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2 avril 2011 6 02 /04 /avril /2011 20:15

Chronique N°819

Au milieu de tout le brouhaha de l’actualité médiatique, une nouvelle aurait pu être signalée. Au cours de ces deux dernières semaines, nous sommes passés progressivement des situations météorologiques hivernales à celles de saison chaude.

Ceci ne veut pas dire que les températures ont augmenté sur la France au moment du changement. Les gelées ont certes disparu mais les températures maximales n’ont pas progressé, avant ces dernières 48 heures, elles étaient même parfois plus élevées au début de la semaine précédente

Ceci ne veut pas dire que le temps s’est amélioré sur notre pays. Ce serait même plutôt l’inverse puisque jusqu’au samedi 26 mars, un très beau temps ensoleillé régnait sur la France avec un soleil généreux, une absence de précipitation évoquant l’été. Depuis on aurait même plutôt l’impression que la situation météorologique s’est dégradée avec des précipitations quotidiennes mardi, mercredi et jeudi.

Pourtant derrière cette impression trompeuse il y a bien eu un changement qui s’apparente au passage d’une situation météorologique d’hiver à celle d’été.

Ce changement est visible à l’évolution nuageuse des journées. Lors des belles journées qui se sont succédées jusqu’au vendredi 25 mars, quand les rayons du soleil nous accompagnaient depuis le début de la journée, nous les gardions jusqu’au coucher et aucune formation nuageuse nouvelle ne se développait. Depuis le samedi 26 mars, quand les rayons du soleil étaient abondant dans la matinée, on a vu se développer dans la journée des nuages grossissant comme des champignons de la famille des cumulus, au point que certains jours, le tout s’est terminé dans la fin de la journée  par un orage mardi sur la région stéphanoise avec moult phénomènes électriques ou par des pluies d’averse dans la soirée de mercredi.

Comment interpréter cette différence. Lors des belles journées jusqu’au vendredi 25 mars, l’air restait plaqué au sol alors qu’après il avait envie d’être instable et de s’élever en altitude. La première réaction est celle des anticyclones d’hiver où de l’air froid au sol est surmonté par de l’air plus chaud en altitude. C’était d’ailleurs le cas puisque la situation anticyclonique provenait à l’origine de l’arrivée au sol d’un air polaire venant de Russie, surmonté par la remontée d’un air tropical en provenance des basses latitudes. Il n’y a pas plus stable que cette situation en conformité avec les lois de la physique où l’air le plus dense est en bas et le plus léger au dessus.

La seconde réaction celle des journées à partir du samedi 26 mars signifie que l’air au sol a des envies de s’élever en altitude, de devenir instable. Ce mouvement vertical peut être lié soit à la chaleur du sol qui incite cet air léger à s’élever en raison de sa faible densité, soit à un air plus froid en altitude qui attire celui du sol, soit à un mixe des deux.

Dans le premier cas,  L’ensoleillement provoque une couche d’air chaud léger à proximité du sol qui ne demande qu’à s’élever ce qui correspond aux situations estivales. La journée naît sous un beau soleil puis à partir de la mi journée l’élévation de cette masse chaude lui permet de franchir son point de condensation avec les premiers cumulus, puis ces derniers s’épaississent jusqu’en soirée et se transforment parfois en pluie orageuse accompagnée ou non de phénomènes électriques.

Dans la seconde possibilité, les pressions relativement élevées au sol peuvent être surmontées de zones d’altitudes où ces dernières sont plus faibles avec un air plus froid. Dans ce cas l’ascension de l’air chaud en altitude est aidée par l’aspiration  qui provient de l’air froid situé au dessus.

C’est à ce niveau qu’intervient toute la complexité de la situation qui a changé à la fin de la semaine dernière sur la France.

Les changements de températures au sol dans la journée ont été faibles. La seule différence porte sur les températures minimales. Il y a eu des gelées importantes sur la France jusqu’au 23 ou 24 mars. Elles ont disparu ensuite. Ces dernières ont pu retarder le départ de la convection, ensuite la vaillance de l’ensoleillement compensait donc les températures maximales ont peu évolué.

La différence porte bien sur l’évolution en altitude avec un changement le vendredi 25 mars. Auparavant l’air d’origine tropical en altitude présentait des températures de l’ordre de -20 à -22° au niveau de la surface des 500 hpa, très élevée sur notre pays à plus de 5700 m. Ensuite les températures de cette surface des 500 hpa sont descendues à -24° et -25° à un niveau qui s’est abaissé vers 5500 mètres.

La chaleur émise par le sol a peu varié mais l’évolution de la haute troposphère qui la plaquait au sol lui a permis de s’élever ensuite.

La seconde différence a porté sur l’évolution des perturbations dans la traversée de notre région, des dépressions de l’est du Massif central qui longent la Loire et son affluent l’Allier.

Depuis le début de l’année ces zones ont connu des précipitations très indigentes car les perturbations qu’elles soient océaniques ou méditerranéennes arrivaient très mal à franchir les lignes de reliefs bordières. Les pluies océaniques étaient arrêtées par les montagnes volcaniques auvergnates en premier rideau et l’axe du haut Forez aux monts de la Madeleine en second. Celles méditerranéennes ne dépassaient pas la ligne de crête des Cévennes au Pilat et enfin celles qui revenaient par le nord-est restaient souvent plantées sur la ligne du Pilat aux Monts du Beaujolais.

La nouveauté du passage des perturbations qui se présentent depuis dimanche est non seulement qu’elles arrivent à pénétrer dans cet espace interne du Massif central mais qu’en plus elles y retrouvent une seconde jeunesse en profitant de la convection..

Prenons l’exemple de celle de la nuit de mercredi à jeudi, si on suivait les modèles, si on analysait sa trajectoire d’origine, elle aurait dû se contenter d’effleurer le nord du Massif central, or l’analyse des échos radars de jeudi matin montre que non seulement elle a pénétré largement dans ce secteur géographique interne des dépressions de la Loire et de l’Allier, mais qu’en plus des petites cellules d’intensité pluviale assez forte se formaient en traversant ces régions alors qu’elles n’existaient pas dans la partie septentrionale de la perturbation .

De même le petit orage de mardi soir sur Saint Etienne entre 18 et 19 heures a montré l’existence d’une petite cellule convective en fin de journée sur le versant septentrional du Pilat, une trajectoire d’orage classique et a constitué une surprise qui ne se serait pas produite quelques jours plus tôt.

Ce phénomène qui accompagne le plus souvent les perturbations de sud-ouest pendant la saison chaude, apporte l’essentiel des précipitations de mai à septembre sur l’ensemble interne du Massif central, sur les hauts bassins de la Loire et de l’Allier entre d’un côté les crêtes volcaniques auvergnates et de l’autre celles des Cévennes au Pilat. Il commence le plus souvent dans le courant d’avril, se développe en mai et en juin et continue ensuite sous une forme plus orageuse. Cette année, ce type de temps s’est installé avec quelques jours d’avance.

Il est bien évident que ce passage des situations météorologiques d’hiver à celles de saison chaude n’en est qu’à son balbutiement. Des descentes de nord sont encore possibles. L’évolution de l’atmosphère en altitude est au moins aussi importante que l’accumulation de la chaleur au sol, mais cette évolution montre que l’on peut changer de situation météorologique en ayant d’abord un ressenti en grande partie inverse puisque le temps a plus donné l’impression de se dégrader que de s’améliorer avant de ne le sentir qu’une semaine après.

Gérard Staron vous donne rendez vous samedi prochain pour une nouvelle chronique sur les ondes de Radio Espérance.

Bonne semaine.

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