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28 mai 2011 6 28 /05 /mai /2011 20:33

Chronique N°826

La sécheresse actuelle remet au-devant de l’actualité le problème de l’utilisation de l’eau par l’agriculture. Un sujet qui me rappelle l’époque où j’effectuais un cours sur l’irrigation dans le cadre de mon enseignement en classe préparatoire aux grandes écoles d’ingénieurs d’agronomie.

L’irrigation est le moyen pour apporter l’eau nécessaire au développement des cultures quand le ciel est défaillant. Autrefois il était utilisé seulement dans les régions désertiques ou méditerranéennes où la culture est impossible ou difficile sans ces apports avec de grands réseaux captant l’eau des montagnes pour la redistribuer dans les plaines sèches.

 Avec les changements de l’agriculture moderne, l’irrigation s’est développée à des nouvelles régions. Il ne s’agit pas d’une nécessité absolue comme dans les domaines méditerranéens ou désertiques mais d’implanter de nouvelles cultures gourmandes en eau. L’exemple le plus classique est celui du mais, dans le Bassin aquitain et dans une moindre mesure ailleurs, en Alsace ou les plaines de la Saône. Dans d’autres régions, comme la Beauce, il s’agit d’améliorer les rendements en atténuant les effets des aléas climatiques des années sèches. Le déficit de pluviométrie est le seul domaine où l’homme est actuellement capable de corriger les déficiences du ciel pour protéger la récolte agricole. Tel n’est pas le cas pour le gel, la grêle, etc., où l’agriculteur est assez démuni !

Depuis de nombreuses années l’agriculture fait l’objet d’une accusation de gaspillage. Ne soyons pas hypocrite, beaucoup des arrêtés de restriction d’eau pris dans de nombreux départements ont essentiellement pour but de restreindre les possibilités d’irrigation, accusée de faire baisser le niveau des nappes, d’assécher les rivières avec la multiplication des lacs collinaires etc. Un conflit majeur est apparu entre écologistes qui ont beaucoup de relais dans les services de l’état et agriculteurs. Certains pensent aussi s’en prendre par ce moyen à ce qu’ils appellent l’agriculture productiviste. On retrouve aussi en filigrane l’opposition entre bobos urbains qui s’attribuent le droit de donner des leçons, et ruraux confrontés au milieu climatique.

Comme souvent la réalité est plus complexe. Depuis les années soixante, l’irrigation a accompagné le développement de l’agriculture moderne, pour certains productiviste. En France elle a essaimé dans toutes les régions présentant des besoins potentiels liés aux cultures et à la faiblesse des précipitations. C’est ainsi qu’aujourd’hui la surface irriguée représente plus de 20% de la SAU (surface agricole utile) dans le sud de l’Alsace, la Beauce, la plus grande partie du Bassin Aquitain. Les régions méditerranéennes ont été détrônées, 11 départements dans le reste de la France contre 5. Les Pyrénées orientales qui possèdent le réseau le plus ancien du pays, installé au Moyen Age, utilisant l’eau descendant du Canigou, ont moins de 20% de leur SAU irriguée.

Pendant très longtemps le monde agricole a pu utiliser l’eau quasiment gratuitement et sans contrôle. La situation s’est notablement inversée.

Au niveau de la collecte de la  ressource. Le pompage en rivière a fait l’objet de la première limitation avec la notion de débit réservé, équivalent à 10% du module ( débit moyen annuel), seuil en dessous duquel toute ponction dans le cours d’eau est interdite. Cette mesure est très contraignante. Pour certains fleuves et rivières, le débit des mois d’étiages descend naturellement en dessous du débit réservé. Par exemple la Loire dans les dépressions de l’amont a un module d’environ 40 m3s, le débit réservé se situe à 4m3s, or une année sur deux, le fleuve descend en dessous de ce débit au moins un jour, celui où il y aurait peut-être  besoin d’eau ! Ce 26 mai, il est déjà descendu à 6m3s !

