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22 janvier 2011 6 22 /01 /janvier /2011 22:55

 

               Les inondations sont encore l’actualité de la semaine avec 3 points noirs :

Le Brésil avec des glissements de terrains sur la sierra en arrière de Rio de Janeiro

L’Australie avec le second acte dans le secteur de Brisbane, un peu au sud de celui qui a préalablement touché Rockampton, toujours le long de la mer de Corail

Enfin l’Allemagne avec la seconde vague dans le sud du pays, les crues se sont déplacées sur les bassins du Neckar et du Danube

A quelques heures près, le paroxysme des nouvelles pluies se produit de façons concomitantes sur ces 3 zones pourtant très éloignées de la planète à la suite d’autres précipitations.

Les fortes pluies du Brésil ont eu lieu le 11 et le 12, avec pour l’ensemble des deux jours 254 mm à Meldungen et 130 mm à Cordeiro, mais elles avaient été précédées de totaux importants dans les 7 premiers jours de 2011.

En Australie, les abats sont à l’échelle de la grandeur du continent. La station de Brisbane avait déjà reçu 650 mm en décembre (voir la chronique 808), il faut ajouter 279 mm entre le 7 et le 13 janvier avec un maximum dans les deux derniers jours. Les versants orientaux de la Cordillère Australienne ont reçu jusqu’à 818 mm entre le 7 et le 13 Janvier avec une plus grande concentration géographique sur le sud-est du Queensland que lors des pluies précédentes de décembre.

Enfin en Allemagne les nouvelles pluies sur le Bade Wurtemberg du 13 et du 14 font suite à celles déposées par les multiples perturbations des jours antérieurs. La Forêt noire, l’Odenvald et les Préalpes sont les zones les plus affectées avec 60 à 80 mm le 13 et une trentaine le 14. Pendant ce temps les rivières en crue en France, principalement l’Oise sont rentrées dans leur lit et les ondes se sont étalées progressivement vers l’aval.

Les impacts sont de nature différente dans les 3 régions

Les pertes en vies humaines sont importantes au Brésil. Les fortes précipitations sur des sols tropicaux qui présentent une couche importante d’altérite, formée de roches décomposée meubles, ont provoqué leur glissement le long des pentes importantes dans les sierras en arrière de Rio. L’association de la chaleur et de la forte humidité contribue à accélérer les processus de décomposition des roches sous ces climats tropicaux et à accumuler en surface des manteaux épais et instables d’argile kaolinite qui ne demandent qu’à glisser dès que le ruissellement le permet. Ces sols latéritiques de couleur rouge sont très sensibles à l’érosion et des versants entiers ont été décapés de cette couche comme le montrent des pentes dénudées sur les photos en arrière de Rio de Janeiro quand la forêt n’a pu retenir cette masse de roches désagrégées et liquéfiées.  Cette nappe de boue a ravagé ensuite les vallées de Nova Friburgo, Teresopolis, Petropolis, Sumidorio au point d’y provoquer plus de 700 victimes. La conjonction de ces fortes pluies répétitives et de sols tropicaux instables dans un pays émergent où la gestion de ce type de catastrophe est encore difficile, a provoqué ces nombreuses pertes humaines et matérielles.

Les événements d’Australie sont exceptionnels par l’importance des précipitations, plus de 1200 mm ponctuellement depuis septembre 2010 et des dégâts matériels dépassant 3,8 milliards d’euros. Les eaux montent de plus de 7 mètres pour atteindre une cote de 9 mètres à Oxley creek le 12 janvier. Dans une région sèche le plus souvent, l’eau s’écoule en nappe et occupe des vallées entières en dehors du lit mineur habituel des rivières. Pour retrouver une crue comparable dans la région de Brisbane, il faut remonter à 1974 où 14 personnes étaient mortes et 6000 maisons détruites ou endommagées.

