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16 octobre 2010 6 16 /10 /octobre /2010 19:21

Chronique climatologie N°798

Le Velay et le Forez ont connu jeudi leur 5ème jour consécutif sans insolation avec une couverture nuageuse continue du matin au soir…. Et le 7ème jours samedi !

Les nuages au dessus de nos têtes n’ont pas été de même nature dimanche et lundi d’une part et depuis mardi d’autres part.

A la fin du week-end, il s’agit de la couverture nuageuse qui remonte du sud en liaison avec la dépression méditerranéenne située sur le golfe du Lion, de nuages pluvieux de moyenne ou basse altitude. Cette situation météorologique a apporté de fortes précipitations sur le Roussillon et la Catalogne. Pendant un épisode pluvieux de 3 jours,  plus de 370 mm sont tombés sur Barcelone, 160 mm sur Perpignan, 145 mm au Cap Bear, 120 mm sur Carcassonne. Je n’ai pu être renseigné sur les débordements des rivières espagnoles, mais leurs homologues Françaises connaissent de belles crues sans toutefois atteindre les niveaux de la grosse catastrophe du 13 novembre 1999. L’Agly a connu la montée la plus forte avec une cote de 5,60 m à Rivesaltes, équivalente à la crue du 26 septembre 1992, mais deux mètres en dessous de celles du 13 novembre 1999 (7,8 m). Les autres cours d’eaux ont monté d’environ 3 mètres, un peu plus pour le Tech avec une cote de 4 m à Elne, la Têt avec 3,11 à Villelongue de la Salanque,  un peu moins pour l’Aude (2,95 m à Ventenac en Minervois).

 La pluviométrie sur nos régions est particulièrement chétives pour une grosse pluies méditerranéenne, 0,8 mm à Saint Etienne et moins de 3 mm à Montregard en Haute Loire. Les précipitations n’ont pas débordé sur le Massif central. L’Aigoual avec 91 mm a reçu deux fois moins d’eau que la semaine précédente. Mende, Le Puy comptabilisent à peine quelques millimètres. En somme lors de cette grosse pluie méditerranéenne, nous avons eu les nuages mais pas la pluie.

A partir de mardi et dans les jours qui suivent, il s’agit cette fois de stratus et de brouillards dans les basses couches de l’atmosphère. Le Velay et le Forez ne voient pas encore le soleil ou si peu. Ce couvercle de nuages ne fait que s’agrandir au fil des jours sur le versant septentrional des montagnes de l’Europe qui s’étirent du Massif central aux Alpes du nord.

Le suivi de l’image de satellite est particulièrement intéressant.

Le mardi 12, le nord-est du Massif central constitue un îlot recouvert de stratus avec les Limagnes et les bassins de la Loire, jusqu’à leurs cadre montagneux de la crête du Mézenc aux monts du Beaujolais

Le mercredi 13, la couverture s’étend au pied des Alpes du nord du Vercors aux massifs suisses. La vallée du Rhône, les terres froides, l’ensellement entre Alpes et Jura et la plaine centrale Suisse, commencent à être cachés sous cette masse de grisaille.

Le jeudi 14, la couverture de stratus augmente encore et couvre tous les versants nord des montagnes du Massif central aux Alpes. Le Limousin jusqu’au sommet du plateau de Millevaches s’ajoute dans ces brouillards. Sur les bassins de la Loire et de l’Allier, la zone recouverte change peu par rapport aux jours précédents, par contre elle se densifie et augmente à l’est au pied des Alpes du nord. Toutes les régions basses qui s’étirent de la Vallée du Rhône au niveau de Valence jusqu’à la Bavière sont submergées. En Suisse, tout l’espace compris entre Jura et Alpes est occupé. La grisaille tente de pénétrer dans les vallées alpines par les différentes cluses, mais sans atteindre le sillon alpin.

Si le Forez, le Velay et les Limagnes n’ont pas vu le soleil depuis dimanche, ou si peu pour quelques zones à la marge, c’est parce que nous avons subi les effets de deux systèmes nuageux de nature différente sans intervalle, pourtant la situation météorologique montre qu’il n’y a eu qu’un seul responsable: une déjection polaire. Il s’agit de hautes pressions qui descendent en ligne directe du Groenland  et progressent en direction du sud avec de l’air très froid.