Pendant longtemps, l’agriculture a pu mettre en place sans contrainte, ni déclaration, des pompages dans les nappes phréatiques, des lacs collinaires pour constituer des réserves sur les versants. La loi sur l’eau de 1992 a règlementé ces ponctions, non seulement les ouvrages sont soumis à autorisation préalable, mais en plus il a été fait obligation de la mise d’un compteur pour les pompages dans les nappes avec des pénalités. La législation ‘est continuellement renforcé dans le cadre des SAGE, SDAGE. Le classement en nappes intensément exploitées permet de baisser le seuil des prélèvements soumis à autorisation de 80 à 8 m3h. Sur certains aquifères des quotas, ont été mis en place avec des restrictions de pompage en fonction du niveau de la nappe. Par exemple pour la nappe de Beauce, Il a été décidé d’un volume de référence prélevé quand l’aquifère est haut, 450 millions de m3 à partager entre tous les irrigants entre 1999 et 2001.  3 seuils d’alerte ont été mis en place quand le niveau baisse, le premier déclenche le début des mesures de restrictions d’eau et l’autorisation de prélèvement  est réduite dès sont franchissement et de façon de plus en plus drastique au fur et à mesure de la baisse de la nappe. Ces contraintes ont  même provoqué des manifestations d’agriculteurs, à Chartres en avril 2008, à Orléans en 2010 ! Par ailleurs, l’utilisation gratuite a quasiment cessé quand l’eau provient d’un réseau de grande irrigation par exemple les  canaux de Provence ou du Bas Rhône Languedoc.

Les méthodes culturales ont aussi beaucoup évolué pour limiter le gaspillage et promouvoir l’économie de la ressource. L’arrêt de l’irrigation pendant les heures les plus chaudes de la journée pour limiter l’effet de l’évaporation est de plus en plus respecté. Les techniques de calcul du bilan de l’eau en fonction des besoins des plantes, de la pluviométrie, de l’évaporation calculée selon les formules de Penman, Turc, Brochet Gerbier, Bouchet et d’autres, sont de plus en plus utilisées pour limiter les tours d’eaux. Les changements de techniques contribuent aussi à économiser l’eau. Le gaspillage de l’irrigation ancienne par gravité dans des rigoles disparait. Le rendement des systèmes par aspersion, enrouleurs, pivots, rampes, quadrillage etc qui déversent une pluie artificielle est bien meilleure. Les systèmes par goutte à goutte  qui laissent un peu d’eau au pied de chaque plante sont les plus économes mais toutes les cultures ne peuvent les utiliser et les tuyaux se bouchent.

Les progrès de l’irrigation ont été énormes pour économiser la ressource en eau. En cas de sécheresse cette dernière doit être partagée et il serait déraisonnable de transformer en bouc émissaire l’utilisation agricole.

La grande accusation est de faire baisser le niveau des nappes. Lors de mon article sur la nappe de Beauce[1], j’ai donc recherché si cette dernière avait décroché lors des sécheresses survenues après le développement de l’irrigation avec la question suivante. En cas de faible pluviométrie, la nappe baisse-t-elle plus qu’avant ?

L’analyse des dernières périodes sèches depuis celle de 1976, 1988-1993, 2003-2008 montre qu’en cas de sécheresse la nappe baisse de la même façon. Elle a même eu tendance à se recharger plus vite après celle de 1988 à 1993 !

Pour faire mon article, je ne disposais que des mesures de l’indicateur qui a été mis en place en 1974, mais des relevés plus anciens à la sucrerie de Toury[2] ont montré que la baisse anormale de la nappe a eu lieu entre la sécheresse de 1945 à 1952 et celle de 1971 à 1976. Dans ces trente glorieuses, ce sont les réseaux d’eau potable des communes rurales qui se mettent en place pour satisfaire les besoins industriels et domestiques qui croissent alors démesurément en même temps que la facilité de l’eau au robinet. L’irrigation n’était alors qu’à ses débuts, elle s’est développé ultérieurement dans cette région. Pourtant en cas de baisse des nappes, le rôle de l’agriculture est toujours évoqué et vilipendé en premier.

 Dans le domaine de l’environnement, la dénonciation est souvent présentée hâtivement comme réalité pour obtenir des changements de sociétés. L’irrigation ne doit pas servir de bouc émissaire un peu rapide dans le problème de la ressource en eau dès qu’apparait une sécheresse dans des milieux qui en dépensent parfois plus pour leur confort !

Gérard Staron vous donne rendez-vous samedi prochain sur les ondes de Radio Espérance. Bonne semaine à tous…



[1] Gérard Staron : Magazine La Loire et ses terroirs N°65 p 16 à 23

[2] Magazine « La loire et ses terroirs » N° 66 p 16-17

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