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14 août 2010 6 14 /08 /août /2010 17:55

      Il convient de revenir sur les événements en Europe centrale et orientale qui illustrent ma chronique de la semaine dernière. Leur poursuite a été exacerbée au début de cette semaine avec deux calamités contradictoires, sur deux axes méridiens parallèles sud nord à quelques centaines de kilomètres, quasiment du voisinage à l’échelle de la météorologie.

 La canicule de Russie d’Europe a continué pendant la première décade d’août avec des moyennes journalières qui dépassent 30°. Des records de chaleur ont continué à tomber. A Moscou celui de 1920 36,8°, déjà battu en juillet avec 38,2°, a encore été dépassé le 7 août avec 37,3°. Dans les pays voisins, 41,3° a été atteint à Lugansk en Ukraine, à Helsinki en Finlande, après 33,7° le 28 juillet, il a été encore mesuré 31,5° le 8 août, à Gomel en Bielorussie 38,9° ont été observés. Dans tous les cas les anciens records de chaleur parfois très anciens ont été égalés (Lugansk) ou pulvérisés pour les autres villes. Comme je le précisais la semaine dernière, il s’agit d’une bouffée chaude méridienne décalée en latitude vers le nord où elle est remontée très haut.

Je vous signalais aussi que le mois de juillet est celui du maximum pluviométrique or il n’est tombé en 2010 que 13 mm à Moscou contre une moyenne de 98 mm et 15 mm à Helsinki.

Les médias ont abondamment traité des incendies de forêt au sud de la capitale Russe, le vent drainant les fumées en panache méridien vers Moscou. Je vous ai déjà expliqué les raisons de la localisation de ces feux, illustrée par une image transmise par Claude. Selon les indications officielles, outre les dégâts matériels, ils auraient provoqué 52 morts. A ce nombre, il conviendrait d’ajouter la surmortalité liée à la canicule et à l’accumulation d’oxyde de carbone sur la Russie d’Europe. Cette dernière est 6 fois supérieure à des conditions normales. Les médias français en causent, les Allemands ont dressé une carte de cette teneur de l’atmosphère en monoxyde de carbone, mais les russes semblent discrets sur le sujet !

A quelques centaines de kilomètres à l’ouest, au même moment, une écharpe de pluies importantes a provoqué la désolation selon une autre bande méridienne qui s’étire du Tessin Suisse au sud de la Pologne.

Les pluies commencent le 4 et le 5 de l’est de la  Suisse avec 85,4mm à Locarno à la Bavière avec un total de 124 mm à Bregenz en 24 heures.

Le 6 le haut bassin du Danube continue à être concerné sur l’est de la Bavière, la Souabe et la Franconie et enfin le 7 et le 8, les très fortes pluies suivent l’ouest du quadrilatère des montagnes de Bohème sur l’Erzgebirge pour terminer leur course dans le sud de la Pologne Bert Hornitz reçoit 160 mm en 48 heures dont 101 en 24 heures.

Au total l’épisode a laissé 267 mm à Hejnice, 225mm  à Bredichov, 177 mm à Smedava.

Les rivières descendant des montagnes de Bohème ont connu une crue importante. La plus affectée a été la Neisse qui descend vers le nord de L’Erzgebirge. La montée des eaux a été aggravée par la rupture d’un petit barrage, le réservoir Niedov, sur un petit affluent, la Witka dans le sud de la Pologne. La montée des eaux assez lente en amont (24 heures) à Zittau, devient très brutale à Gorlitz en aval avec plus de 4 m de montée en 4 heures. Le 8 août le Neisse atteint 7,07 m à Gorlitz, un niveau plus élevé que celui record de 1981 (6,71 m).

Les médias français ont, en grande partie, ignoré un événement qui présente un impact presque aussi important que celui des feux de Russie. Au 21 victimes de Saxe s’ajoutent les 10 des régions voisines. Le coût des dommages parait supérieur selon la Météorologie Allemande aux 4,1 milliards d’Euros de la très grande crue de l’Oder de 1997 (3,8 Milliards d’euros en Tchequie et Pologne et 0,3 M d’euros en Allemagne) que j’analyse dans mon ouvrage « Le ciel tomberait-il sur nos têtes » (Editions ALEAS Lyon 2003). L’étonnement saisit quand on compare le silence sur ces inondations d’Europe centrale avec les reportages quotidiens sur celles du Pakistan ou de l’Inde ! Ce fait se produit pour la 3ème fois cette année à propos de la Pologne !

