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22 mai 2011 7 22 /05 /mai /2011 10:27

Chronique N°825 sécheresse administrative !

Alors que les Etats Unis connaissent une inondation importante du bassin du Mississippi à partir de son affluent l’Ohio, le sujet incontournable chez nous reste encore celui de la sécheresse avec l’enflure jour après jour du nombre de départements où sont prises des mesures de restrictions d’eau. J’ai déjà présenté sur cette antenne à de nombreuses reprises les contraintes des niveaux 1 jaune à 3 rouge. Au moment où j’enregistre cette chronique ils sont au nombre de 36 mais l’émulation en ce domaine risque de faire enfler ce nombre au moment où vous m’entendrez.

Dernière minute : plus de 40 !

La question majeure : la situation est-elle si alarmante que cela ?

La sécheresse est indéniable, elle a commencé selon les régions en janvier par la plaine du Forez, en février dans le nord, elle a été généralisée en avril et mai joue avec nos nerfs, mais l’élément alarmant concerne le calendrier. Sous nos climats la sécheresse résulte pendant la saison chaude de la présence d’un déficit pluviométrique en raison d’une évaporation plus importante que les précipitations. Le phénomène se cumule au fil des mois de l’été et il atteint habituellement son maximum en août ou en septembre. L’inquiétude vient du fait que cette sécheresse est déjà développée à un moment où elle commence en année normale puisqu’à la mi- mai, nous connaissons un nombre de départements avec restrictions d’eau digne d’une fin du mois d’août. Quand on sait que les précipitations estivales même importantes n’apportent que des arrosages de surface, qu’elles sont très faiblement efficaces pour restaurer la réserve en eau du sol et surtout quasiment inutiles pour améliorer la situation des nappes phréatiques et les débits des cours d’eau, l’inquiétude majeure porte assez peu sur la situation actuelle mais surtout sur ce qu’elle pourrait potentiellement devenir en fin de saison chaude si le ciel continue à être aussi parcimonieux de ses pluies.

Le mois de mai est souvent un mois clef pour le bilan de l’eau. Dans de nombreuses régions françaises en particulier du centre-est, les dépressions de l’Allier, de la Loire et de la Saône et les zones qui les encadrent,  il constitue le maximum pluviométrique. De nombreuses années, mai est le dernier mois qui présente un excédent avec des précipitations plus importantes que l’évaporation. Il pourrait renverser la tendance sèche précédente, il l’a fait à des nombreuses occasions, mais cette année il joue avec nos nerfs. Depuis la fête du travail, il pleut quasiment tous les jours sur notre pays, mais les totaux déposés sont le plus souvent modestes et surtout ils ne concernent que des zones localisées. La sécheresse recule sur de nombreux secteurs ponctuels du pays, le nord de l’Auvergne et du Limousin, la Lorraine. Un nouvelle vague de journées orageuses a commencé mardi, se poursuit au moins jusqu’au passage à l’antenne de cette chronique, mais on reste toujours dans cette loterie des pluies ou ce puzzle de l’arrosage qui disperse ponctuellement des averses comme je l’ai déjà présenté.

Dernière minute : les orages de samedi soir 21 mai ont déposé 11,3 mm à Saint Etienne et 2 mm à Montregard

L’absence d’épisodes pluvieux abondants liés à des perturbations généralisées sur le pays rend l’évaluation du problème délicate. Surtout à un moment du mois où l’on connait mal, les mesures du réseau climatologique, la densité des points de mesure est vraiment trop lâche pour fournir une idée valable de cette pluviométrie et de son impact sur la ressource en eau. De plus, les orages actuels suivent très souvent les reliefs, alors que la plupart des stations météorologiques sont situées dans des dépressions ou des plaines basses, ce qui fausse le ressenti de la sécheresse.

Surtout le mode de désignation des départements soumis à des restrictions d’eaux s’accompagne d’une enflure administrative et médiatique qui ne peut qu’accroitre de façon exagérée l’inquiétude pourtant réelle.

Il convient de savoir qu’il suffit qu’un seul bassin versant, même très petit, soit mis en vigilance ou en restriction de niveau 1 2 ou 3 pour que l’ensemble du département soit nommé comme connaissant des restrictions d’eau.

Par exemple pour le département du Cher, seul le bassin de la petite Sauldre et de la Rère était en restriction de niveau 1, alors que les 13 autres n’étaient pas concernés.

