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30 avril 2011 6 30 /04 /avril /2011 20:43

Chronique N°822

La pluie est annoncée de façon quotidienne et beaucoup de Français se sont trouvés dans la situation de Jean de Florette dans le célèbre film de Pagnol. Sa citerne est sèche, ses cultures  meurent  par manque d’eau, l’orage est visible au loin avec ses nuages, ses phénomènes électriques et ses averses, et pourtant aucune goutte ne tombe et le lendemain la sécheresse continue !

C’est la mésaventure arrivée, depuis une semaine, depuis que l’anticyclone tenace qui a apporté le beau temps et la sécheresse sur le pays depuis le début du mois a quelques faiblesses. On a pensé que la pluie arrivait, elle est arrivée et souvent elle n’est pas tombée.

La seule perturbation pluvieuse organisée est remontée d’Espagne pendant la fin de la Semaine Sainte au point de perturber les processions de Séville. Mercredi saint, il tombe 47,6 mm à Burgos. Jeudi saint les précipitations atteignent les Pyrénées. Vendredi saint, elles les franchissent, mais les totaux déposés ne seront importants que sur le Roussillon avec 60 mm à Perpignan, sur le Piémont des Pyrénées avec 36 mm à Tarbes et 28 mm à Pau et le sud de la Corse avec plus de 30 mm près de Bonifacio et dans la plaine d’Aléria. Ensuite la pluie que tout le monde attendait s’est épuisée sur le Languedoc, la Cote d’Azur et la vallée du Rhône.

Le Velay, le Forez  qui l’attendaient impatiemment n’ont reçu que la portion congrue, les précipitations ont franchi les crêtes du Massif central de façon symbolique avec moins de 1 mm et depuis une grande partie de ce secteur n’a pas vu de pluie significative. Hier vendredi les 4,5 mm à Saint Etienne ville n’ont pas arrosé toute la région !

Dimanche de Paques la pluie était attendue, le cumulonimbus qui en fin de journée était visible derrière les monts du Forez  montrait qu’elle tombait au loin, pourtant seules des petites cellules ridicules ont déposé quelques gouttes sur les monts du Lyonnais et l’ouest du Pilat

Le lundi de Pâques descendant de Haute Loire en fin de journée, j’ai trouvé la pluie entre Dunières et le haut de Saint Etienne, mais mes points de départ comme d’arrivée sont restés secs

Mercredi les pluies ont repris, le Roannais a été arrosé, quelques gouttes sans plus ont atteint le versant nord du Pilat

Jeudi aussi la forte nébulosité laissait présager des pluies en fin de journée qui ne sont pas venues à l’exception de quelques gouttes.

Alors pourquoi ce supplice de tantale de la pluie ?

La situation de Pâques est particulièrement intéressante à analyser, les précipitations sont le produit de petites boules pluvieuses isolées qui forment souvent des lignes.

A l’échelle de la France, les boules orageuses les plus nombreuses ont suivi une trajectoire bizarre, les premières se créent dans le sud de la Champagne, elles continuent leur route en suivant le Val de Loire, elles s’incurvent ensuite en direction du Bordelais et des Pyrénées.

Il ne s’agit en aucun cas d’un espace homogène, mais à quelques kilomètres de distance, on a été ou non arrosé, et ces petites cellules pluvieuses ont existé avec une densité géographique plus ou moins grande au sud d’une ligne allant de l’estuaire de la Loire à la région parisienne et à la Champagne.

Dans notre région vers 17 heures,  ces petites boules séparées les unes des autres ont formé deux lignes discontinues, la première des Combrailles au plateau de Millevaches avec 13 petites cellules et la seconde du Morvan aux monts de la Madeleine et du Livradois avec 26 unités. Il s’agit de petits tourbillons le plus souvent parfaitement ronds dont le diamètre dépasse à peine quelques kilomètres. Leur localisation se situe prioritairement dans les zones de montagne, il y en a par ailleurs sur le Jura et les Alpes, mais tous les massifs ne sont pas servis. Certains se sont égarés dans des zones basses par exemple la Limagne de Brioude ou d’Issoire. Ils forment le plus souvent des alignements mais certains sont isolés comme au niveau de Bort les orgues.