Ces crues des frontières entre la Pologne, l’Allemagne et la Tchéquie se sont très vite étalées vers l’aval  car les cours d’eaux divergent vers des bassins versants de fleuves différents vers l’aval, dont les autres parties sont moins concernées. La Neisse rejoint L’Oder mais contrairement à 1997, le cours amont du fleuve est à l’écart. La Spree monte de 1,5 m à Bautzen et rejoint ensuite la Havel puis l’Elbe. D’autres rivières filent vers le sud en direction du Danube. Cette situation de dispersion des eaux contribue toujours à atténuer les impacts des crues et à limiter leurs dégâts humains et matériels.

La poursuite de la calamité Russe, canicule et feux comme l’apparition de sa voisine d’Europe centrale, pluie et inondations, sont le résultat de l’exagération de la situation présentée la semaine dernière.

Des descentes perturbées en provenance des hautes latitudes et arrivant par l’Atlantique Nord tentent de repousser des bouffées chaudes anticycloniques avec des flux de sud qui alimentent les incendies en Russie et envoient les fumées vers le nord en direction de Moscou, une grande capitale mondiale enfumée ne peut qu’attirer les médias. Cette situation russe est d’autant plus tenace que ces anticyclone sont surtout puissants en altitude et de ce fait assez difficiles à déloger

Je vous ai expliqué comment depuis le début de juillet l’air froid des descentes perturbées a progressé vers l’est, sur la France, puis l’Allemagne et maintenant aux confins de l’Europe de l’est en repoussant les bouffées chaudes caniculaires de la France, à l’Allemagne et à la Russie.

A un moment donné, une situation de blocage était probable. Ceci s’est produit pendant le week-end dernier. L’anticyclone d’altitude de la bouffée chaude de Russie a tenté de stopper l’avancée de l’air froid vers l’est des descentes perturbées. Ces phénomènes de blocages ont toujours pour conséquence d’exacerber les situations.  Ils ont prolongé d’autant les très hautes températures de la Russie en maintenant les conditions favorables au développement des feux et à l’enfumage de Moscou. Ils ont aussi augmenté la violence des précipitations sur l’Europe centrale avec deux mécanismes. Le contraste entre l’air très chaud de Russie et celui bien plus froid qui arrive de l’ouest, a été exacerbé. Par ailleurs le maintien des nuages pluvieux sur les mêmes régions contribue à allonger la durée des pluies sur les mêmes lieux. Un nuage contient une faible quantité d’humidité susceptible de se transformer en pluie, mais quand il bouge peu et la dépose toujours au même endroit, ceci augmente d’autant le total déposé.

L’analyse de l’avancée des fronts froids perturbés est significative. La précédente perturbation avait atteint à l’est une ligne de la Vénétie à la Pologne mais n’avait pu aller plus loin. Celle qui provoque l’inondation atteint la frontière franco-Allemande le 5 à la mi journée, elle progresse jusqu’à la Pologne le 6, mais en raison du blocage elle reste sur place le 7 et ce n’est que le 8 qu’elle reprend sa progression vers l’est.

Les 6 et 7 août l’affrontement entre l’air froid qui descend des hautes latitudes et les anticyclones d’altitude de Russie a connu son paroxysme et à quelques centaines de kilomètres à vol d’oiseau, l’Europe était noyée dans l’eau sous la fraîcheur et plus loin brûlait dans la canicule en raison de ce blocage.

En réalité l’air froid a encore gagné, le front froid reprend sa progression le 8. Les premières pluies ont été signalées le 10 à Moscou, mais la perturbation  avait tellement laissé de force dans la bataille qu’elle est arrivée très affaiblie sur la Russie et n’a pu apporter qu’un répit de faible ampleur dans la canicule et les feux associés.

Une nouvelle situation de ce genre pourrait actuellement se produire puisque la Météorologie Allemande a émis une alerte aux pluies pour ce week-end de l’Assomption !

Gérard Staron vous retrouvera samedi prochain sur les ondes de Radio Espérance, vous trouverez ce texte sur mon blog : gesta.over-blog.com, Bonne semaine et bonne fête de l’Assomption à tous.

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