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4 septembre 2010 6 04 /09 /septembre /2010 21:14

 

       La rubrique des incendies de forêt est réapparue pour la seconde fois pendant cette saison estivale en France du sud. Après celui de la chaîne de l’Estaque à l’ouest de Marseille en juillet, deux secteurs ont été affectés, celui de Mèze Montpellier et dans une moindre mesure celui de La Ciotat aux confins des Bouches du Rhône et du Var dans les derniers jours du mois d’août. En dernière minute ajouter un feu dans les Landes samedi.

Ceci permet de mesurer le terrain gagné dans la protection de la forêt Méditeranéenne en France. Au niveau des surfaces ravagées par les flammes sur l’ensemble de la saison, il faut remonter à 2003 pour trouver une année où elles avaient dépassé 50000 ha, plus précisément 63000 ha et aux années quatre vingt et au début des années 90 pour trouver ce que l’on nommait à l’époque les années de « braise » où plus de 100000 ha étaient parcourus. Au niveau de la superficie brûlée par un seul feu, dans les mêmes années il était courant de dévaster 10000 ha ou plus sur quelques journées. Les grands incendies difficiles à arrêter de la seconde partie des années 80, celui des Alpes maritimes en 1986, de la Montagne Sainte Victoire, des Calanques qui n’avaient été stoppées que par la mer avec les barques brûlées dans ces petits ports ne se sont pas reproduits. Les incendies du Var, plus précisément du massif des Maures en 2003, constituent les derniers exemplaires à avoir atteint des superficies d’importance. Il a été mentionné 2000 ha pour l’incendie le plus important de ces derniers jours et heureusement il fera bien piètre figure comparé à la dévastation de ses devanciers. Ne parlons des 200 ha de samedi dans les Landes.

Naturellement tout hectare brûlé est très dommageable, mais La France recueille certainement en ce domaine ses investissements en hommes et en matériels dans la lutte contre les incendies, mais aussi ses efforts en matière de prévention en particulier dans le débroussaillage qui oblige à nettoyer les superficies à 50 m des habitations et les différentes formes d’actions, les pare-feux que constituent souvent la Vigne, la surveillance pour permettre l’intervention la plus rapide, etc. Notre pays est certainement le pays ou l’un des pays qui a mis au point le système le plus efficace de lutte contre ces calamités.

C’est toutefois un domaine dans lequel le rôle de la météorologie est primordial et l’on considère traditionnellement que le développement de ces feux  dépend de 3 critères. Les départs sont toujours très nombreux, mais dans certaines conditions, ces derniers prennent rapidement une ampleur qui rend leur contrôle difficile ou impossible.

Il s’agit d’abord de l’état hydrique du sol.

Le manque d’eau à ce niveau dépend d’un phénomène cumulatif au cours de la saison  estivale qui se met en place au fil des mois. Il n’est pas étonnant que l’incendie le plus important se soit produit à la fin du mois d’août car nous sommes à la fin du processus de la sécheresse méditerranéenne.

Les régions méditerranéennes françaises ont connu cette année une pluviométrie très abondante qui dépasse pendant le premier semestre plus de la moitié du total annuel normal. Il est tombé de janvier à juin, 700 mm au Luc, 439 mm à Nimes-Courbessac, 363 mm à Montpellier Fréjorgues pour des stations au total annuel souvent proche ou en dessous de 600 mm. La sécheresse méditerranéenne classique qui affecte le couvert végétal ne s’est étendue cette année que pendant les mois de juillet et août sur l’ensemble du bassin. En juillet les totaux s’étalent de 0,6 mm au Luc à 5,7 mm à Nimes. Pour de nombreuses stations, la dernière pluie d’importance est celle du 1er août avec, à l’exception de Marignane, un mois d’août qui ne dépasse pas 10 mm. Ce sont des situations entièrement normales  dans les régions méditerranéennes où les anticyclones maintiennent en été une sécheresse qui constitue la composante principale du climat, si attractive pour le tourisme.

