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8 août 2010 7 08 /08 /août /2010 10:38

Chronique n°789


Plusieurs événements climatiques mondiaux correspondent tous à des remontées anormales vers le nord de la circulation atmosphérique :

D’abord les incendies de la Russie d’Europe sont concentrés au sud-est de Moscou. Les principaux foyers se situent entre cette ville et Kazan à l’est et la frontière avec l’Ukraine au sud. L’Oural parait la limite orientale car un seul feu est isolé au-delà dans la région d’Ekatérinburg. Sur ce secteur on trouve les températures maximales les plus élevées de la vague de chaleur. A Moscou elles varient de 36,9° le 2 août à 38,2° le 30 juillet avec une grande fréquence autour de 37,5°, mais aussi plusieurs facteurs aggravants, la présence de forêts mixte avec une végétation abondante, un habitat rural traditionnellement en bois et une très grande inexpérience des moyens de lutte contre ces incendies.

Cette bouffée chaude correspond en effet au décalage vers le nord des anticyclones qui ont déserté l’Europe occidentale pour atteindre une zone qui est en principe occupée en été par des dépressions orageuses avec un maximum pluviométrique d’habitude en juillet.

Un autre décalage vers le nord de la circulation atmosphérique provoque une autre catastrophe avec les inondations du nord du Pakistan et de l’Afghanistan. Les pluies ont été très importantes dans des régions septentrionales habituellement sèches avec 366 mm à Murrée en altitude mais aussi 218 mm à Islamabad et 183 mm à Kaboul du 27 au 30 juillet. La pluviométrie a été inversée par rapport à une année normale au Pakistan, la moitié sud du pays habituellement touché par la Mousson pluvieuse d’été présente un déficit par rapport à un mois de juillet normal, alors que le nord traditionnellement sec s’est trouvé situé au cœur des régions pluvieuses avec des excédents supérieurs de plus de 100 mm par rapport à une année normale.

Le front de mousson a poussé une excroissance vers le nord dans ce secteur puisque fin juillet Il descendait en latitude du Nord du Pakistan à la plaine du Gange à la Birmanie et au sud du Vietnam. Les pluies qu’il a généré sont venues s’empaler dans l’angle des montagnes du Cachemire et du Karakorum situées entre les chaînes de l’Himalaya à l’est et celles du Béloutchistan  à l’ouest.

La troisième remontée vers le nord, bien moins médiatisée, se situe dans l’autre hémisphère avec la vague de froid en provenance de l’Antarctique qui s’est abattue sur le sud de l’Amérique latine. Les gelées s’étendent sur l’Argentine, l’Uruguay, le Paraguay, jusqu’au Brésil. Il a été enregistré -16° sur le Chili le 1er août. Buenos-Aires a connu des températures très basses mais aussi la neige. Cette situation perdure depuis la seconde quinzaine de juillet puisque je l’avais déjà brièvement signalé dans ma chronique n°787. L’événement est moins spectaculaire, apparemment moins grave que les deux autres, mais les conséquences de cette  vague de froid d’Amérique latine seront visibles à retardement car les cultures de plantation de ces pays n’apprécient guère les températures en dessous de +10°. Un précédant dans le sud du Brésil avait perturbé le cours mondial du café après des gelées en 1975 dans l’état de Parana.

Il est curieux de constater qu’au même moment avec des impacts bien différents, les 3 calamités climatiques du moment sont liées à des décalages vers le nord de la circulation atmosphérique. Il serait très hasardeux de relier ces événements, en particulier celui de l’autre hémisphère, mais on peut s’interroger pour les deux calamités de l’ancien monde. La remontée anormale du front de la mousson sur le nord du Pakistan se situe dans un secteur géographique proche de l’extension anormale des anticyclones chauds sur la Russie, comme si sur cet axe méridien, tous les centres d’actions avaient subi une aspiration vers le nord des basses aux hautes latitudes ! Il est difficile d’aller au-delà de cette remarque, la météorologie n’ayant pas encore les moyens d’élucider une telle constatation !

