutefois découpé en deux par les normes météorologiques de la mesure à 8 heures du matin puisque 32,3 mm seront décomptés sur la journée du 12 et 93,5 mm comptabilisés sur celle du 13, alors que les 125,3 mm tombent entre 0H et 17 heures dans une période largement inférieure à 24 heures sur la seule journée du 13 juillet.

L’intensité maximale mérite attention avec 69 mm en une heure relevés à 15 heures et 81 mm en deux heures. Pour la petite histoire, l’alerte orange « orages » avait été levée le matin à 6 heures et ce paroxysme remarquable est arrivé une dizaine d’heures après !

Avec un tel total, de nombreuses régions ont subi dans le passé des inondations importantes. Je peux citer deux cas en septembre 2007 sur l’agglomération stéphanoise où 35 mm ont suffi pour transformer des rues en rivières. L’orage du 2 juillet 2009 qui avait apporté la désolation sur la ville forézienne avait à peine dépassé 70 mm en deux heures et l’an dernier le 3 juillet 2010 45 mm avaient provoqué des impacts substantiels. Pourtant selon les informations recueilli dans la presse, je n’ai pas trouvé mention du record du 13 juillet au Puy , ni d’impacts majeurs liés directement à l’orage. Curieusement , Seulement mention d’articles et de réunions sur la sécheresse, à l’exception d’un entrefilet dans « l’Eveil » !

Les rivières qui drainent le secteur de Loudes ont monté dans des proportions modestes. Le Dolaison a atteint une cote maximale de 0,46 m, la Borne à Espaly s’est contenté de  0,64 m à 18 heures, peu après le maximum horaire des précipitations. A l’aval, le fleuve Loire a peu réagi avec un débit maximal de l’ordre de 50 m3s autant à Bas en basset que dans la plaine du Forez.

Trois facteurs ont facilité l’infiltration de l’eau dans le sol et expliquent que cette précipitation remarquable au niveau météorologique soit si discrète par ses impacts ou sa relation médiatique, même si une telle quantité d’eau est obligée de laisser quelques dégâts, ne serait-ce que des ruissellements sur les chemins ou les terres agricoles, des caves inondées !

La station de Loudes se situe sur un plateau en milieu rural. Le pourcentage de sols imperméabilisés est faible, l’eau peut s’infiltrer sur les terres agricoles, les prairies ou les fôrets . En milieu urbain, une telle intensité aurait inévitablement transformé les rues en rivières avec concentration sur les sites à risques. Si la ville du Puy, elle-même avait subi une telle intensité on peut penser que l’affaire aurait été bien plus relatée !

L’état hydrique du sol a aussi facilité cette infiltration après la sécheresse d’avril et mai. Juin avait déjà apporté des précipitations normales avec 92 mm, mais ces dernières étaient surtout concentrées dans la première partie du mois. Depuis le 22 juin, une nouvelle déficience de la pluviométrie semblait commencer, seulement 5 mm fin juin, rien dans les premiers jours de juillet jusqu’aux pluies modérées du 7 et du 10.

La décomposition de cet épisode du 13 juillet en deux parties, celle de la nuit  et celle de l’après-midi avec un répit de quelques heures entre les deux a aussi facilité l’infiltration des eaux dans le sol. Cette répartition des pluies n’a rien d’original en été, puisque les orages venus d’ailleurs terminent leur course dans la nuit, alors que la chaleur de la journée provoque la reprise convective de l’après-midi. La forte évaporation de la fin de la matinée a contribué à ressuyer en partie l’eau tombée en fin de nuit sur le sol.

Il n’est pas indifférent que le ciel ait choisi la période de la fête nationale pour mettre un deuxième coup d’arrêt à la sécheresse et aux températures élevées du printemps. Nous avons vu dans la chronique de la semaine dernière comment juin avait déjà infléchi la tendance, la mi-juillet a choisi de mettre un coup de massue au manque d’eau céleste. Le 14 juillet est souvent une période de clivage de l’été marquée par des orages virulents, soit que ces calamités mettent le point d’orgue à une période fraîche pour rentrer dans le véritable été, soit l’inverse comme on peut le pressentir cette année.

La liste est longue depuis le début de ce siècle :

En 2000, outre de virulents orages, la neige tombe à 2000 m dans les Alpes au point de fermer les cols de L’Iseran et du Galibier

En 2001, on doit annuler le défilé du 14 juillet pour cause de pluie, des coups de vents dévastateurs affectent un spectacle à Strasbourg et s’accompagnent de tornades dans la Nièvre et le Tarn

En 2002, des inondations à Saint Raphael , dans le Piémont Italien et le Tessin suisse sont à déplorer.

En 2003, un nouvel épisode d’orages avec tornades, rafales de vent, inondations dans la plaine du Forez

En 2004, outre les orages dévastateurs dans les landes, Il s’agit plus de fraicheur, de pluie et même de gel et neige avec avalanches dans les Alpes

La fête nationale a remis cela en 2006 de façon plus modérée.

Dans un passé plus lointain, la catastrophe du camping du Grand Bornand, avec ses 23 morts, date du 14 juillet 1987 et d’autres exemple de moindre importance pourraient être ajoutés comme les 51 mm du 13 juillet 1999 à Saint Etienne !

La situation météorologique est d’une rare répétition avec une descente perturbée froide qui prend un caractère orageux au contact des zones chaudes méditerranéennes et donne des lignes de temps agité, orientées sud-ouest nord-est, le plus souvent du Bassin Aquitain à l’Alsace et la Lorraine en passant par le Massif central. Dans ces glissières, on trouve les facettes multiples des calamités associées : les fortes pluies avec inondations souvent localisées, les coups de vents avec tornades, les trainées de grêle, les impacts de foudre, la grande fraîcheur avec neige dans les Alpes, mais aussi deux fois dans les années soixante sur le massif du Mézenc !

2011 n’a donc pas failli à la tradition et le thème me fournit presque chaque année l’occasion d’une nouvelle chronique ! Certains l’attribuent à une quarantaine de jours après la Saint Médard !

Un véritable record de pluviométrie a été occulté en 2011 au Puy ! Est-ce parce qu’une pluie exceptionnelle, ne provoque pas toujours de grandes calamités ou parce que cette année, la question est dérangeante quand on ne parle que de sécheresse ou de températures élevées !

Gérard Staron vous donne rendez vous la semaine prochaine sur les ondes de Radio Espérance. Bonne semaine

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