Une autre particularité de l’analyse pluviométrique permet d’expliquer la localisation du principal incendie dans la région de Montpellier. Le dernier mois arrosé, celui de juin, présente un dégradé de la pluviométrie d’est en ouest dans la partie centrale des régions françaises côtières de la Grande Bleue. A l’est du Luc, avec 314 mm on tombe dans les régions inondées par l’épisode dévastateur de la mi-juin sur le Var. Marignane est encore arrosé avec 56 mm, mais il tombe seulement 41 mm à Nîmes, 17,6 mm à Montpellier  et 16,8 mm à Béziers. En Languedoc la sécheresse a duré un mois de plus qu’en Provence, et ceci provoque naturellement un risque différent d’extension des feux, d’autant plus que le même phénomène est visible en août, plus de 25 mm à l’est du Rhône et à peine 10 mm à l’ouest. La pluviométrie de l’ensemble de la saison a déterminé la localisation géographique du principal incendie de l’été pour l’instant.

Les deux autres conditions météorologiques nécessaires à l’extension des grands incendies sont la sécheresse de l’air et la virulence du vent. Dans ce grand delta ces deux éléments vont de pair avec un vent du nord qui refroidit le reste du pays. Quand le flux septentrional descend vers la Grande Bleue, il s’assèche et il se réchauffe en même temps, ce qui provoque le ciel lumineux de ces régions, mais aussi il prend de la vitesse au point de donner le mistral et la tramontane. Donc le froid au-delà des hauteurs de l’est du Massif central, provoque une humidité relative très faible  de l’air avec un vent virulent en deça, dès la vallée du Rhône. En raison de ses particularités physiques, un air froid contient déjà peu de vapeur d’eau. Quand il se réchauffe, cette dernière s’éloigne très rapidement de son point de condensation et l’humidité relative approche de zéro ! Cette situation a des conséquences pour le dessèchement des organes aériens des végétaux qui facilite d’autant leur embrasement.

Cette zone qui rassemble les conditions favorables à l’extension des incendies, affecte un secteur compris entre Montpellier et l’amorce du département du Var où les rafales dépassent régulièrement 60 à 80 km/h du 29 au 31 août. Pendant la même période  le vent n’atteint quasiment jamais 60 km/h à Béziers situé à l’ouest et sa vitesse diminue à l’est de Toulon. A Nice, il reste très faible. Par contre dans l’axe de la vallée du Rhône, Istres présente les plus fortes rafales en raison de sa situation. La canalisation géographiques par les reliefs, qu’ils soient en creux comme la vallée du Rhône ou en bosse comme la barrière alpine, contribuent à concentrer sur la zone géographique comprise entre Montpellier et l’amorce du Var, ce temps desséchant et venteux.

Cette situation météorologique a donc fourni le cadre géographique général de la zone à risque. Tous les grands feux de l’été se sont inscrits dans ce secteur, celui de juillet sur la Chaîne de l’Estaque, comme ceux de fin août. Dans les deux cas, il s’agit de la même situation atmosphérique avec mistral et tramontane accompagnant un flux de nord sur la France qui se rafraîchit.

Au contraire, la pluviométrie générale de la saison estivale en déterminant une sécheresse croissante d’est en ouest pendant le mois de juin dans ces régions Languedociennes et Provençales a précisé la localisation géographique des feux les plus dangereux par leur extension  dans le secteur proche de Montpellier.

Enfin l’abondance des précipitations du premier semestre dans les régions méditerranéennes a permis de reculer au maximum le risque sur la fin de l’été et de protéger la forêt pendant la première partie de la saison.

Sauf si la sécheresse ou si des situations météorologiques de nord se poursuivaient  sur la France en septembre, 2010 risque d’être une illustration des très grands progrès réalisés en France dans la protection  de la forêt méditerranéenne, l’action humaine est réelle, mais ne pas oublier le rôle du ciel qui a bien aidé cette année jusqu’à présent !

Gérard Staron vous donne rendez vous samedi prochain sur les ondes de Radio Espérance.

Bonne semaine

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