Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
11 juin 2011 6 11 /06 /juin /2011 20:14

 

     Comme nous le pressentions la semaine dernière, la comparaison entre les sécheresses de 1976 et de 2011 s’est arrêtée le 30 mai,  et juin 2011 ne ressemblera pas à son homologue si sec, vieux de 35 ans, que je vous décrivais la semaine dernière.

Les arrosages ne cessent de se succéder depuis le dernier jour de mai et  en moins de 10 jours, il est souvent tombé environ un tiers de l’ensemble des précipitations depuis le début de janvier, des 5 premiers mois de l’année. A mon poste de Saint Etienne ceci représente 53,2 mm sur l’ensemble des 181 mm tombés du 1er janvier au 9 juin. La même proportion est observée à Bouthéon , à Montregard.

Cette pluviométrie ne concerne pas seulement l’est de la France. Le signal du changement météorologique a commencé par de petites inondations à trois coins du pays, le 30 mai par l’orage de Tarbes et les problèmes de la bretelle d’accès au géant Casino. Ils ont continué par la gare de Saint Pierre des Corps en Touraine située dans un creux entre la Loire et le Cher et la Nartuby, un an après la grande inondation de Draguignan, est montée à la cote de 2,15 m à Trans en Provence, le 5 juin en fin de matinée.

Ces arrosages abondants ont couvert la quasi-totalité du pays, à l’exception de la Bretagne. Le 30 et le 31 mai, il s’agit d’une diagonale des Pyrénées au nord-est du pays. Les précipitations ont repris pendant le week-end. Le samedi, une double diagonale du sud-ouest au nord du pays, dépose, pour la première, 25 mm à Gourdon, 21 à Tours, 41 mm dans l’est de l’ile de France, jusqu’à 14 mm au pays des bêtises et pour la seconde de 24 mm à Perpignan à 27 mm à Avignon, puis jusqu’en Allemagne. Le lendemain, les pluies orageuses déposent une nouvelle lame d’eau sur des axes à peine décalés. Mardi, un nouvel arrosage apporte de l’ordre de 20 à 30 mm de la région Rhône Alpes au nord–est du pays.

Rien qu’en reprenant mes anciennes chroniques, il est facile de trouver de nombreux exemples de sécheresses de printemps qui se sont terminées brutalement par de grosses pluies avec plus ou moins d’événements médiatiques.

A titre d’exemple en 2007, après mars très indigent,  le mois d’avril le plus chaud depuis 1949 est aussi sec que celui de 2011. Une semaine d’orages a totalement inversé la tendance de façon spectaculaire. Le 30 avril une trainée de grêle à partir du versant nord du Pilat vient noyer l’ouest Lyonnais dans le secteur de Pierre Bénite. La semaine qui suit les orages de Saint Etienne, du Chambon Feugerolles, puis de Génilac, outre les fortes quantités d’eau laissent des dégâts d’ampleur variable en particulier dans la vallée de l’Ondaine.

En 2002, il tombe entre un quart et la moitié de la pluviométrie normale de décembre à avril, mais entre le 1er et le 5 mai, le total déposé représente plus de la moitié des 4 mois précédents. A Lyon, le total du 1er au 5 mai représente 61 mm, alors que de janvier à avril il se monte à 109 mm.

Je pourrais multiplier les exemples de ces sécheresses classiques de début de printemps qui se terminent plus ou moins tard par une grosse pluie parfois complétée d’inondations qui changent totalement le cours du temps.

La sécheresse de mars et avril 1996 se termine par les grosses pluies du 23 avril

L’année suivante, 1997,  celle de février à la mi-avril bute sur les précipitations du 23 au 26 avril

En 1998, le déficit de février au début avril est aussi drastique, il se termine par les abats du 13 au 20 avril dans le nord du pays et du 23 au 26 avril dans les dépressions amont de la Loire et de l’Allier.

En 2000, ce sont les orages du 1er au 3 mai accompagnés d’inondations en Normandie qui mettent fin à la sécheresse de printemps.

