Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
26 mars 2011 6 26 /03 /mars /2011 20:04

Chronique n°818 : A-t-on perdu en route le nuage de Fukushima ?

 

La terre a été terrible avec le pays du soleil Levant en tremblant comme jamais depuis très longtemps. La mer a été meurtrière avec ce tsunami qui a pénétré au plus profond des baies, mais le ciel, météorologique s’entend, a été bien plus clément pendant un certain temps.

Je voudrais d’abord signaler deux points où la climatologie a probablement contribué à adoucir le cataclysme.

La banquise dans son extension maximale a cette époque descendait jusqu’au cap central de l’île d’Hokkaido. Dans la mer d’Okhotsk, la superficie de la banquise a baissé de près de 100000 km2 au moment du Tsunami alors qu’elle était croissante auparavant. La vague géante est elle venue s’empaler sur la masse de glace qui longeait le littoral et l’a-t-elle protégé dans une région, immédiatement au nord de la zone très affectée de l’île de Honshu ? Rien n’a filtré à propos du nord d’Hokkaido, ni de l’extrême orient russe.

La propagation des radiations nucléaires pose un vrai problème, sur le japon en première ligne. Depuis le début des rejets radioactifs importants de la centrale de Fukushima, les vents de nord-ouest d’abord balayé la zone sur le flanc d’un anticyclone centré sur la Chine. Ils poussent vers le large de l’océan Pacifique le nuage émis d’un secteur littoral ce qui limite d’autant l’impact sur l’arrière pays. Le sud du Japon sous l’influence de l’anticyclone chinois est à l’abri. Tokyo a subi une seule véritable alerte aux radiations nucléaires le 15 mars vers 11 heures, à un moment où les rejets de la centrale ne semblaient pas encore au maximum. Le seuil de 241 bqM3 d’iode 131 a été atteint, puis les taux  ont chu ensuite vite, 3bqM3 à 21 heures à Tokyo le 15 mars  avant de remonter plus lentement dans les jours suivants.

Dans une deuxième configuration avec un anticyclone au sud de l’Archipel, le vent de sud-est a toujours repoussé le nuage radioactif en direction du Pacifique, mais cette fois du nord en direction du détroit de Béring et de l’Alaska.

Cette situation favorable ne devait pas continuer indéfiniment et Lundi 21 mars, un vent de nord a rabattu les particules émises vers le sud selon un espace compris entre les montagnes du centre de l’île de Honshu et la côte. Le sud de l’Archipel est encore à l’abri, mais cette fois l’agglomération de Tokyo est concernée à nouveau avec les problèmes sur l’eau du robinet.

La vitesse des vents au départ assez forte avec 40 à 50 km/h en moyenne sur 10 minutes évacuait rapidement le flux, puis elle a baissé de moitié environ ce qui laisse les radiations stagner.

Ces derniers jours, un vent de sud renvoie les radiations vers les régions les plus touchés par le Tsunami,  le nord de Honshu, puis Hokkaido

Le ciel a laissé 8 jours de répit au japon en renvoyant les radiations au large, mais cette bienveillance a pris fin. La situation s’est-elle suffisamment améliorée entre temps dans la centrale de Fukushima ?

Le problème de l’extension du nuage en direction de la France est par contre ubuesque.

Notre pays est en ligne directe par les Pôle à 11000 Km du Japon. Le nuage n’est pas passé par cette route dès le début. Il aurait suivi selon les cartes françaises, le flux zonal d’ouest des latitudes tempérées et la distance en ligne droite passe alors à 13000 et 14000 km. Ce flux présente une série d’ondulations. Par exemple à l’arrivée en Europe, mercredi,  il aurait fallu contourner l’anticyclone des Iles britanniques pour revenir par le nord-est. L’autorité de sûreté nucléaire a parlé de 18000 km ce qui est probable.

Personne n’a réfléchi à l’invraisemblance des vitesses, le nuage de Tchernobyl a mis  6 jours pour faire 2000 Km et celui de Fukushima aurait mis 8 jours pour faire 18000 km. Dans ce dernier cas, ceci signifie une vitesse moyenne de 94 km/h. Quand les rafales augmentent selon un coefficient de 1,7 les mesures moyennes, tout au long du trajet, le flux nucléaire aurait été propulsé par une tempête de 159 km/h en rafale , une virulence supérieure à Xynthia tout au long du Pacifique de l’Amérique et de l’Atlantique. Extravagant !

.

N’avez-vous pas été interloqué par l’annonce d’un supposé fait «l’arrivée du nuage mercredi » alors que l’on est incapable de le  mesurer puisque la radioactivité au sol n’a pas augmenté de façon significative et est restée conforme à ses valeurs naturelles

En réalité il n’existe qu’un seul flux capable de ces vitesses. Il s’agit du jet stream, le vent virulent qui circule en altitude d’ouest en est aux latitudes tempérées. Il atteint de telles vitesses au niveau de la tropopause soit actuellement entre 9 et 11 km d’altitude.

