Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
11 décembre 2010 6 11 /12 /décembre /2010 16:43

         La météorologie n’arrive pas à quitter la une de l’actualité avec trois événements : une anomalie arithmétique en triangle avec le redoux éclair du sud, la neige parisienne et les crues du nord-est

Dimanche l’air doux océanique remonte rapidement du sud-ouest et chasse brutalement la vague hivernale antérieure. La remontée des températures puis la baisse  est spectaculaire. A Montregard, on passe de -9,1° de minimum le dimanche à +12,4° de maximum le 8 décembre pour choir à -4,3° le 9 décembre !  Sous l’effet d’un flux de sud, les maximums du 8 sont remarquables 19,5° à Saint Etienne Bouthéon sous le foehn du Pilat, 19,3° à Brive la Gaillarde. Les températures dépassent 10° au sud d’un axe du seuil du Poitou au versant méridional des Vosges. En quelques kilomètres, quel contraste le long de cette ligne de démarcation :  14,8° à Limoges contre 2,5° à Angers sans douceur, 15,3° à Nevers contre 0,9° à Orléans, 14,1° à Bâle contre 3° à Strasbourg de maximum quotidien.

neige Paris, crue dec10-2

Cet air doux oblige les perturbations du début de cette semaine à prendre une trajectoire de sud-ouest  entre l’estuaire de la Loire et les Ardennes ou la Lorraine. C’est ainsi que les précipitations des premiers jours de la semaine concernent des lignes parallèles proches d’orientation sud-ouest nord-est. Dimanche il tombe plus de 30 mm vers le seuil du Poitou  jusqu’à 27 mm au pied des Vosges. Lundi sur une diagonale très proche, on mesure 16 mm à Niort et 42 mm à Luxeuil. Mardi, une ligne parallèle de la Loire aval, avec 18 mm à Angers, à la Lorraine, place une première fois Paris au milieu de la zone. Enfin mercredi sur le même axe, on recueille entre 10 et 13mm sur la capitale et environ 25 mm sur Nancy et Metz.

Les précipitations arrivent sous forme de pluie avec des températures positives en provenance de l’océan, de 4° à 7° des côtes de la Vendée à la Bretagne sud. Les masses pluvieuses viennent ensuite de plein fouet heurter l’air froid qui descend du nord-est et qui s’est réfugie sur les Ardennes, zone sans dégel. Le moment du passage de la pluie à la neige s’effectue au moment où l’air de la perturbation rentre dans des régions où la température est proche de zéro. Mardi pour la première chute entre 12h et 14 heures, comme pour la seconde, ce changement s’effectue sur la région parisienne. Les températures minimales sont faiblement négatives et les maximales entre 0 et 1° vers Paris. C’est suffisant pour que la précipitation se transforme brutalement en neige avec le hors d’œuvre de mardi que j’ai personnellement subi et le plat de résistance de mercredi, avec ses 11 cm sur la capitale, qui ont causé tant de problèmes de circulation et de polémiques.

Le troisième événement de ce début de semaine concerne les crues des rivières qui descendent de l’ensemble Vosges, plateaux de Langres. Dans toutes les directions, les cours d’eaux issus de ces hautes terres de l’est ont monté. Vers le sud l’Ognon a atteint 4,5 m à Pesmes dépassant la crue de mars 2006, et un peu en dessous de celle d’octobre 1999. Avec un renfort substantiel du Doubs, 6,24 m à Besançon, l’onde fait actuellement monter la Saône en aval qui dépasse déjà 6m à Verdun sur le Doubs. Vers l’est, Le Zorn et le Moder dépassent 3 mètres dans le nord de l’Alsace. Au nord, La Sarre a atteint 3,79 m à Sarralbe et 5,75 m à Wittring. Vers le nord-ouest la Meurthe avec un maximum de 3,85 m dans la banlieue de Nancy, est relayée en aval par la Moselle qui continue encore de monter à Metz jeudi soir  après avoir déjà atteint 5,5 m. La Meuse amont a commencé à monter jeudi avec déjà 2,36 m à Commercy. Enfin la Marne est la dernière à s’être mis en mouvement et atteignait déjà 2,56 m à Joinville jeudi en fin de journée.

Après des précipitations proches de 100 mm en novembre, des cumuls très élevés sont tombés depuis le début décembre avec 82 mm à Luxeuil et 76 mm à Bâle et pour finir les dernières précipitations du 6 au 8 ont souvent constitué le point d’orgue final. Tous les axes de précipitations présentés un peu plus haut ont convergés vers l’est de la France, un peu au sud des Vosges le 5 et le 6, un peu au nord le 7 et le 8 en suivant la propagation du redoux qui est venu mourir mercredi sur les Vosges. Sur les épaisseurs de neige tombées avant le 6 décembre, sont venues s’ajouter la pluie arrivée au moment du redoux. Les totaux de précipitations ne paraissent pas énormes, mais la  lame de fusion de la neige tombée antérieurement a coïncidé avec l’écoulement de la pluie arrivée au moment du redoux. Le tout s’est produit sur des sols gelés par la vague de froid antérieure. Cet état a empêché toute infiltration et le ruissellement de surface a été exacerbé.

