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25 juin 2011 6 25 /06 /juin /2011 20:10

Chronique N°830

Le récent G20 de Paris sur les problèmes des prix des matières premières agricoles a provoqué de très brillants discours sur la spéculation. Ils montrent à l’évidence que les problèmes spécifiques de ces marchés, très souvent de nature climatique, n’ont pas été compris.

Quand j’effectuais autrefois mes cours en classe préparatoire aux grandes écoles d’ingénieurs agronomes, j’insistais sur une vérité première : l’agriculture est très mal à l’aise dans les systèmes économiques des sociétés contemporaines industrielles ou financières que ces dernières soient collectivisées ou communistes, libérales ou capitalistes, vous choisirez.

Ne pas oublier que l’agriculture a été l’une des causes essentielles de l’effondrement du communisme dans les pays de l’est de l’Europe. Avec les meilleures terres à blé du monde l’Union Soviétique de l’époque a toujours été incapable de produire la totalité de ses besoins en céréales et était le principal importateur de la planète. Les rendements étaient si faibles dans les fermes d’état ou les parties collectives des kolkhozes que les petits lopins individuels de l’ordre de 1 ha laissés aux agriculteurs représentaient entre 25 et 50 % de la production dans les pays d’Europe de l’est d’avant 1989, alors que leur superficie représentait moins de 1% de la SAU. Dans de nombreux pays, comme la Pologne, la résistance des milieux paysans  ont fait reculer la collectivisation des terres. L’agriculture continue aujourd’hui à être le point le plus faible des pays qui ont gardé un mode planifié collectiviste des terres comme à Cuba, ou en Corée du nord, affectée régulièrement par des famines.

L’agriculture n’est pas plus à l’aise dans notre société libérale ou capitaliste depuis que l’industrie ou les services et la finances sont devenues les principales activités de l’économie,  depuis le milieu du XIX ème siècle.

Ces économies sont régies par la loi de l’offre et de la demande. Cette dernière est régulièrement faussée par des événements climatiques.

Il suffit d’une gelée dans le sud du Brésil en 1975 dans l’état de Parana pour que les cours du café s’envolent

Dès que des rumeurs circulent sur des difficultés sur les récoltes de céréales, qu’il s’agissent de sécheresse, de canicule comme l’an dernier en Russie ou d’inondation, les prix de ces derniers enflent démesurément.

La moindre gelée tardive de printemps a des conséquences dramatiques sur la production de fruits ou de vins quand elle se produit au moment de la floraison des arbres fruitiers ou des ceps. Des régions entières seront défaillantes pour leur production et les prix monteront d’autant comme en 1991 ou 2003. Ne pas oublier la grêle aux impacts plus localisés.

Les prix agricoles présentent dans toutes les productions de très courtes pointes où ils atteignent des sommets suivis de très longues périodes où ils s’écroulent. Le consommateur manifeste dans le premier cas car il paye plus cher son alimentation et l’agriculteur souffre dans le second, car le marché descend si bas que les prix se situent en dessous des frais de production, ce qui affecte la trésorerie, les investissements de l’exploitation et provoque parfois sa faillite. Je crains que le problème ne soit pris de façon inverse actuellement. Les plaintes semblent plus porter sur les hausses spectaculaires de certaines productions. Ceci est plutôt significatif d’une baisse de l’influence des milieux agricoles face à ceux des consommateurs

Deux phénomènes empêchent la Loi de l’offre et de la demande de présenter en agriculture un fonctionnement régulateur que l’on constate dans les autres secteurs de l’économie :