Presque toutes les années, on peut mettre en évidence à la sortie de l’hiver, une sécheresse au début du printemps, très souvent liée comme cette année à des hautes pressions sur les iles britanniques. Je vous ai expliqué pourquoi cette situation météorologique était très tenace, mais souvent à un moment et, curieusement cette année vers la Saint Médard, la tendance change. En quelques jours, l’arrivée de situations pluvio-orageuses d’été liées à des descentes d’air froid, qui deviennent instables sur notre continent chaud, déclenchent des périodes pluvieuses.

Au travers des exemples cités, tirés de mes anciennes chroniques, ce changement s’effectue souvent entre le 20 avril et le début mai. Cette année, il a fallu attendre un mois de plus et le passage de mai à juin. En 1976, il fallait ajouter un autre mois avec juin, et attendre les orages de juillet.

La végétation souffre mais ne dit rien, le milieu agricole dit qu’il va souffrir, et les idéologues en profitent pour faire la morale au nom du réchauffement de la planète ! Ces pluies pourtant abondantes n’ont pas changé le discours sur la sécheresse qui persiste sans tenir compte du changement de situation. La raison invoquée consiste à dire que le sol et les nappes ne profitent pas d’une eau qui ruisselle immédiatement et serait peu efficace.

IL est exact qu’une pluie d’été présente moins d’efficacité que celle de saison froide, mais il convient de ne pas exagérer. Pour évaluer la question, il faut analyser les deux parties du bilan de l’eau : les précipitations et l’évapotranspiration potentielle. En saison chaude, une période présente toujours un déficit pluviométrique correspondant à une évapotranspiration supérieure aux précipitations, Tout le problème est de savoir si la sécheresse de 2011 est d’un niveau exceptionnel préjudiciable pour la ressource ou de celui d’une saison normale qui ne mérite pas plus de commentaire.

Le déficit cumulé d’avril et de mai atteignait déjà le niveau de celui d’une saison chaude moyenne complète, et laissait craindre une situation catastrophique pour août ou septembre, moment où, le mécanisme accumulé au cours de l’été, trouve son maximum. Les pluies du début de juin viennent de ravaler provisoirement la sécheresse de 2011 à un niveau banal !

Pour s’en convaincre, il suffit d’examiner les différents éléments de la ressource en eau.

Les pluies orageuses ruissellent certes, mais il suffit de voir leur répétition sur plusieurs jours, leur intensité limitée, le plus souvent, avec une partie de nuit, et surtout la réaction du couvert végétal, pour constater qu’elles ont largement humecté le sol.

Il est aussi facile de remarquer que nos principaux cours d’eaux sont encore très loin des étiages sévères et que leurs débits ont remonté cette semaine en dehors des pointes liées au ruissellement des différentes pluies. Pour éviter l’influence des orages locaux, j’ai pris en compte les grands bassins fluviaux. La Loire à Monjean avait un débit de 159 m3s le 1er juin, il monte à 180 m3s le 9 juin, alors que l’étiage une année sur 5 se situe à 110 m3s. La Seine à Paris écoulait 68 m3s le 1er juin, entre 116 et 142 m3s le 9 juin, pour un étiage quinquennal de 41 m3s. La Saône au Chatelet roulait 33 m3s le 1er, 74 m3s le 9, pour un étiage quinquennal de 17 m3s. En conclusion le 1er juin, l’étiage inquiétant n’était pas encore atteint et les pluies ultérieures ont contribué largement à nous en éloigner.

Par ailleurs des barrages qui avaient commencé à baisser, ont pu commencer à recharger leurs réserves. Par exemple Villerest et Naussac qui régulent le bassin de la Loire avaient commencé le soutien de l’étiage en mai. Les pluies récentes ont permis de le stopper le 4 pour Villerest et le 6 juin pour Naussac. Villerest a emmagasiné 2,5 MM3. Les deux retenues sont très proches de leur maximum utilisable 107,5MM3 pour 110 en début d’été pour Villerest et 179 MM3 sur 190 pour Naussac.

Le seul point sur lequel je suivrai les commentaires, les pluies actuelles n’ont pas eu encore un impact significatif sur le niveau des nappes profondes et elles n’ont amélioré sensiblement que les eaux de surface.