Pour le département de l’Indre, les bassins de la Tourmente et de la Trégonce étaient en restriction de niveau 3 rouge, ceux de l’Indrois et de la Bouzanne de niveau 2 orange, et l’anglin en niveau 1 jaune. Alors que 8 n’étaient pas concernés dont le principal l’Indre, le département apparait en rouge sur toutes les cartes.

Dans certains départements des arrêtés de vigilance généraux sont pris alors qu’aucun bassin en particulier n’est concerné par des restrictions précises. Systématiquement le département du Doubs est dans cette situation avec un arrêté « cadre : Franche Comté ». J’avais déjà signalé ce paradoxe par rapport aux précipitations reçues lors d’une chronique d’août dernier, je peux recommencer puisque le massif Jurassien est parmi les zones les plus arrosées depuis janvier. Besançon a reçu un total supérieur au double par rapport à Saint Etienne, au Puy etc. Dans cette situation avec des justifications diverses on trouve L’Ile et Vilaine, la Haute Saône, le territoire de Belfort. Même le Nord et le Pas de Calais osent porter atteinte à la réputation du film qui fait commencer la pluie au panneau d’entrée dans la région !

La géographie de ces départements avec des restrictions d’eau constitue une bande médiane qui traverse le pays de la région Charente Poitou à la frontière suisse en passant par une grande partie du bassin de la Loire moyenne, de la Bourgogne du Jura. L’Ardèche l’Isère et curieusement la Savoie pour l’avant pays alpin, constituent la zone la plus méridionale alors qu’au nord quand on exclut certains pays Picards et Chtimi, une partie de l’agglomération parisienne constitue le point le plus septentrional.

Cette géographie administrative correspond globalement à celle des pluies depuis le début de l’année Elles sont venues de Méditerranée sans pouvoir pénétrer profondément à l’intérieur du pays et sans atteindre cette bande centrale. Elles sont arrivées du nord et du nord–est en manquant d’humidité. La défaillance des précipitations océaniques barrées par l’anticyclone est patente en liaison avec la très grande rareté des temps d’ouest.

Dans notre région centre-est, cette carte ne manque pas de surprise en particulier quand on analyse la situation de la Loire et du Rhône dont j’étudie régulièrement le bilan de l’eau.

La plus grande partie du Rhône avec les aquifères de l’est Lyonnais du Garon et du val de Saône ainsi que les eaux superficielles des monts du Beaujolais et du Lyonnais fait l’objet de restrictions d’eau alors que la Loire vient seulement d’être mise en vigilance. Les précipitations ainsi que mes articles du bulletin « météofil » montrent pourtant que depuis le début de 2011, la situation est bien plus grave dans la Loire, en particulier la plaine du Forez que dans le Rhône. De janvier à la mi-mai quand Bouthéon n’a reçu que 89mm, le Puy atteint 104 mm et Clermont Ferrand 120 mm sans connaitre de vigilance, alors que Lyon atteint 164 mm et Chambéry 180,9 mm alors que leurs départements sont en restrictions d’eau. Ces valeurs ne sont données que pour fournir quelques repères dans une région où le relief rend la répartition des pluies plus complexe, mais si en 2010, le Rhône avait connu une situation modérée de sécheresse estivale inconnue sur la Loire, cette année la situation est inversée depuis janvier. Depuis le début de l’année civile les pluies arrivent mal à pénétrer dans l’amphithéâtre du haut bassin de la Loire, les abats cévenols ne dépassent pas le Mézenc, les pluies océaniques butent sur les monts du Forez, celles du nord-est viennent mourir sur les monts du beaujolais et les orages de mai sont poussifs ou passent à côté

Ceci ne constitue qu’un exemple parmi d’autres, car la comparaison entre les espaces administratifs faisant l’objet chaque année d’une restriction d’eau et la pluviométrie observée ainsi que les débits des rivières ou l’état des nappes peut faire l’objet d’un feuilleton apparenté aux plus longues séries américaines qui envahissent nos écrans. Cette année les épisodes sont partis pour être très nombreux ! Peut-être jusqu’en Août et septembre, si le ciel ne veut pas assouvir la soif de la terre !

Gérard Staron vous donne rendez-vous samedi prochain sur les ondes de Radio Espérance. Bonne semaine

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