Le premier, selon la loi de King le moindre déséquilibre sur les marchés provoque des différences de cours énormes. Moins de 1% d’écart entre production et consommation est susceptible de faire monter ou baisser les prix de 10 à 20%. Ceci détermine l’extrème sensibilité de la profession aux phénomènes climatiques. Ceux qui possèdent des jardins ont constaté comme moi que certaines années leur récolte est pléthorique, ces apports massifs provoquent un effondrement des cours et expliquent que, certaines années, la profession préfère ne pas effectuer la récolte de façon à éviter la surproduction. En sens inverse, la moindre inondation, sécheresse, gelée, grêle détruit une récolte et provoque une flambée jusqu’à l’année suivante qui régulièrement rétablit l’équilibre. Ces envolées des cours durent toujours moins que les effondrements des surproductions, car il est très rare que deux années consécutives des calamités climatiques s’acharnent sur une même production. La surproduction ne peut par contre se résorber que par une baisse de la production, ceci ne peut s’obtenir que par une concertation entre les agriculteurs, difficile à obtenir dans un milieu individualiste, ou par la faillite et la disparition du marché de certains ce qui prend du temps.

Le second : les marchés agricoles sont en forme de sablier avec aux deux extrémités  d’un coté un grand nombre de producteurs, et de l’autre, une multitude de consommateurs. Au centre, un petit nombre d’intermédiaires, grossistes, centrales d’achats des grandes surfaces, marchés d’intérêt national, régule l’ensemble. La multitude des agriculteurs fait qu’aucun d’entre eux n’est suffisamment puissant pour avoir une influence significative sur le marché et la formation des prix. Il leur est difficile de s’organiser même au niveau de l’état premier producteur mondial. Ceci a été tenté autrefois par le Brésil pour le café ou la Cote d’Ivoire pour le cacao. Quand ils tentent une action ou embargo, il y en a toujours d’autres qui en profitent et prennent le relais. Quand une crise survient, les principaux industriels peuvent réagir vite, ce n’est pas le cas pour l’agriculture qui traine longtemps dans le marasme.

 Des marchés suivent des cycles réguliers, le plus simple est celui de la sinusoïde du porc. Quand les prix sont élevés et que la productions est faible , les éleveurs investissent , la production augmente et près d’un an plus tard on se trouve en situation inverse, de surproduction et de prix effondrés ! Tous réagissant ou presque de la même manière, on est passé d’un extrême à l’autre.

Il est de bon ton de mettre ces énormes différences de cours sur le compte de l’odieuse spéculation en particulier sur les marchés à terme comme celui des céréales de Chicago , mais New York, Londres et même Paris se partagent un rôle sur les différentes productions.

Il est vrai qu’aucun tonnage des produits concernés ne transite  par ces marchés, que la plupart des achats et des ventes effectuées ne sont pas suivis d’une transaction matérielle ce qui leur donne un aspect fictif. Ils servent seulement d’assurance pour un industriel pour assurer son approvisionnement futur à un prix donné, ou pour un agriculteur, un revenu minimal pour sa production. Surtout ils constituent un mécanisme pour se protéger contre les fluctuations dues à l’impact des calamités climatiques  Avant d’être des instruments de spéculations, ils constituent des éléments de stabilité économique.

Il est plus facile de mettre en cause la spéculation que de comprendre des variations énormes des prix des matières premières agricoles. Elles traduisent le malaise de l’agriculture dans les économies contemporaines, la loi du marché est ici faussée plus qu’ailleurs par une variable  incontrôlable pour les sociétés humaines, le climat.

En plus, la plupart des tentatives pour organiser les marchés agricoles ont échoué. Les organisations mondiales du café, du cacao et autres produits , basés selon les années sur le stockage ou le déstockage, ou sur des ponctions ou soutiens en fonction de l’état des prix ont échoué. Les systèmes de la politique agricole commune européenne ou de « l’agricultural adjustment act » des Etats Unis connaissent de gros problèmes depuis quelques années. Ces difficultés ont accru la sensibilité des prix agricoles, mais c’est un sujet pour une autre chronique en raison de son ampleur.

Invoquer la spéculation n’est qu’un discours de facilité pour masquer des difficultés très complexes.

Gérard Staron Vous donne rendez vous samedi prochain sur Radio Espérance, le texte étant repris sur mon blog gesta.over-blog.com. Bonne semaine à tous.

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