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14 mai 2011 6 14 /05 /mai /2011 19:04

Chronique N°824

Une sécheresse de début de printemps est une particularité tout à fait banale dans notre pays, surtout dans le centre-est de la France.

C’est un fait coulissant sur deux mois en mars ou en avril. Si je prends en compte l’exemple de Saint Etienne Bouthéon depuis la fin de la seconde guerre mondiale, on trouve 27 années sur 60 où cette sécheresse a été assez sévère avec au moins un mois où la pluviométrie a été inférieure à la moitié de la normale. Pour 9, elles ont plutôt concerné avril et pour 18, elles ont été plus centrées sur mars. Il convient d’ajouter une dizaine d’années supplémentaires où le déficit de pluviométrie a été moins marqué avec surtout le mois de mars. Au total entre 1 année sur 2 et deux sur trois !

Cette particularité climatique est liée à la grande stabilité des anticyclones quand ils s’installent sur notre pays à cette époque de l’année. Quand les hautes pressions arrivent en mars et avril, elles provoquent souvent les plus belles journées dont rêve un touriste avec un ensoleillement continu du matin au soir. Cette persistance des rayons solaires montre que l’air est très stable, qu’il ne peut pas s’élever en altitude comme en été ou comme il commence à le faire en ce moment en mai. Cette stabilité est liée au fait qu’il y a encore souvent du froid au sol le matin. Vous avez pu constater à la mi-avril ou les 4 et 5 mai combien la moindre invasion d’air septentrional se termine par des gelées en plaine. Dans une moindre mesure vous complèterez cette constatation pendant ce week-end. Ce froid ou cette fraicheur matinale, constitue un handicap pour que les rayons du soleil puissent mettre en place dans la journée une couche d’air chaud instable susceptible de stimuler les perturbations ou les phénomènes orageux. Les anticyclones sont particulièrement stables quand il y a dans les basses couches un air issu des régions polaires et au-dessus un autre en provenance des latitudes tropicales comme ces derniers mois. C’est pour cette raison qu’en dépit de la quantité d’énergie solaire reçue ce mois d’avril ne pouvait pas être le plus chaud, car si non, la sécheresse serait déjà terminée.

 C’est encore plus fragrant quand, comme en 1976, ces hautes pressions s’installent sur la Grande Bretagne. Dans ce cas l’air polaire a toute latitude pour le contourner par l’est , par l’Allemagne qui a subi de très fortes gelées la semaine dernière mais aussi depuis le début de 2011. Ensuite, Il arrive chez nous par l’est du pays et vient mourir sur le nord du Massif central. Ces hautes pressions anglaises bloquent l’arrivée des perturbations qui proviennent de l’Océan.  En plus l’air en provenance  du continent, est particulièrement sec, ce qui ne facilite pas les précipitations qui ont quand même besoin d’humidité. Ces anticyclones sur la Grande Bretagne  attirent aussi en altitude la remontée des hautes pressions subtropicales sur la Méditerranée et sur la France. L’air polaire ne peut atteindre la Méditerranée et surtout s’y recharger en humidité, ce qui nous prive d’une autre source de précipitations.

Il n’est donc pas étonnant que cette convergence de facteur contribue à provoquer des sécheresses de début de printemps chez nous : atmosphère très stable avec air polaire au sol et tropical en altitude, air sec continental, perturbations océaniques ou méditerranéennes productrices de pluies bloquées ou déviées.

De façon courante, cette sécheresse de début de printemps peut  prendre la suite de mois d’hiver tout aussi secs comme cette année. Le cas le plus typique est 1953 où de janvier à mars, il n’était tombé que 20,3 mm à Saint Etienne. Dans une moindre mesure le phénomène est visible en 1961, 1963, 1965, 1973, 1976, 1982, 1987, 1993, 2000 et 2003. Les temps de nord-est sont réguliers en hiver et il n’est pas étonnant que ces types de temps secs et froid aient pu commencer pendant l’hiver pour se perpétuer au début du printemps avec un ensoleillement plus important pour compenser leur froid d’origine. Cette situation a aussi peu d’impact sur l’agriculture, la végétation se trouvant en repos végétatif, les basses températures empêchant toute évaporation importante.

Par ailleurs cette particularité de la région est de la France de l’Alsace jusqu’au Massif central, peut très bien ne pas s’accompagner de sécheresse hivernale à l’ouest dans des régions qui continuent à recevoir des perturbations.