En Allemagne, de très nombreux cours d’eaux sont en crue sur l’ensemble du pays mais les inondations principales se sont déplacées du bassin du Rhin à celui du Danube. La semaine dernière je vous annonçais une reprise des inondations jeudi sur le bassin Rhénan. En réalité cette reprise n’a été exceptionnelle que sur des sous affluents du fleuve. Le Rems et le Muur aux cotes maximales de 5,20m  et 3,70 m, ont dépassé les niveaux de toutes les inondations depuis 1990. En aval sur le Neckar, l’inondation est déjà moins importante à Heidelberg avec 4,70 m. Puis la crue s’étale sur le Rhin au point que la seconde montée du fleuve a été légèrement inférieure à la première (un peu en dessous de 9 m à Cologne).

Au contraire sur le haut Danube, La partie allemande du fleuve, habituellement la plus sage, est montée à des niveaux exceptionnels plus de 6,5 m à Regensburg, 7 m à Straubing et à Mathausen en Autriche.

Naturellement il est difficile de trouver des liens météorologiques entre les passages répétés de perturbations tempérées en Allemagne et les événements des tropiques au Brésil et en Australie.

En Allemagne comme je l’expliquais la semaine dernière les inondations ont été le résultat de l’accumulation de deux facteurs, la fonte du manteau neigeux épais antérieur et les lames d’eaux quotidiennes déposées par les différentes perturbations qui se sont succédées avec une double translation géographique nord-sud. Le manteau neigeux a d’abord fondu dans les zones de plaines du nord alors que celles du sud l’ont conservé plus longtemps dans les montagne. Les perturbations ont d’abord balayé les secteurs du nord avant de descendre en latitude. Ceci explique l’évolution dans le temps des bassins affectés principalement : le Main, puis le Neckar enfin le Danube, du nord vers le sud.

Entre les deux catastrophes climatiques de l’Australie et du Brésil les ressemblances climatiques et géographiques  sont troublantes.

D’abord la situation géographique est semblable sur une façade orientale des continents de l’hémisphère sud, vers le 20ème et le 30ème degré de latitude. L’orientation méridienne de ces côtes est aussi semblable avec en arrière des lignes de reliefs, la Cordillère australienne dans un cas et la Sierra de Serana dans l’autre, qui contribuent à exacerber les précipitations par un effet orographique.

Ensuite l’arrivée des masses pluvieuses s’effectue en provenance des  ensembles maritimes proches, l’océan Atlantique sud pour le Brésil et la mer de Corail pour l’Australie, selon une direction semblable en provenance du sud-est qui correspond à la trajectoire traditionnelle de l’Alizé.

Ces côtes brésiliennes et australiennes sont traditionnellement  arrosées modérément par l’alizé maritime, qui s’est chargé d’humidité sur les mers et vient la déposer sur les côtes et les reliefs en arrière, mais une aussi forte intensité est rare. Il faut donc faire intervenir un phénomène aggravant.

Ce dernier correspond à des perturbations tempérées qui sont descendues en provenance du sud, les régions froides dans cet hémisphère, le long des côtes de l’Argentine en Amérique du sud ou de celles de la mer de Tasman en Australie. Ces arrivées inopinées d’air froid ont été reprises dans l’alizé, et ont permis la création de cellules orageuses particulièrement actives.

Il est très curieux de constater que l’air froid en provenance des régions antarctiques soit remonté dans l’hémisphère sud en direction des basses latitudes en même temps, dans les mêmes localisations géographiques, le long de deux continents pour provoquer les même conséquences sur les Alizés et ceci au cœur de l’été austral, le moment où l’air froid est le plus timoré.

Pour expliquer les événements d’Australie, on a d’abord évoqué un cyclone tropical, les cartes météorologiques n’ont pas montré cette forme caractéristique. Maintenant on invoque la nina, la situation météorologique dans le Pacifique opposée à el Nino, mais pour ce faire il faudrait que la convergence intertropical ait atteint Brisbane alors qu’elle descend très peu dans l’hémisphère sud !

En cette fin de 2010 et ce début de 2011, l’air froid reste actif partout sur la planète.

 

Gérard Staron vous donne rendez vous samedi prochain sur les ondes de radio espérance 13h 15, le texte étant repris sur mon blog gesta.over-blog.com. Bonne semaine

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