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11 septembre 2010 6 11 /09 /septembre /2010 17:16

 

L’épisode cévenol du 7 septembre est le sujet incontournable de la semaine ! Une grosse pluie méditerranéenne au début du mois de septembre n’est-ce pas un peu tôt dans la saison ?

La plus grande fréquence de ce type de calamités se situe habituellement vers l’équinoxe d’automne. La grande crue de la Loire de 1980, l’inondation de Vaison la Romaine de 1992 et bien d’autres ont eu lieu vers le 21 ou 22 septembre.

Les crues cévenoles sont statistiquement peu nombreuses au début de septembre. Il existe un cas catastrophique de grande ampleur à la même date avec la crue des gardons du 7 au 9 septembre 2002 et un autre récent dans la vallée du Rhône, Drôme et Ardèche du 3 au 6 septembre 2008 (chronique N°694).

Les alertes de Météo France n’ont pas vraiment de chance avec les calamités  pluvieuses de septembre. Déjà du 11 au 13 septembre 2008 des départements du sud de la France avaient été mis en alerte orange sans grands impacts, alors qu’au même moment une inondation d’importance non prévue affectait le Cambrésis (une bêtise !). Cette année la mise en alerte rouge du Gard puis de l’Ardèche a aussi été exagérée, comparée aux impacts légers, alors que les records de précipitations étaient mis à mal dans les régions stéphanoises et lyonnaises. Il y a eu les 143,2 mm de Saint Etienne et les 104 mm de Lyon Bron le même jour !

Il est vrai que ces grosses pluies méditerranéennes du début septembre sont souvent très complexes au point qu’elles ne correspondent pas tout à fait au schéma traditionnel de l’épisode cévenol classique

Cette année ne faillit pas à la tradition. Au niveau de la répartition de la pluviométrie, on constate deux axes de fortes pluies qui se rencontrent en fin de soirée de mardi sur les reliefs de l’est du Massif central.

On remarque une première zone pluvieuse qui remonte de Méditerranée et s’engouffre dans la vallée du Rhône et vient buter sur les Cévennes. La Costière du Gard (Nîmes 120 mm) et la basse vallée du Rhône (Orange 89 mm) sont très arrosés, mais c’est au pied des Cévennes que l’on trouve les totaux les plus importants du bassin du haut Vidourle ( Conqueyrac 385 mm) à celui de l’Ardèche (Aubenas 236 mm).

L’originalité de cet épisode vient d’une seconde zone de fortes précipitations. Il s’agit d’un axe étroit d’orientation sud-ouest qui s’étire du bassin Aquitain à la région Rhône Alpes qui présente deux paroxysmes. Le premier concerne le pied occidental des montagnes du Cantal. Aurillac dépasse 100 mm, surtout le petit bourg de Saignes  au nord de Mauriac reçoit 313,8 mm. Le second se situe au pied du versant septentrional du Pilat avec les 143,2 mm en 24 heures de mon pluviomètre de Saint Etienne mais aussi les 154 mm annoncés par MétéoFrance, sans oublier les 104 mm de Lyon Bron. Dans ces régions de tels totaux sont hors normes, ils constituent des records absolus à Saint Etienne et probablement à Saignes

Cet axe de pluviométrie s’installe sur ces régions le mardi en fin de nuit et il y reste toute la journée en déversant ses pluies sur le même axe en continuité. Il ne bouge pas. Alors que je suis une grande partie de la journée en Haute Loire, sans pluie du matin à 16 heures avec un vent du sud intermittent, j’aperçois la ligne noire pluvieuse vers le nord. Des appels téléphoniques de Saint Etienne m’informent qu’il ne cessait de pleuvoir à seaux dans la capitale du Forez. Quand je redescend  dans l’après midi dans la ville, je passe dans la pluie dès que j’aborde le versant nord-ouest du Pilat.

En soirée, les pluies prennent un caractère orageux quand les deux lignes pluvieuses décident d’entrer en contact sur les reliefs de l’est du Massif central.

Les précipitations proviennent en effet de deux sources. D’abord des cellules orageuses instables qui proviennent de Méditerranée où elles se sont rechargées en humidité et viennent buter sur la vallée du Rhône et les Cévennes. C’est le phénomène classique et souvent décrit des pluies cévenoles !

