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9 avril 2011 6 09 /04 /avril /2011 20:56

 

Chronique N°820 : La France spécialiste de la  peur !

Tous les observateurs signalent le calme des japonais pourtant en première ligne dans la triple catastrophe qu’ils subissent et la peur ou l’hystérie de la France face à un événement qui se passe à plus de 10000 Km de notre sol avec une multiplication des rumeurs, des polémiques et des réactions très décalées.

Les fournisseurs de compteurs geiger ont été dévalisés depuis l’annonce  des problèmes de la centrale de Fukushima. Il faut ajouter l’annonce intempestive de l’arrivée sur notre pays du nuage radioactif le 23 mars alors que les premières mesures réelles d’une augmentation très limitée de la radioactivité semblent avoir été signalées aux alentours du 31 mars.

Il est bien évident qu’une détection de la radioactivité le 31 mars, une semaine après, est bien plus compatible avec les mesures de vent en altitude.

Si on reprend en compte la distance de 18000 km à parcourir en utilisant la route zonale suivie par les flux d’ouest des latitudes tempérées, les plus rapides de la planète, soit en considérant les 14000 km de distance en ligne directe dans ce sens augmentée des ondulation successives de la circulation générale de l’atmosphère, on obtient une distance journalière parcourue de 1066 Km ce qui correspond à une vitesse moyenne de 44 km/h dans la traversée du Pacifique puis du continent américain et de l’Atlantique. Si on reprend le coefficient de 1,7 que l’on utilise habituellement pour passer de la vitesse moyenne du vent sur 10 minutes à celui des rafales, ceci donne une vitesse des rafales tout au long du parcours de 70 km/h environ.

Une telle vitesse continue sur une aussi longue distance est encore incompatible avec les vents au sol. Ils prenaient déjà un retard au départ de la centrale puisqu’ils n’ont pas dépassé 50 km/h les premiers jours du problème à proximité de Fukushima et ensuite ils ont chu à 20 km/h environ. Par contre la semaine supplémentaire de transport, rend plus vraisemblable l’acheminement d’un début de radioactivité par le courant du jet stream qui circule au haut de la troposphère au dessus des perturbations du front polaire. Si ce courant peut atteindre de très grandes vitesses à proximité de la tropopause, quand sa trajectoire est tendue en hiver, il perd une grande partie de cette dernière dans les ondulations.

En arrivant vers le 31 mars, les premiers éléments de radioactivité avaient 1000 Km de moins à franchir pour atteindre notre pays que la semaine précédente où ils ont été annoncé à tord ! En effet le 23 et le 24 mars, pour arriver jusqu’à nous, la radioactivité devait contourner l’anticyclone centré sur les Iles britanniques et revenir par le nord-est après être passé sur la Scandinavie et l’Allemagne. Si les vitesses du jet stream étaient très fortes au nord de l’Anticyclone sur l’Ecosse, de l’ordre de 75 nœuds au niveau de la surface des 500 hpa, environ 135 km/h , dans le retour en direction de la France elles baissaient considérablement, 25 à 30 nœuds au plus soit environ 50 km/h.

La semaine suivante, dans les derniers jours de mars, la circulation d’ouest s’est rétablie avec la célèbre dépression d’Islande, ce qui évite le grand détours par l’Europe du nord et le flux parvient de face en ligne directe de l’Atlantique avec des vents de 10 à 15 nœuds au sol, moins de 30 km/h, et de 30 à 60 nœuds en altitude, soit moins de 100 km/h. Il n’est pas étonnant que les premières traces recueillies dans notre pays l’aient été sur la face océanique, en particulier dans la région bordelaise, l’une des premières régions à recevoir ce type de circulation atmosphérique.

Avec la plus grande modération, l’annonce de l’arrivée du nuage radioactif sur la France était au minimum très prématurée ou anticipée. Il convient de mettre en cause le modèle mathématique utilisé, mais le modèle ne fournit des résultats qu’en fonction des données qu’on lui engrange. Si on lui rentre les vents d’ouest les plus rapides au niveau de la tropopause, la planète est recouverte à la vitesse d’un TGV. Si on se contente des faibles flux du sol, il progresse à celle d’un omnibus. Plusieurs types de circulations atmosphériques avec des vitesses de vent différentes pouvaient être choisies. Pour aller au plus vite en Europe, la seule solution était de programmer en altitude les vents d’ouest, les plus rapides de la planète au contact de l’air chaud des basses latitudes et du froid des zones polaires.

