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4 décembre 2010 6 04 /12 /décembre /2010 18:43

   L’épisode hivernal commencé le 23 novembre n’est pas complètement terminé mais ses heures sont maintenant comptées. Le 21 novembre commence à se mettre en place la situation météorologique responsable. Un puissant anticyclone grossit du Groenland à l’Islande. Sur son flanc sud-est, un immense couloir dépressionnaire permet à l’air arctique de glisser jusqu’au au Maroc, son avancée extrême. Il est attiré très bas en latitude par une zone dépressionnaire située au début sur l’Italie du Nord.

Sa progression s’effectue par deux vagues successives :

La première d’intensité moyenne a été capable de provoquer des gelée modérées en plaine, les jours sans dégel se limitent aux reliefs relativement élevés ou aux zones sensibles, les chutes de neige se produisent à des altitudes assez basses mais elles ne sont pas capables de tenir au sol à moins de quelques centaines de mètres d’altitude. la faible humidité de l’air froid se condense très vite pour donner des nuages bas.

La progression des températures minimales négatives utilise  les règles de la guerre éclair :

Au début  l’air froid conquiert des têtes de pont en avant du front principal. Le 23, il s’agit  d’une langue de la Vendée à la Normandie et au sud de la Picardie. Le 24, la Sologne, l’arrière des côtes Atlantiques et un axe du Bassin Aquitain au Massif central sont concernés en avant des Alpes et du Jura.

A partir du 25 l’occupation du territoire par les gelées devient plus massive avec le Nord et tous les reliefs de moyenne altitude. Le 26 La Garonne est atteinte. L’essentiel du pays est concerné à l’exception des régions côtières de la Manche et de la Méditerranée. Le 27 les Pyrénées sont franchies, l’Espagne envahie. Seules échappe au gel les côtes Atlantiques.

Après avoir marqué le pas le 28 par un léger recul dans les régions proches de l’Atlantique et en vallée du Rhône, la seconde phase débute en liaison avec une nouvelle pulsion en provenance de Russie. Elle amène des températures bien plus basses : le grand froid (-10°) dans les régions sensibles de la Sologne et dans le Jura, des journées sans dégel en plaine sur une grande partie du pays. Les chutes de neige épaisses tiennent au sol dans des régions littorales.

Les températures maximales négatives progressent telles une armée blindée rapide dans le désert. Le 29 novembre elles envahissent le nord du pays jusqu’à la Seine, le 30 novembre elles dépassent la Loire avec le grand froid du Loiret. Elles atteignent les collines du Perche et de Vendée, le seuil du Poitou , les hauteurs du Massif central en englobant les sillons de la Loire et de l’Allier, et le Rhône en amont de Lyon.

Ce froid intense et persistant est alors stoppé par une opposition d’importance. La Méditerranée et l’Atlantique, aux eaux encore tièdes à cette époque de l’année, ne laissent jamais très longtemps des vagues de froid descendre aussi bas vers le sud sans réaction.

La plus forte provient des basses latitudes. L’air doux bute une première fois sur le froid de la première vague arrivée au niveau du Maroc. Ce premier affrontement détermine de très fortes précipitations sur le nord ouest du pays dans le Gharb. Casablanca reçoit 178 mm dans la nuit de lundi à Mardi. Le redoux remonte très vite vers le nord. Dès le mardi matin, Il ne gèle plus sur la plus grande partie de l’Espagne. La douceur envahit le Languedoc –Roussillon, le Midi Toulousain, la côte d’Azur.

A partir de la mi journée de mardi, ce redoux entre en contact avec l’air très froid de la seconde vague. Il en résulte les très fortes chutes de neige de la région stéphanoise (17 cm) de l’agglomération Lyonnaise et de la vallée du Rhône (30 cm à Roussillon) dans la nuit de mardi à mercredi.