L’originalité provient de la ligne pluvieuse qui traverse le Massif central en diagonale du Cantal au Pilat. Elle marque la limite entre l’air froid qui arrive du nord et celui Méditerranéen qui remonte du sud. En provenance du nord-ouest dans la nuit qui a précédé, elle a avancé à grande vitesse, puis tout d’un coup, elle reste bloquée sur cette ligne accumulant les précipitations sur la diagonale. Les cartes météorologiques ont mentionné le front comme chaud, alors qu’ailleurs au nord et au sud, il est marqué comme front froid. Ceci signifie que l’air chaud qui remonte de Méditerranée dans un flux de sud a bloqué l’air froid et l’a maintenu  sur cette même ligne étroite du Cantal au nord du Pilat. Depuis que j’étudie les blocages en météorologie, c’est bien la première fois que j’en vois un qui prend cette forme rectiligne à cet endroit. Quand les deux ensembles pluvieux se rejoignent en soirée, le contraste entre l’air froid et le méditerranéen s’accentue ce qui augmente la forme orageuse des précipitations.

Dernière question : pourquoi cet épisode pluvieux a-t-il accouché d’une souris au niveau hydrologique avec, heureusement, très peu d’inondations ? Plus de peur que de mal !

On remarque un écart énorme entre l’importance des pluies et les réactions des cours d’eaux ce qui confirme le mot de « modéré » utilisé dans mes prévisions. Les crues des rivières Cévenoles ne sont importantes que sur la Vidourle qui monte à 3,90 m à Vic le Fesc.  La montée de l’Ardèche à Vallon pont D’arc parait spectaculaire  avec les 6 mètres, mais le débit maximum de 1557 m3s fait bien piètre figure par rapport aux 9000 m3s de la crue de septembre 1890 avec une durée de retour inférieure à 5 ans.

Le Furan est la seule rivière à avoir connu une crue importante avec 3,15 m de maximum à Andrézieux. C’est la 3ème cote connue après les 4,05 m de Novembre 2008 et les 3,35 m de novembre 1996, dans le plus parfait anonymat dans les médias (chut, il ne faut pas le dire !). D’autres crues plus faibles ont provoqué des dégâts bien plus importants comme celle de juillet 2009 (2,97 m à Andrézieux) ou août 1994 (2,91 m) très célèbre par son inondation de l’autoroute A72.

Les autres fleuves et rivières ont très peu monté (moins de 1m) : Loire, Allier, Doux, Cance, Eyrieux, etc.

Cette pluie arrive sur un sol sec. Dans les régions concernées, les dernières grosses pluies datent des premiers jours d’août et vous avez pu constater sur mon article du dernier « Météo-fil » de « Association des météorologistes d’entre Loire et Rhône », que Juillet et août avaient provoqué une sécheresse normale pour la saison, forte sur l’agglomération lyonnaise. Le sol, les nappes phréatiques et les barrages disposaient donc de grosses capacités d’absorption. Comme les pluies ont été plus longues que brutales, cet épisode a provoqué un arrosage salutaire.

L’intensité des pluies a été plus faible que lors des gros orages d’été ou des pluies cévenoles d’automnes et surtout elle s’est décomposée en plusieurs paroxysmes ce qui contribue à abaisser le maximum. Sur le Vidourle, on distingue deux ondes de crues correspondant aux deux averses espacées de 24 heures.

Sur le Furan on remarque à Andrézieux 5 pics successifs et croissants séparés de baisses. Chacun correspond à un pointe d’intensité pluviale :  le 7 vers 6 heures (0,70 m), puis vers 10 heures (1,10 m), vers 17 heures (2,4 m), vers 21 heures (3 m) et enfin le principal vers minuit avec 3,15 m. Le coefficient d’écoulement étant logiquement croissant au fil des différentes averses de l’épisode

Sur un bassin en grande partie urbain comme le Furan, l’infiltration dans le sol joue un moindre rôle. Chaque petit pic d’intensité pluviale correspond à une pointe sur la rivière. Surtout, en ville, une pluie longue de moindre intensité est bien moins dangereuse, même avec un total record comme cette fois, qu’orage court et violent, même avec un cumul de pluie plus faible. La concentration des eaux sur les sites à risque est bien plus échelonnée dans le temps ce qui limite la saturation des écoulements souterrains et des bouches d’égouts !

Plus de peur que de mal ! Gérard Staron vous donne rendez vous samedi prochain sur les ondes de Radio Esperance. Bonne semaine.

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