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20 novembre 2010 6 20 /11 /novembre /2010 18:06

Chronique N°803 : Excès océaniques du 8 au 17 novembre (analyse globale)

 

    Pendant deux semaines, la France a subi les affres des excès océaniques d’hiver, un peu avant leur date habituelle puisque ces tempêtes et inondations se produisent le plus souvent de décembre à février.

La première phase comprend une série de tempêtes de moyenne importance aux 4 coins de l’hexagone agité par des vents virulents de sud-ouest le plus souvent et des rafales quotidiennes de l’ordre de 50 à 70 Km/h  sur l’ensemble du pays.

    Les deux premières, lors des matinées du lundi 8 et le mardi 9 novembre attaquent par les Landes. Biscarosse et surtout le Cap ferret avec une rafale de 131 km/h, sont les postes les plus affectés d’une tempête qui ne pénètre quasiment pas dans l’intérieur même si les littoraux bretons et la région parisienne connaissent une atmosphère très agitée.

    Ensuite les vents violents se déplacent en pays Chti dans la journée du 11 novembre et la nuit qui suit. Le cap Gris Nez, Boulogne sur Mer, Dunkerque et à l’intérieur Lille, subissent plus de 100 Km/h mais une fois de plus l’espace géographique tempétueux est très limité.

    Le souffle reprend à nouveau dans la matinée du 13 sur les côtes méridionales de la Bretagne sans atteindre les 100 Km/h et les fortes rafales en provenance du sud se déplacent dans la nuit de samedi à dimanche sur les crêtes de l’est du Massif central de l’Aigoual à Lyon Satolas qui dépassent 100 Km/h.

Déjà on remarque des excès venteux multiples, à la limite du seuil de la tempête, éparpillés sur des espaces éloignés du pays avec une extension dangereuse très limitée.

    Ces mêmes particularités se retrouvent dans les inondations qui suivent ces tempêtes.

Elles affectent de nombreux secteurs très éloignés les uns des autres dans les régions océaniques entre le 13 et le 16 novembre.

     Les premiers cours d’eaux à réagir dans le temps mais aussi en importance correspondent au piémont occidental des Ardennes avec la montée des « Helpe » mineure et majeure. Dans les deux cas, les rivières approchent du niveau des très grandes crues. Il faut remonter à décembre 1993 pour trouver une inondation qui dépasse de 10 à 20 cm celle du 14 novembre. Le bassin voisin de l’Oise amont réagit aussi  dans des proportions un peu plus faibles. A Origny-Sainte-Benoîte, les eaux passent plus de 1m en dessous du niveau de décembre 1993 et plus de 50 cm de celui de janvier 2003. Des fleuves côtiers du nord ont aussi réagi en particulier La Liane dans le Boulonnais.

     La seconde zone affectée se situe aux confins de la Bretagne et de la Normandie. Descendant des collines du Perche de petites rivières comme la Varenne à Domfront, la Vire et son affluent la Coulonces approchent du niveau de la crue référence de janvier 1995. Un peu plus à l’ouest, L’Oust, dans l’arrière pays Breton du Morbihan, réagit avec une moindre virulence et une montée des eaux de plus de 2 m au Guélin pour une côte supérieure à 6 mètres.

     Le troisième secteur affecté correspond aux montagnes océaniques du nord–est du Massif central. Toutes les rivières descendant de l’axe du haut Forez aux monts de la Madeleine et de celui des Monts du Beaujolais au Morvan réagissent qu’il s’agisse dans un cas de la Dore et surtout de la Besbre et dans l’autre du Sornin, de L’Arroux et son affluent la Bourdince, et enfin de l’Aron. Les montées de l’ordre de 2 mètres atteignent un maximum de 3,38 m sur l’Arroux amont.

     Outre ce caractère éparpillé des crues sur de petits cours d’eaux sur le territoire national, on remarque partout un étalement des ondes vers l’aval. L’amont des rivières connaît les crues et les grands organismes fluviaux atténuent ensuite les montées.

    Au nord les grosses crues s’atténuent à l’aval sur la Sambre après la confluence avec les deux Helpe. A Maubeuge, la Sambre avec 2,8 m atteint un niveau inférieur de 70 cm aux grandes crues comme janvier 1995. De même le flot s’étale sur l’Oise en direction de la région parisienne. Le maximum passe de 4,70 m à Flavigny à 2,90 m à Origny-Sainte-Benoîte et 2,50 m à Condren.