Par contre il est possible de comprendre comment cette vague de chaleur anormale est arrivée jusqu’en Russie !

Depuis le début du mois de juillet, je vous explique que des descentes froides perturbées arrivent des hautes latitudes par l’Atlantique. Elles provoquent plusieurs phénomènes contradictoires au niveau thermiques. Avant leur arrivée, une véritable bouffée de chaleur se produit avec un flux de sud dans des anticyclones chauds qui remontent en latitude. Au moment de leur passage des orages violents se produisent et enfin en arrière l’air froid s’installe avec une forte baisse des températures et des pluies fraîches.

Ce mécanisme s’est déplacé d’ouest en est de l’Europe au cours du mois de juillet car les coups de boutoirs de l’air froid perturbé en provenance de l’Atlantique nord n’ont pas cessé de pilonner l’Europe et jour après jour la bouffée de chaleur a été repoussée vers l’est du continent dans des régions qui n’en ont pas l’habitude.

Souvenez vous, au début du mois, la bouffée de chaleur concernait l’est de la France jusqu’au moment où la vague d’orage du 14 puis du 16 et du 17 a repoussé l’ensemble vers l’Europe centrale. Depuis il n’est pas nécessaire de faire de longs discours pour constater que l’air froid occupe le terrain et repousse toute offensive de retour de la chaleur en France.

L’Allemagne et en particulier l’est du pays a connu aussi une période importante de canicule dont le dernier jour s’est produit le 21 juillet avec un 36,6° vers Karlsruhe, mais la vague d’orage du 22 au 25 des régions alpines aux frontières de la Pologne a encore repoussé plus loin vers l’est la vague de chaleur

Actuellement la bouffée chaude se produit sur la Russie d’Europe alors que la ligne d’orage qui marque la progression de l’Air froid se produit juste en arrière de la plaine du Pô à la BiéloRussie et aux Pays baltes.

En progressant sur l’Europe, l’air froid perturbé a repoussé l’air chaud anticyclonique vers l’est de l’Europe. La résistance de ces derniers provoque des flux de sud qui ne peuvent qu’aggraver la bouffée de chaleur et envoyer les fumées de façon spectaculaire sur Moscou puisque les feux sont au sud de la capitale russe.

Les températures élevées ont d’ailleurs été curieusement de même ampleur au fur et à mesure  du déplacement de la bouffée chaude vers l’est. Les maximums observés sur la France avant le 14 juillet ont été de l’ordre de 35 à 37° en particulier en Alsace. Ceux qui ont été mesurés en Allemagne sont du même ordre puisque 38,8° à Bendorf semble la température la plus élevée et que la région de Berlin a connu 37 et 38° plusieurs jours de suite. Les maximums mesurés depuis la fin de juillet sur la région de Moscou sont du même ordre de grandeur vers 37,5° et une pointe à 38°.

C’est donc la même bouffée de chaleur qui s’est déplacée d’ouest en est de l’Europe sous la pression de l’air froid qui pousse en arrière. Chez nous les orages qui ont suivi ont eu le plus grand impact et les cas d’incendies se multiplient en Russie.

Plusieurs facteurs aggravants doivent être évoqués pour expliquer l’importance de ces feux en Russie.

D’abord la durée de la bouffée chaude. Plus l’air froid progresse vers l’est, plus il a des difficultés à avancer et à repousser la vague de chaleur. La bouffée chaude a été balayée en quelques jours en France, elle a duré un peu plus en Allemagne et en Russie elle tient depuis la dernière décade de juillet.

Ensuite un espace forestier mixte, feuillus et résineux dense et sensible entre les prairies et steppes du sud où il n’y a rien à brûler et la taïga septentrionale sans sous bois facile à incendier, est un élément géographique important.

Enfin le caractère exceptionnel dans un pays peu confronté à ce problème en année normale avec une grande désorganisation des secours. Ne pas oublier que juillet en climat continental est le mois du maximum pluviométrique !

Gérard Staron vous donne rendez vous samedi prochain sur les ondes de radio Espérance, bonne semaine.

 

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