Ceci signifie que ces prévisions d’arrivée du nuage radioactif ont été faites selon un modèle atmosphérique calé sur les vitesses des vents au niveau du jet stream avec 2 solutions :

1)      Soit des particules radioactives sont bien arrivées mais entre 9 et 11 km d’altitude elles sont en train de sortir de la troposphère, de se diluer dans la stratosphère et elles ont perdu tout caractère dangereux pour les pauvres terriens  qui ne mesurent rien au sol.

2)      Soit ces particules sont encore loin ou tellement rares à avoir suivi le modèle que ce dernier les a perdu en route. Au départ les vitesses de vent n’ont pas dépassé 50 km/h sur la centrale et ensuitel elles sont restées faibles dans les basses couches.

J’ai pour ma part suivi les prévisions, très différentes de déplacement de l’institut de Météorologie et de climatologie allemand avec le site très fourni.  Ne pas oublier que les émissions radiatives se produisent à proximité du sol et ils ont examiné le cheminement en fonction des vents des flux émis entre le sol et 2 kilomètres d’altitude en suivant leurs déplacement au niveau géographique et les évolutions selon les différents niveaux de l’atmosphère avec de nombreuses cartes toutes les 6 heures.

Les possibilités de départ des émissions en altitude du 15 au 18, moment de la crise majeure, sont limitées, la plus grande partie reste plaquée au sol sur le Pacifique.

Selon leurs prévisions à la date d’aujourd’hui, Une grande partie des radiations tournoie encore dans le Pacifique. Après un départ vers l’est, nord-est ou sud–est, elles sont reprises par le flux des Alizés dans les basses latitudes qui les renvoie vers les Philippines. Une part était prévue pour arriver au dessus de l’Amérique du Nord à des altitudes moyennes et enfin une dernière rejetée en haut de la troposphère se dirige vers le Groenland. L’arrivée sur ces dernières régions était postérieure au 24 mars !

Quand on sort du Japon où les radiations sont hélas bien présentes et les vents très surveillés par des cartes précises, je crois que tout le monde a perdu le nuage de Fukushima

D’abord il n’y en a pas un seul comme à Tchernobyl. Il s’agit de bouffées successives limitées à partir de centrales stoppées, contre une seule gigantesque explosion en 1986. Ces émanations partent dans tous les sens du point de départ, la centrale endommagée, selon les changements quotidiens du vent, alors qu’en 1986 on n’avait à suivre une énorme masse.

Ensuite, les flux radioactifs traversent cette fois d’immenses surfaces marines où les vents sont plus forts mais assez mal observés. Je n’ai pas réussi à trouver de cartes quotidiennes  pour la partie centrale de l’Océan pacifique. Il y a un hiatus de plusieurs milliers de kilomètres avec des mesures très rares pour tous les paramètres.

Enfin les flux se répartissent entre ceux qui restent dans les basses couches de l’atmosphère et présentent un danger réel car ils peuvent être plaqués au sol par les précipitations et les populations peuvent être affectées et ceux qui se sont évaporés dans le haut de la troposphère. Plus ils sont hauts, moins on a de chance de les revoir ! Lors de la catastrophe de Tchernobyl, j’avais pu suivre de façon pertinente l’évolution du nuage en utilisant les vitesses moyennes sur 10 minutes des vents au sol à 12 h UTC avec les cartes météorologiques quotidiennes de l’Europe. Cette fois le suivi est plus complexe !

En 1986 le nuage s’était arrêté à la frontière, cette année le modèle mathématique l’a perdu en route !

Gérard Staron vous donne rendez vous samedi prochain sur les ondes de Radio Espérance, ce texte étant repris sur mon blog : gesta.over-blog.com. Bonne semaine à tous !

Partager cet article

Repost0

commentaires

Presentation

  • : Le blog de Gérard Staron Président de l'AMRL
  • : Le journal du climat et de la géographie libres. Actualité climatique Climat et société, impact du climat sur les activités humaines . Prévisions sur 4 jours
  • Contact

Rechercher

Articles Récents

Mes ouvrages

                                                                noel boules noel boules 4 gif                                                              noel boules noel boules 4 gif                                                                                                                                                                                                    noel boules noel boules 4 gif

Mon Site

                                                                                                                        Site

Articles sur Le progrès

Phénomènes météo exceptionnels de 1945 à nos jours (2013)

Quel drôle de temps

La Loire p 78, 79

Le Gier p 80

La fureur du Furan p 81

Climat de la Loire: Effet de couloir p 194

Climat de la Haute-Loire:

Le coeur  du Massif Central  p 195