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26 février 2011 6 26 /02 /février /2011 16:49

Chronique N°815

Le premier anniversaire de la tempête Xynthia qui a dévasté les côtes du Marais Poitevin fait l’objet de nombreux témoignages. Je suis plus un spécialiste des inondations des fleuves et rivières  que des zones littorales, mais l’analyse de tous les reportages me permet de constater que l’on trouve les mêmes problèmes et comportements. Seule l’importance et la nature des catastrophes change !

Au niveau de la prévision, les modèles atmosphériques avaient bien annoncé la tempête et si cette dernière a surpris, ce n’est pas en raison du manque d’alerte météorologique, mise au niveau rouge, ni de la vitesse maximale de ses rafales, de l’ordre de 140 km/h. Même si on m’a signalé une mesure vers 160 km/h et une autre vers 170 km/h, ces souffles sont largement inférieurs à ceux des très grosses colères antérieures d’Eole, celles de décembre 1999 qui avait flirté avec les 200 km/h sur les mêmes régions et celle d’octobre 1987 sur la Bretagne qui les avait dépassés.

Ce qui a été fortement sous estimé dans le cas de la tempête Xynthia correspond aux caractéristiques géographiques des milieux affectés, celles de l’Océan , avec la concordance horaire de la tempête avec une grande marée et une surcote du niveau marin très importante en raison de la dépression très creusée, celles des marais qui étaient les premiers réceptacle de la virulence des éléments déchaînés, altitudes proches ou en dessous du niveau de la mer, protection insuffisante par les digues ou de frêles cordons littoraux de dunes.

C’est pour cette raison que l’on attendait des dégâts du vent et que l’on a eu des victimes de submersion marine. Dans un cas il faut se calfeutrer chez soi, dans l’autre il convient de trouver refuge sur un point haut quand on habite un site menacé.

Certains croient à tord que la prévision météorologique est totalement dépendante des modèles mathématiques. Le mot modèle convient peu car ils sont encore très loin de la perfection que suggère ce vocable. Il y a déjà leurs dérives propres, écarts de températures, de trajectoire et d’intensité des phénomènes, décalages avec le temps etc. Même quand ils donnent une idée convenable de la situation atmosphérique, ils doivent être corrigés en fonction des conditions géographiques. Dans le cas de Xynthia, il s’agit  des milieux marins et littoraux, mais c’est le même problème dans mes prévisions dans l’est du Massif central, avec les modifications des reliefs méridiens souvent perpendiculaires à la circulation générale de l’atmosphère. Analyser les résultats d’un modèle parait facile, savoir en quoi il doit être corrigé demande une très grande connaissance du terrain qui ne peut que s’acquérir avec le temps. J’ai d’ailleurs en début d’année échangé sur ce sujet avec le Président de mon Jury de thèse d’état, soutenue depuis des années,  et nous étions en parfaite concordance de vues sur le sujet.

L’autre grande polémique qui a suivi Xynthia a concerné la délimitation des zones noires ou de solidarité qui devaient faire l’objet de l’expropriation et de la destruction des maisons qu’elle concernait et l’on a vite vu, comme moi dans de nombreuses villes, qu’il pouvait y avoir un sérieux décalage, voir une contradiction entre les mots inondables et inondés. Certains ont eu leur bien placé dans ces zones alors que la mer n’avait pas pénétré chez eux dans le cas de Xynthia. J’ai moi-même signalé des décalages semblables sur la vallée du Furan et la ville de Saint Etienne à propos de l’édification du PPRNPI de 2005 et de ses zones rouges et hachurées dans deux études :

Ma contribution au rapport pour le ministère du développement durable intitulé « les démarches de développement durable, pertinence et apports effectifs dans la gestion de l’air et de l’eau : les exemples de Lille et de Saint Etienne », sous la direction d’Isabelle Roussel

En janvier 2010, j’ai aussi livré une étude intitulée « les crues du Furet et du haut bassin du Furan, leur rôle dans les inondations de la ville de Saint Etienne (étude historique et hydrologique) »

On trouve le même problème scientifique, celui du décalage entre les cartes des zones à risques et les constatations basiques en provenance du terrain avec des inondables qui ne sont pas inondés et inversement.