La situation devient inquiétante seulement quand cette sécheresse de début de printemps joue les prolongations sur les mois de mai et de juin. Lors de ces deux mois les perturbations pluvio-orageuses de sud-ouest provoquent des pluies sur une grande partie du pays, avec parfois le maximum pluviométrique. Quand elles sont défaillantes, après un début de printemps sec, la situation devient difficile !

Deux aspects viennent alors compliquer la situation.

D’abord Les besoins en eau croissants de l’agriculture qui prépare pendant ces mois de mai ou de juin l’essentiel de sa récolte autant en fourrages qu’en cultures.

Ensuite non seulement les précipitations restent faibles, mais en plus l’ensoleillement et les températures augmentent l’évaporation. La ressource en eau est prise en tenaille entre ces deux éléments alors que la réserve du sol est limitée. Il ne reste d’utilisable que le contenu des barrages et des nappes phréatiques. Ces derniers réagissent avec retard, deux ou trois mois ne suffisent pas pour les mettre à sec. Ils tiennent l’essentiel de leur ressource de la saison froide précédente et pour les nappes les plus profondes leur niveau dépend de la situation de plusieurs années antérieures comme pour la nappe de Beauce où le cycle s’effectue sur 10 ans.

C’est pour cette raison que les grandes sécheresses sont celles qui ont été préparées par l’année antérieure et qui se poursuivent ensuite jusqu’au début de l’été.

Celle de 2005, commence en 2004 et se poursuit jusqu’en août 2005. Notre région stéphanoise avait été moins affectée, car à la mi-avril 2005 un épisode pluvio-neigeux méditerranéen avait déposé de fortes quantités en 3 jours avec plus de 120 mm

Celle de 2003 ressemble à celle de cette année. Elle commence en janvier et dure au-delà d’août, mais par chance, elle a été précédée d’années très pluvieuses et les nappes et barrages sont tous pleins à la fin de l’hiver. 2003 avait vécu sur les excédents de pluviométrie de 2002 et 2001 surtout dans le nord de la France. La canicule est plus célèbre que la sécheresse.

Celle de 1976, si connue pour son impôt, commence par une reconstitution de la saison froide précédente très médiocre et se continue jusqu’à son paroxysme de juin. Les précipitations y sont nulles ou quasiment sur l’ensemble  du pays. Ce point d’orgue, le mois avant les récoltes avait fait très mal à l’agriculture. La profession s’est adaptée ensuite. Pour la première fois en 1976, les pailles des céréaliers servent aux éleveurs avec des échanges régionaux ! Quelques pluies très ciblées en mai, avaient évité au Massif central d’être trop concerné, contrairement aux régions océaniques et au Bassin Parisien.

D’autres sécheresses pourraient être évoquées comme 1997 dans la région parisienne, 1982, 1945 qui a fourni l’étiage le plus bas de nombreux cours d’eaux en particulier la Loire.

2011 a l’immense avantage de prendre la suite d’une année très pluvieuse après un automne 2010 qui a très tôt rechargé nappes et barrages. Depuis janvier dans notre région et février dans le nord du pays, après les inondations quelques inondations, la situation se dégrade continument. Actuellement la sécheresse se trouve à la croisée des chemins. Depuis le début du mois, des cellules pluvio-orageuses commencent à apporter quelques totaux substantiels. En fin de semaine dernière, l’ouest du pays a été concerné modérément. Mercredi  et jeudi l’Auvergne et le Limousin d’une part, La lorraine et les Vosges ont reçu plus de 20 mm (Clermont Ferrand 30 mm). Pour l’instant la France ressemble à un puzzle en cours de construction où sur certaines cases la sécheresse s’arrête et d’autres où elles continuent. Le Forez, l’Yssingelais font partie de ces dernières. Le puzzle va-t-il se remplir ?

Gérard Staron vous retrouvera samedi prochain sur les ondes de radio Espérance, bonne semaine à tous.

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commentaires

snowman 15/05/2011 00:17



Sur nos plateaux, la situation des cours d'eau est inquiétante. La Loire a par exemple un débit digne d'un mois d'août depuis déjà quelques semaines, les barrages qui dévient l'eau du versant
Atlantique vers le versant Méditerranéen sont également bien bas pour la saison.


Le manque de neige associé à un déficit pluviométrique très important depuis mi-mars sont à l'origine de ce manque d'eau, heureusement que le début d'hiver a été très humide !


Il ne nous reste plus qu'à espérer un été humide avec de fréquentes perturbations orageuses, rien d'impossible. Peut être aurons-nous un été ressemblant à l'hiver passé, débutant en fanfare mais
se terminant rapidement.



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Climat de la Loire: Effet de couloir p 194

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