Dans un premier temps, cet anticyclone vient stopper la remontée vers le nord de la perturbation méditerranéenne. La dépression qui l’accompagne arrive sur le golfe du Lion mais ne progresse plus. Les masses nuageuses sont rabattues vers l’ouest par un courant d’est de retour qui vient buter sur les côtes méridiennes de la Catalogne et du Roussillon. Elles y sont maintenues pendant 3 jours. Chaque fois qu’un anticyclone souvent froid occupe la France et affronte une dépression dans le Golfe du Lion, des catastrophes peuvent se produire dans l’Aude et les Pyrénées orientales. Elles prennent la forme de grosses inondations comme le 13 novembre 1999 ou de chutes de neige lourdes comme le 10 janvier 1980 ou le 29 janvier 1986.

 Si les précipitations atteignent peu nos régions de l’Auvergne du Velay et du Forez, les nuages arrivent à les recouvrir à partir du sud en formant un couvercle en ayant perdu leur force précipitable sous l’action de cette déjection polaire.

Cette dernière est tellement vigoureuse que le mardi, elle a renvoyé vers le sud les nuages méditerranéens qui descendent du Roussillon au Levant espagnol. A ce moment là commence un nouveau mécanisme nuageux dans l’air froid en provenance du nord. En raison de sa température, il contient très peu d’humidité sans se condenser. En plus il arrive sur des régions qui viennent d’être arrosées. Quand il est obligé de monter en rencontrant les premiers reliefs, il se condense sur ces pentes exposées au nord, mais il est bien incapable de donner la moindre précipitation tangible.

Le mécanisme commence mardi par le Velay et le Forez. Ces zones sont habituellement exposées à ce type de situation, elles sont en plus dans l’axe de la descente froide, elles constituent un entonnoir avec les Limagnes et des dépressions de la Loire dans lequel cet air vient s’empaler et s’élever contre les pentes des reliefs en particulier le Pilat où mardi les couches nuageuses, et les brouillards étaient multiples.

A partir de ce noyau initial, cette accumulation d’air froid condensé contre la première barrière montagneuse d’importance, va croître au fil des jours de part et d’autre, au point de recouvrir toutes les pentes face au nord des reliefs qui barrent l’Europe d’ouest en est.

Cette géographie des nuages est classique par temps de nord, il lui arrive même de recouvrir à partir de ces montagnes sur toute la France du nord. Cette fois tout n’a pas été noyé, il existe mercredi et jeudi, un espace de ciel dégagé sur le Bassin parisien entre deux zones de nuages bas, celle déjà décrite liée à l’ascendance de l’air contre les premières montagnes et une autre qui se crée en Manche et mer du Nord.

Cette dernière correspond à un air froid qui surmonte une surface maritime encore tiède à cette époque de l’année : une situation parfaire pour provoquer des brouillards et stratus.

Ces masses  nuages ne débordent pas au-delà de la ligne de crête de l’est du Massif central des Cevennes au Pilat mais aussi des premiers reliefs des Préalpes plus élevés. Après leur passage, l’air ne s’élève plus, il redescend vers le domaine méditerranéen, il s’assèche et il a perdu sa faible humidité de l’autre côté. C’est pour cette raison que dans cette situation la crête de ces montagnes constitue une barrière nuageuse, de couleur sombre quand on l’observe de la vallée du Rhône.

Pendant ces deux derniers jours on constate à ce niveau, une variante assez curieuse. Habituellement, les stratus qui descendent du Val de Saône et de la région Lyonnaise s’arrêtent dans la vallée du Rhône au niveau du défilé de Vienne. Mercredi et jeudi, ils sont descendus bien plus bas, au niveau de Valence selon les informations des images de satellite.

Cette dernière particularité n’est que l’illustration de la très grande force de cette descente froide anticyclonique qui a tout repoussé sur son passage, dépression et perturbation méditerranéenne.

Le ciel était si bas qu’un canal s’est pendu avait chanté Jacques Brel, un vrai ciel chti ou flamand particulièrement tenace !

Gérard Staron vous donne rendez vous samedi prochain sur les ondes de Radio Espérance, le texte étant repris sur mon blog : gesta.over-blog.com. Bonne semaine…….

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