Pour ces trois événements, il est possible dans le passé de trouver des cas de même nature et le plus exceptionnel n’est pas celui qui a provoqué le plus de remue ménage médiatique.

Les crues des rivières descendant de l’ensemble Vosgien semblent inférieures aux inondations historiques que ce soit octobre 1999 pour l’Ognon, mai 1983 pour le Moder, octobre 2006 pour la Meurthe et la Moselle, décembre 2001 pour la Meuse, janvier 1995 pour la Marne. Un minimum de prudence s’impose toutefois car beaucoup de ces rivières n’ont pas encore atteint leur maximum et les mécanismes des inondations océaniques demandent du temps, plusieurs journées, pour se mettre en place et atteindre leur paroxysme.

Les crues qui associent les eaux de la fonte des neiges et de pluies sont très rares en France. Il existe un précédent récent dans la même région avec la crue de la Meuse de fin décembre 2001 qui avait associé la fusion  de 4O cm de neige et 50 à 60 mm de pluie [1]! Le fleuve avait atteint 3,80 m à Commercy. Le retour du froid et du gel avait ensuite cassé l’écoulement vers l’aval et stoppé l’inondation qui n’avait plus présenté de danger à Charleville. Le retour des basses températures, jeudi sur l’est de la France, leur maintien ensuite, risque d’avoir le même effet dans les prochains jours pour diminuer ces crues.

11 cm de neige ont provoqué la pagaille à Paris, certains ont la mémoire courte car des épaisseurs bien plus faibles ont provoqué bien pire dans le passé. Dans « le ciel tomberait-il sur nos têtes ? », je cite 3 cas[2]. Le 4 et le 5 janvier 2003, 5 cm immobilisent 60000 véhicules sur les autoroutes A10 et A11 avec 30000 naufragés de la route. Le 12 janvier 1999 la capitale connaît « une soirée et une nuit de cauchemar » pour une épaisseur encore plus faible. Au début décembre 1993, la capitale avait été aussi complètement paralysée. Les polémiques réapparaissent chaque fois, je note toutefois une différence, autrefois on voulait punir « les coupables » des services, maintenant seul le ministre est responsable. Les temps, les  mentalités et les gouvernements changent… Paris est une capitale régulièrement menacée d’engorgement et la moindre calamité atmosphérique fait passer à la paralysie.  Pour avoir vécu la chute annonciatrice de mardi, j’ai constaté très vite la formation d’une couche de glace fondante dès le début ce que l’on trouve rarement chez nous. Dans mon ouvrage de 2003, j’ai analysé pourquoi « 5 cm à Paris faisaient autant de bruit que 60 cm à New-York ». Une fois de plus on ne peut que constater le manque de civisme et l’indiscipline de nos concitoyens qui pensent qu’ils peuvent passer quand les autres sont stoppés et bloquent la totalité des voies de circulation en empêchant le passage des chasses neige et des saleuses, inutiles pris dans les bouchons ! On aboutit à ces agglutinations de véhicules figés dans le blanc.  L’arrêt de la circulation dans l’attente du déneigement en laissant une voie dégagée dans ce but ne devrait pas être une décision gouvernementale, mais un simple réflexe de bon sens. Rien de nouveau sous le ciel de Paris !

Le seul caractère météorologique exceptionnel est peut être ce contact brutal mercredi entre l’air très doux du sud et celui froid du nord. Pour trouver un contraste aussi fort de températures sur une aussi petite distance, il faut remonter à un hiver du début des années 80 où pendant 15 jours, il faisait +10° à Saint Etienne et -10° à Chalons sur saône. Cette fois ceci n’a duré que 48 heures !

Gérard staron vous donne rendez vous samedi prochain (13h 15) sur les ondes de Radio Espérance, et bonne semaine à tous.



[1]  Voir G. Staron «  Le ciel tomberait-il sur nos têtes ? » 2003 Editions ALEAS 15 quai Lassagne 69001 Lyon, page 155

[2] idem pages 173-175

Partager cet article

Repost0

commentaires

Presentation

  • : Le blog de Gérard Staron Président de l'AMRL
  • : Le journal du climat et de la géographie libres. Actualité climatique Climat et société, impact du climat sur les activités humaines . Prévisions sur 4 jours
  • Contact

Rechercher

Articles Récents

Mes ouvrages

                                                                noel boules noel boules 4 gif                                                              noel boules noel boules 4 gif                                                                                                                                                                                                    noel boules noel boules 4 gif

Mon Site

                                                                                                                        Site

Articles sur Le progrès

Phénomènes météo exceptionnels de 1945 à nos jours (2013)

Quel drôle de temps

La Loire p 78, 79

Le Gier p 80

La fureur du Furan p 81

Climat de la Loire: Effet de couloir p 194

Climat de la Haute-Loire:

Le coeur  du Massif Central  p 195