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25 septembre 2010 6 25 /09 /septembre /2010 20:53

 

Les cyclones de l’Atlantique nord sont cette année attirés par le nord.

 

        Alors que nous sommes au maximum de la saison cyclonique dans la première moitié de septembre, deux ont connu des trajectoires un peu particulières.

Le premier est le cyclone « Earl ». Dans la première partie de son parcours, il présente un trajet tout à fait classique, qui a même la bonne idée d’épargner les îles des Antilles et le sud des Etats-Unis si souvent affectés par ce type de calamités. C’est ainsi qu’il naît au large des Iles du Cap vert et suit d’abord une trajectoire est-ouest en direction du continent américain en prenant de la puissance. Simple dépression tropicale au départ avec des vents moyens inférieurs à 34 noeuds, un peu moins du double en km/h, il passe au stade de tempête tropicale qui procure des vents moyens jusqu’à 64 nœuds. A proximité des petites Antilles, il amorce le tournant classique vers la droite et surtout il passe au stade de cyclone où les vents moyens dépassent les 64 noeud. Au maximum de sa puissance, il passe heureusement au large de toutes les îles et terres du secteur, au nord des petites Antilles en effleurant les plus septentrionales  en particulier Saint Barthélemy et Saint Martin, un moment menacés. A partir du premier septembre, il suit sa route au large de Porto Rico,  de la République Dominicaine, des Bahamas et de la Floride : suffisamment proche pour provoquer quelques craintes et quelques rafales de vent, mais trop loin pour vraiment concrétiser les dégâts habituels.

On aurait pu croire alors qu’Earl avait accouché d’une souris et que comme d’habitude, il continuerait son virage en direction de l’ouest pour aller se perdre dans l’Océan Atlantique comme le font le plupart des cyclones de son espèce. C’est alors qu’intervient la surprise de sa trajectoire. Il rate son virage qu’il effectue de façon incomplète. De cette façon  il se rapproche des côtes des Etats-Unis et du Canada. Il longe les côtes de la Mégalopolis américaine de Washington à Boston. Plus surprenant il continue tout droit pour traverser au Canada la Nouvelle Ecosse, puis le golfe du Saint Laurent entre Terre neuve et le Québec, avant de terminer son existence dans la Péninsule du Labrador. Naturellement en pénétrant dans des secteurs de plus en plus froid, il perd son énergie lui qui est fournie par les eaux chaudes des basses latitudes, et il redevient une tempête puis une dépression tropicale. Dans ces conditions, ces vents deviennent de plus en plus faibles, mais les précipitations déposées sur la côte Atlantique du nord des Etats-Unis et du Canada ont été suffisamment importantes pour provoquer quelques inondations.

L’autre calamité tropicale à présenter une trajectoire septentrionale est la tempête tropicale Hermine. Elle naît dans les eaux qui bordent l’Amérique centrale. Elle traverse ensuite le Guatemala où elle provoque des glissements de terrains mortels. Elle apporte ensuite la désolation dans le sud du Mexique avec plus de 50000 sinistrés dans les états d’Oaxaca, du Chiapas, du Tabasco, et de Vera-Cruz. Elle met ensuite le cap vers le nord, en longeant à quelques distances des terres, les côtes  du Golfe du Mexique. Quand ces dernières s’incurvent après le franchissement de la frontière avec les Etats Unis, la tempête tropicale continue sa trajectoire, droit vers le nord,  et rentre dans les terres. L’état du Texas est traversé de part en part du sud vers le nord dans sa moitié occidentale. Hermine dépose une ligne de très fortes précipitations entre 396,7 mm à Georgetown et 329,9 mm à Cedar Park. Les masses pluvieuses pénètrent profondément à l’intérieur en direction du nord puisqu’elles atteignent l’Oklahoma où elles déposent encore 262,9 mm à Eufaula. Elles sont alors déviées vers l’est par l’air froid qui descend par la gouttière des Grandes plaines avec une dépression centrée sur les Grands lacs. C’est ainsi que bloquées dans leur progression vers le nord, les pluies restent importantes sur l’Arkansas qui reçoit encore 166,9 mm à Harrisson.