Nous sommes passés en quelques jours d’une sécheresse potentiellement exceptionnelle à un phénomène saisonnier annuel !  Notre pays ne sait pas mieux terminer une sécheresse qu’une grève !

Gérard Staron vous donne rendez-vous samedi prochain sur les ondes de Radio Espérance. Bonne semaine!

Partager cet article
Repost0

commentaires

Presentation

  • : Le blog de Gérard Staron Président de l'AMRL
  • : Le journal du climat et de la géographie libres. Actualité climatique Climat et société, impact du climat sur les activités humaines . Prévisions sur 4 jours
  • Contact

Rechercher

Articles Récents

  • Covid : divorce entre discours et statistiques !
    Covid 19 : divorce entre discours et statistiques ! Que n’entend-t-on pas sur la façon dont la France a géré la crise du Coronavirus, on est en retard sur tout, le scandale est partout, on est mauvais sur tout, je vous fais grâce de tous les discours...
  • crues océaniques en cours ( situation 1/02/2021 et évolution probable )
    Des crues des rivières océaniques forment actuellement un puzzle aux 4 coins de notre pays Dans les hauts de France deux zones sont à surveiller : 1) les rivières descendant des collines de l'Artois semblent avoir connu leur maximums La Lys a atteint...
  • les particularités de l'élection américaines de 2020!
    Les particularités de l’élection de 2020 aux Etats Unis ! Un documentaire télévisé titrait « Donald trump est-il capable du pire ? » En réalité il a toujours « joué avec le pire » cela lui a permis de gagner dans beaucoup de circonstances comme homme...
  • L'opérette .... une idée d'étrennes
    Le livre "L'opérette parfum de l'histoire" présenté sur la revue Opéra Magazine ......
  • Prévision du 2 au 5 décembre 2020 : hivernal
    Prévision de Gérard Staron du 2 au 5 décembre 2020 (42, 43, 63, 69) Avec une descente froide en provenance des régions arctiques sur le proche Atlantique, l’hiver est arrivé avec le mois de décembre, son début officiel pour la Météorologie C’est le retour...
  • Cultes, covid et confinement: analyse historique !
    Cultes, covid, et confinement : analyse historique L’année 2020 aura vu à deux reprises l’interdiction des cérémonies religieuses et plusieurs dimanches, des croyants en prière devant leurs églises ! Jusqu’à quand faut-il remonter pour trouver pareil...
  • Prévision du 24 au 28 novembre 2020: les hautes pressions résistent
    Prévision de Gérard Staron du 25 au 28 novembre 2020 ( 42, 43, 63, 69) L’anticyclone se retire derrière les Alpes pour repousser les assauts des précipitations qui remontent du Levant Espagnol qui au maximum atteindront le Mézenc et des perturbations...
  • prévision du 15 au 18 novembre 2020 : Yoyo des tempéartures et du vent
    Prévision de Gérard Staron du 15 au 18 novembre 2020 (42, 43, 63, 69) Les anticyclones méditerranéens tiennent encore bon quelques jours et ils évitent à nos départements de connaitre les excès subis par les côtes de La Manche. Temps restera globalement...
  • Coronavirus et températures : extrait du bulletin N° 171 de l'AMRL
    Voici un premier extrait de l'étude figurant dans le dernier bulletin de l'AMRL Coronavirus et températures ( reprise septembre et octobre 2020) Gerard Staron Lors de la première vague nous avons tenté d’analyser s’il était possible d’établir un lien...

Mes ouvrages

                                                                noel boules noel boules 4 gif                                                              noel boules noel boules 4 gif                                                                                                                                                                                                    noel boules noel boules 4 gif

Mon Site

                                                                                                                        Site

Articles sur Le progrès

Phénomènes météo exceptionnels de 1945 à nos jours (2013)

Quel drôle de temps

La Loire p 78, 79

Le Gier p 80

La fureur du Furan p 81

Climat de la Loire: Effet de couloir p 194

Climat de la Haute-Loire:

Le coeur  du Massif Central  p 195