Au sol, il a été fait mention de radiations mesurées dans les Philippines. C’est bien plus plausible car dans les premiers jours de la catastrophe, les vents de nord ouest envoyaient le flux vers le Pacifique sud. Il était ensuite repris par le courant des alizés sur le flanc de l’anticyclone subtropical. Un courant de nord-est s’avançait directement vers les Philippines.

Qui avait intérêt à cette annonce dans une semaine électorale autant en Allemagne qu’en France, dans des pays où existent de puissants intérêts à propos de l’énergie nucléaire ? Ne fallait-il pas faire prendre conscience que le danger était déjà à nos portes ou utiliser les informations prématurées pour tenter d’obtenir des décisions rapides sur l’ensemble de notre filière nucléaire comme cela a été partiellement réussi  en Allemagne ?

Quand le climat, ici les vitesses de vent, servent à instituer une peur, une réaction irréfléchie  pour obtenir une décision hâtive pour rendre irrémédiable une situation, on peut s’interroger sur l’état psychologique de notre pays

Depuis quelques années la peur climatique ou des catastrophes naturelles est utilisée pour obtenir un changement de société :

La peur du réchauffement climatique. Annoncer le 6 avril 2011 qu’un mois, à peine commencé, est déjà le plus chaud depuis 1946 à Sait Etienne !

La peur de la sécheresse et du manque d’eau par exemple dès le début de ce printemps

La peur des catastrophes naturelles que ce soit des inondations ou des tempêtes.

Dans tous les cas il s’agit de l’utilisation de modèles mathématiques pour prévoir un avenir d’apocalypse si l’on n’applique pas immédiatement l’idéologie en vogue.

Le principe de précaution n’est-il pas une institutionnalisation de ce mécanisme de la peur ?

 La ficelle était un peu grosse, mais dans le passé, le mécanisme instillé par de fausses nouvelles qui permettent des peurs, a entraîné parfois notre pays dans des excès qui se sont avérés définitif. La distillation d’informations inexactes a  fait parfois basculer l’histoire.

Toutes les grandes journées révolutionnaires de 1789 sont alimentées au départ par des rumeurs. La grande peur de juillet commencée par de fausses informations irraisonnées en est un excellent exemple. Dans le Dauphiné, la peur est partie d’une alarme déclenchée par l’annonce de l’arrivée d’une troupe de 10000 piémontais dont personne n’a vu ensuite le premier soldat. Dans un village de champagne, une bande de brigands s’est révélé être un troupeau de vache. A Ruffec, il s’agit de quêteurs mécontents qui auraient annoncé revenir en nombre à la suite de piètres dons. Ces rumeurs vont permettre à une partie de la population de s’armer, ensuite de retourner leurs armes contre les châteaux et la noblesse et enfin dans la précipitation d’obliger à la nuit du 4 août, la fin des privilèges personnels. «  La révolution eut, en huit jours et gratis, une armée d’un millions d’hommes »

Le problème aujourd’hui n’est pas que notre pays est plus menacé que d’autres par des catastrophes naturelles et les facéties du climat mais des phénomènes qui devraient faire l’objet d’une approche strictement scientifique sont dévoyés de leur objet. Qu’est devenue la climatologie ?  

La peur est mauvaise conseillère, surtout elle n’est pas neutre avec une utilisation sociétale évidente. La France autrefois pays de la raison et de Descartes est-elle à la merci d’un émotionnel mal maîtrisé ? Notre pays serait-il en état moral et psychologique de supporter une catastrophe terrible comme celle que subissent nos amis japonais quand on voit les polémiques destructrices que peuvent provoquer des faits dérisoires ?

 La peur n’est-elle pas le veau d’or d’un pays qui a perdu son espérance !

Gérard Staron vous donne rendez vous samedi prochain sur les ondes de radio espérance, ce texte étant repris sur gesta.over-blog .com

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