Ce sont des régions habituellement très sèches qui reçoivent cette forte pluie. La bande pluvieuse est parallèle au 100ème méridien qui marque traditionnellement aux Etats-Unis la limite des régions semi désertiques. De tels abats provoquent des inondations des rivières qui descendent des hautes plaines en direction du golfe du Mexique en particulier dans les secteurs d’Arlington et Temple. La rivière Cibolo atteint la cote de 23,1 pieds à Stadt Falls City, ce qui représente une montée de 7 mètres et une crue de niveau exceptionnel. Leur crue est d’autant plus forte que de tels abats sont rares dans ce secteur plus connu pour la « dust bowl », cuvette de poussière des années trente.

Comme pour Earl, les précipitations provoquent les impacts les plus importants. Toutefois dans l’intérieur du Texas à proximité de Dallas et de son monde impitoyable, il s’est ajouté quelques tornades en raison de l’instabilité provoqué par le contact entre la chaleur de l’air tropical et l’air froid déboulant du nord.

Les ouragans qui sévissent actuellement ont pris des routes proches de Earl dans l’Atlantique. Il en est ainsi de Igor qui n’a effleuré que de petites îles, les Bermudes et St Pierre et Miquelon et de Julia, mais comme ils passent un peu plus au large dans l’Atlantique, leur présence risque de passer presse inaperçue dans les médias.

Au contraire, Karl dans le Golfe du Mexique a affecté le Yucatan et, à nouveau, les terres déjà traversées par Hermine avec une trajectoire un peu différente, plus est-ouest. Comme Karl a  atteint le niveau de l’Ouragan, alors qu’Hermine est resté à celui de Tempête tropicale, le Mexique aurait dû être à nouveau à la une des calamités, sauf si Karl présente un changement de trajectoire dont seul les cyclones tropicaux possèdent les secrets.

Karl, commençant par la 11ème lettre de l’alphabet, correspond au 11ème événement cyclonique baptisé depuis le début de la saison.

 Cette dernière commence officiellement le 1er juin pour se terminer le 30 novembre et elle comporte en moyenne une quinzaine d’événements dont 7,9 ouragans de vent supérieur à 64 nœuds et 7,2 tempêtes tropicales dans l’ensemble Atlantique nord qui comprend en outre la mer des Caraïbes et le golfe du Mexique. Chaque année, il est attribué à l’avance des prénoms désignant ces cyclones en commençant par la lettre A jusqu’à la fin de l’Alphabet en alternant les prénoms masculins et féminins. En principe jusqu’à Z, le nombre de lettres a toujours été suffisant pour fournir des prénoms permettant de couvrir l’ensemble de la saison. La seule crainte a eu lieu en 2005, l’année de Katrina, où un nombre de 27 événements ont été dénombrés avec 15 ouragans et 12 tempêtes tropicales.

Il semble qu’actuellement la saison soit tout a fait normale pour son nombre de cyclones. Pour 2008, dernière année dont je dispose du bilan complet de la saison, à la même époque, sévissait l’ouragan Kyle, représentant la même lettre qui était déjà remonté assez loin vers le nord. Au total 2008 avait connu un bilan moyen avec 16 événements baptisés.

Habituellement, l’essentiel des dégâts provoqués par les cyclones sont liés aux vents très violents qui les accompagnent. La classification de Safir et Simpson est effectuée en fonction de leur vitesse moyenne de 118 à 153 km/h pour la classe 1 à plus de 249 km/h pour la classe 5. Cette année, comme ils atteignent les terres à des vitesses réduites, parfois en fin de parcours comme Earl,  leurs manifestations principales, pour l’instant,  concernent les précipitations diluviennes qui les accompagnent qui peuvent causer des dégâts de nature différente mais aussi dramatique. En effet, elles peuvent déposer des quantités très fortes alors que les vents sont très atténues. Hermine qui a déposé plus de 300 mm au Texas, a atteint le Texas avec une vitesse moyenne de 55 km/h.

Une saison cyclonique plus arrosée que venteuse pour l’instant, un hasard des trajectoires.

 

Gérard Staron, vous donne rendez vous samedi prochain sur les ondes de Radio Espérance, le texte étant repris sur le blog: http://gesta.over-blog.com        Bonne semaine

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