Il est facile de comprendre d’où viennent ces contrastes. Il y a en effet deux méthodes possibles pour effectuer des études rapides comme après Xynthia ou si on croit manquer de durées suffisantes de données.

Celle à la mode consiste à utiliser les modèles mathématiques, qu’il s’agissent de ceux de terrains ou pour les crues des rivières les modèles pluies débits avec les méthodes Crupedix , Socose et bien d’autres. On fait marcher « la moulinette », ce qui coûte fort cher, puisque ce genre d’étude se négocie le plus souvent à plusieurs centaines de milliers d’euros, et l’on obtient une carte qui prend très vite force de loi.

Il y a aussi celles que certains considéreront comme historique, s’ils sont polis,  qui consistent à essayer de rechercher dans l’histoire toutes les traces d’événements semblables, on en trouve souvent plus qu’il n’en faut, et en tirer des probabilités qui ont le mérite d’être en prise réelle avec le terrain. Un ministre, d’avant 2007, avait même lancé une campagne, pour rechercher tous les témoignages des niveaux d’inondations anciennes, initiative de terrain très  louable même si le ministre a été décrié, dont je n’ai plus d’échos !

Souvent les modèles mathématiques, surtout quand leur base d’observation est étroite, ou quand ils traitent de milieux géographiques compliqués où s’interpénètrent des influences climatiques et hydrologiques diverses, peuvent conduire à de sérieux écarts avec la réalité de l’observation du terrain.

Dans ces cas là, il est curieux de constater les réactions des différentes catégories de protagonistes confrontés à ce type de situation décalée. Là encore on retrouve des similitudes caricaturales, au point que quand arrive un reportage sur ces questions, on peut deviner à l’avance les réactions et  les propos qui seront échangés.

Il y a d’abord les services de quelques niveaux qu’ils soient. Ils s’abritent derrière leurs études mathématiques sophistiquées présentées comme vérité incontournable et ils persévèrent d’autant plus qu’ils ne sont pas en première ligne pour subir les colères des populations.

Il y a les élus politiques. Ils reçoivent les décisions sans appel des services avec les différentes obligations légales, administratives, les circulaires etc… à respecter, mais aussi d’un autre côté les récriminations de leurs administrés. Comme ils sont rarement des spécialistes de la question, ils n’ont que leur bon sens pour se faire une idée ou pour prendre l’initiative décisive au bon moment.

Il y a les associations idéologiques, c’est la dénonciation écologique sur tout ce qui bouge à l’horizon, sauf quand elles sont prisonnières de leurs amitiés politiques.

Il y a les associations des populations riveraines ou des communes littorales. Les reportages signalent leur solidarité. Cette unité apparente recouvre des intérêts très divergents.

Il y a ceux qui ont été réellement inondés et ont subi un traumatisme grave. Le plus souvent, ils souhaitent sortir de cette situation et se résignent ou demandent l’expropriation quand l’indemnité leur parait acceptable.

Il y a ceux qui n’ont pas ou peu été inondés et ne comprennent pas l’expropriation  ou  les contraintes des zones inondables. Ils résistent.

Il y a ceux qui demandent des protections, justifiées ou non, digues,  barrages etc, mais butent sur les budgets

Ceci peut se terminer au tribunal administratif, mais la décision est prise en fonction du droit.

Surtout ne parlons pas « d’humain », quand les modèles dérivent, les hommes perdent la raison et une catastrophes naturelle n’est pas humaine !

Gérard Staron vous donne rendez vous samedi prochain pour une nouvelle chronique de climatologie sur les ondes de Radio Espérance. 

Bonne semaine !

 

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