La situation de dimanche est certes la plus typique, mais les cellules orageuses de lundi, mercredi, jeudi ou vendredi n’avaient guère plus d’amplitude géographique.

Ce type de précipitations pose une problème de mesure car le pluviomètre ou le pluviographe outil traditionnel est un instrument aveugle. Il comptabilise ce qui lui tombe dessus et le réseau de ces points de mesure était dimanche encore plus lâche géographiquement que la densité des petites boules pluvieuses qui se partageaient le ciel. Ceci rend quasiment impossible la connaissance des quantités tombées car soit la pluie s’est produite a côté et le pluviomètre n’a rien comptabilisé, soit le hasard a voulu qu’il soit placé au centre de la cellule pluvieuse et le total est important mais n’est pas significatif de ce qui est tombé sur la région, soit le pluviomètre a récupéré une bordure plus ou moins importante qui n’est pas mieux représentative. Dans ce cas, c’est la loterie de la pluie, autant pour les régions arrosées ou non, que pour les pluviomètres bien ou mal placés. Il est alors impossible de faire des cartes de pluviométrie par les moyens traditionnels. Il y a des cas extrêmes où des orages ont provoqué des inondations et où aucun pluviomètre n’a pu mesurer une quantité digne des impacts provoqués. Je peux vous signaler 4 exemples, un sur la vallée du Gier en juin 1996,  un second sur Aurec,  un troisième sur Saint Etienne et le plus célèbre avec la catastrophe du Grand Bornand du 14 juillet 1987. Dans ce cas, il n’existe qu’un seul outil capable de se substituer à la cécité du pluviomètre, le radar météorologique qui permet de couvrir un ensemble régional et de connaître précisément la zone affectée.

Pourquoi ces pluies impressionnistes depuis Paques se sont elles éparpillées en une multitude de petites cellules et ont été incapables de former de grandes zones orageuses ? En réalité le mécanisme de la convection qui active ce type de précipitations a été chaque fois perturbé par un maillon faible.

D’abord il n’y avait pas de système perturbés organisé sur lequel la convection pouvait s’appuyer, pas de front pluvieux nettement dessiné sur la carte, simplement une situation assez confuse de pressions assez basses au sol, ce que l’on nomme habituellement un marais barométrique. Ceci explique peut-être d’ailleurs une trajectoire farfelue des orages. Traditionnellement , ils remontent du sud-ouest en suivant la petite perturbation qui sert de guide, Dimanche comme lundi ils provenaient du nord-est et mercredi du nord, ce qui ne manque pas d’originalité.

Ensuite il y a toujours eu un élément pour perturber la convection. Cette dernière correspond à de l’air chaud qui s’élève en altitude, franchit sont point de condensation, puis l’orage se déclenche quand la couche chaude a suffisamment monté. Pour cela, il faut soit de l’air très chaud au sol et aucun couvercle de hautes pressions au dessus pour bloquer la montée, soit de l’air froid en altitude qui aspire l’air chaud du sol et stimule son ascendance.

Depuis Dimanche, il y a toujours eu une faiblesse.

Dimanche et lundi, l’ensoleillement est important, la couche chaude au sol se forme très vite dans la journée, mais les pressions restent élevées en altitude au niveau de la surface des 500 hpa, la montée de l’air chaud est freinée, il faut qu’elle soit aidée par les reliefs ou par des contacts qui facilitent la montée de l’air. La ligne de la Champagne au val de Loire est stimulée par la résistance de l’anticyclone du sol.

Mercredi et jeudi, il y a une goutte froide en altitude qui aspire l’air , mais au sol ce dernier est frais le matin avec un vent de nord, l’ensoleillement est réduit, il n’y a donc guère d’air chaud à élever en altitude.

Pour ces raisons, ces derniers jours nous avons eu la loterie de la pluie ! Aviez vous un bon ou un mauvais numéro ?

Gérard staron vous donne rendez vous samedi prochain sur les ondes de Radio Espérance.

Bonne semaine à Tous…

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