A partir de ce moment, l’affrontement change de forme, d’une guerre de mouvement qui évolue sur de vastes espaces, on passe à une guerre de tranchée où les deux adversaires campent sur des positions défensives. Si vous préférez une comparaison plus sportive, on passe d’un rugby champagne à l’affrontement des packs d’avants. L’air froid se réfugie derrière son bastion de la crête du Massif central surtout dans l’est. Il s’appuie sur le réfrigérateur que représente le manteau nival au sol surtout lors des nuits au ciel dégagé. C’est ainsi que le 2 décembre au matin il fait -13,1° au Puy en Velay et -12,1° à Vichy. L’air doux n’a plus qu’une solution, passer par-dessus, car il est plus léger. Ceci donne des maximums surprenants le 1er décembre : +0, 7° à Mende à 1080 m d’altitude, +2,2 au Puy à 831 m, +0,1° à Saint Etienne Bouthéon à 400 m et 0,0° à Lyon à 200 m. La même anomalie se retrouve le 2 décembre.

La seconde offensive contre l’air froid s’effectue par l’Océan, le jeudi 2 décembre, avec les chutes de neige de la Bretagne et de la Normandie. Moins puissante, les températures négatives reculent assez peu sur les marges du Massif Armoricain.

Un dernier élément va assurer la victoire du redoux dès le week-end. Depuis le 1er décembre la vague de froid  est coupée de son approvisionnement en air arctique à l’arrière. Une ligne d’anticyclone s’est installée de Terre neuve, à l’Atlantique nord, à la Scandinavie et la Russie. L’air froid ne peut plus glisser vers le sud et, privé de ses renforts, il devrait céder dès dimanche.

Cette vague de froid de fin novembre est-elle exceptionnelle ?

Elle surprend par l’espace géographique affecté. Les gelées ont atteint l’Espagne et l’air froid est venu mourir au Maroc.

La plus grande partie de l’Europe est enneigée de la Bretagne à la Russie à l’exception de quelques littoraux et des régions au sud des Alpes et des Carpates. Cette situation ne se produit d’habitude qu’au coeur de la saison.

Sur le Massif central, il est possible de trouver des mois de novembre qui ont connu des épaisseurs ou des durées de neige supérieures à celles atteinte pendant cette fin d’automne. Vous trouverez une analyse dans le prochain bulletin «  Météo fil «  de l’association des météorologistes d’entre Rhône et Loire et sur mon blog.

Au niveau des températures minimales absolues, des records du mois de novembre ont été pulvérisés. A Orléans, la température la plus basse observée pendant un mois de novembre a été battue avec -15,2° le 30 novembre contre -9,5° le 23 novembre 1956 pour la série 1931-80. Celle pour la totalité de l’hiver est approchée -15,8° le 29 novembre 1964 pour la série 1951-80 et -18° pour la série 1931-60. Pendant la série 1931-1960, 18 hivers entiers sur 30 n’avaient pas connu de températures en dessous de-10°. A Clermont Ferrand, -11,5° le 2 décembre, à Vichy -12,1° et au Puy -13,1°, ainsi que -18, 9° ou  -21° dans le Jura sont des valeurs inférieures à celles de certains hivers entiers

Pour les journées sans dégel, avec 4, Orléans a déjà consommé la moitié de la moyenne d’un hiver complet 7,9.

Cette semaine fournit d’autres exemples d’un épisode de froid et de neige, d’ampleur continentale, du niveau d’un épisode intense et long du cœur de la saison.

Deux aspects devraient interroger :

Cette vague de froid survient au moment où la banquise arctique est en train de revêtir son extension hivernale. Sa croissance aux hautes latitudes s’est traduite par une poussée du froid aux latitudes moyennes dès que la circulation générale de l’atmosphère lui en a donné l’opportunité. Depuis 2007, les surfaces publiées montrent qu’elle ne recule plus autant pour le maximum hivernal que le minimum estival.

Cette vague hivernale précoce s’inscrit dans un encadrement de recul des températures depuis 2007. 2010 est déjà assurée d’être la plus froide des  4 années de repli des températures depuis le maximum de 2006. Une peut s’immiscer dans une période de réchauffement sans en modifier la tendance, mais pas 4 consécutives. Depuis 2007, ça ne chauffe plus que dans les têtes.

Gérard Staron vous donne rendez vous la semaine prochaine sur les ondes de Radio Espérance, le texte étant répris sur mon blog gesta.over-blog.com  Bonne semaine.

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