Même remarque sur les cours d’eaux qui descendent des collines du Perche que ce soit la Vire vers l’aval ou la Mayenne qui reçoit les eaux de la Varenne. La Mayenne à Mayenne atteint à peine 1,61 m, et encore moins à Laval, loin des crues historiques.

     Le seul secteur où les rivières ont réussi à transmettre modérément leur crue à un grand fleuve correspond au cours moyen de la Loire entre Roanne et Nevers. Les affluents déjà cités ont ajouté leur débordement à l’onde limitée provenant de l’amont. Si la montée de la Loire en amont de Villerest est très faible, le fleuve atteint près de 2,80 m à Digoin, plus de 4,30 m à Gilly, environ 3,70 m à Decize et le maximum sera de l’ordre de 2m à Nevers, en cours de formation jeudi. La crue de l’Allier étant médiocre, l’étalement se poursuivra dans le val de l’Orléanais sauf nouvelle grosse pluie peu probable.

    La question posée par ce long épisode parait la suivante. Pourquoi ces calamités d’importance moyenne, sont limitées à de petits secteurs géographiques, mais dispersées sur le très vaste espace d’une grande moitié nord de la France, aux confins du Bassin Parisien et de ses massifs hercyniens bordiers ?

    Les tempêtes océaniques trouvent leur origine dans l’affrontement des dépressions très creusées qui descendent de l’Atlantique nord et des anticyclones qui leur font face en direction du sud. La virulence du vent provient de la différence de pression entre les deux.

    Dans la période qui commence le 8 novembre, les dépressions qui arrivent sont creusées. 965 hpa au départ de l’Islande et 970 hpa à l’arrivée sur la France pour celle du 8 et 9 novembre. 955 hpa au nord de l’Ecosse et 970 hpa en mer du Nord pour celle du 11 novembre. Par contre la résistance des anticyclones est faible et les pointes tempétueuses se produisent quand des éléments du relief viennent accélérer ponctuellement les vents, la barrière des Pyrénées les 8 et 9, le littoral méridien du Boulonnais le 11 et enfin les axes des sillons et reliefs méridiens de l’est de la France, surtout les Alpes qui dévient les vents.

    Les perturbations apportent des précipitations quotidiennes sur la France du nord du 7 au 15 novembre avec des cumuls de l’ordre de 100 mm dans les secteurs les plus arrosés. Les intensités quotidiennes les plus fortes restent relativement modérées avec 30 à 40 mm en 24 heures. L’exemple de Charleville montre que sur un total de 115 mm sur la totalité de la période, 32 mm sont tombés le 13 novembre.

    Dans les pays océaniques les bassins doivent se remplir avant de déborder selon le principe d’une baignoire. Ceci explique un temps de retard des inondations qui interviennent à la fin de la période de forte pluviométrie et  les bassins qui ont le plus inondé sont ceux où cette averse finale du 13 dans le nord ou les collines du Perche ou du 15 sur les hauteurs océanique du nord-est du Massif central ont été les plus fortes et ont servi de point d’orgue à l’épisode pluvieux.

    L’effet de baignoire qui caractérise les inondations des pays océaniques a été par ailleurs incomplet. Les précipitations ont été capables de remplir de petits bassins versants mais elles ont été incapables de transmettre cette impulsion en aval aux organismes fluviaux de plus grande taille où les ondes se sont peu à peu étalées, nappes phréatiques et sols n’étant peut-être pas saturés à cette échelle.

    Ce même effet de baignoire explique qu’habituellement les inondations océaniques affectent de très vastes espaces géographiques. Dans ce cas, ces crues sont éparpillées comme des points isolés dans l’ensemble du nord de la France, alors que lors des gros épisodes océaniques l’ensemble des fleuves et rivières montent.

Nous avons connu un épisode océanique incomplet autant pour les tempêtes que les inondations réduites à de petits espaces, heureusement pour nos concitoyens car les impacts ont été limités.

 

Gérard Staron vous donne rendez vous samedi prochain sur les ondes de Radio Espérance 13h 15,  et bonne semaine

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