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31 juillet 2010 6 31 /07 /juillet /2010 21:08

Restrictions d'eau dans 32 départements!

 

      Alors que ce mois de juillet parait très correctement arrosé, il peut être assez curieux de constater qu’il y a en France 32 départements qui font l’objet de restrictions d’eau.

Ces derniers sont répartis en 4 ensembles géographiques.

Deux sont situés dans la moitié nord du pays selon une orientation générale sud-ouest nord-est  à partir des côtes de l’Atlantique.

  Le premier remonte de la région Charente Poitou en direction de celle des Pays de la Loire et suit l’axe du fleuve jusqu’à la Touraine et au Berry. C’est dans cette zone que se situe le maximum de départements en restrictions de niveau 3, ce qui correspond au moins à un bassin versant en crise. 9 sont dans ce cas les deux Charente, les Deux-Sèvres, la Vendée, l’Ile et Vilaine, La Mayenne, la Sarthe, le Maine et Loire et l’Indre et Loire

  Le second ensemble est centré sur le bassin de Paris avec tous les plateaux qui ceinturent l’agglomération ceux de Seine Maritime, ceux du sud de la Picardie, ceux de Champagne et ceux plus classique de Beauce et de Brie. L’extension la plus large s’effectue dans l’axe du bassin de la Seine du plateau de Langres jusqu’à l’Estuaire. Les mesures semblent moins importantes que dans le précédent axe géographique puisque seuls 3 départements connaissent des arrêtés avec des restrictions de niveau 3 : l’Eure, l’Essonne et la Seine et Marne.

La première surprise  correspond à la coïncidence de ces deux ensembles qui font l’objet de restrictions d’eau avec celui des principaux orages de ce mois de juillet. Il en était de même en juin puisque l’axe de la Vendée, à Angers et au Mans avait connu des précipitations excédentaires. L’agglomération parisienne  connaît pendant ce mois de juillet un total de précipitations proche de 100 mm et pourtant  se situe dans cet ensemble.

Cette situation montre que la pluviométrie d’un ou deux mois surtout en été à un moment de l’année où l’évaporation est très forte ne saurait redresser une arriéré qui trouve ses racines dans une déficience de la pluviométrie de la saison hivernale précédente.

Ce dernier aspect est accentué par le fait qu’une grande partie de la ressource de ces régions est dépendante de nappes profondes comme celle de Beauce, de la Craie du Cénomanien. Ces aquifères demandent souvent plusieurs années pour se vider et se reconstituer et après des années de forte pluviométrie qui avaient monté leur niveau jusqu’en 2003, ces derniers ont souvent baissé à la suite d’années postérieures plus indigentes. Dans la région centre, on constate en effet que les nappes les plus profondes affectées par une faible recharge pendant la situation hivernale continuent leur baisse en dépit des fortes précipitations de la fin du printemps. Les plus basses sont celles de la Craie sur le bassin du Loing ou dans le département de l’Indre et Loire. Les nappes plus superficielles du jurassique dans le Malm proche du Massif central ont réagi aux récentes précipitations en remontant. L’application de restrictions d’eau dans ces régions ne peut s’expliquer que par des problèmes anciens.

Dans ces secteurs, la Vendée et les confins du Massif armoricain  présentent des ressources en eau plus superficielles dans les terrains du socle. On peut être surpris des restrictions d’eaux sur nombre de ces secteurs car les pluies d’une grande partie de la zone de septembre 2009 à juin 2010 sont soit excédentaires selon un axe Nantes Le Mans, soit proches de la normale, à l’exception des collines du Perche qui alimentent les hauts bassins de la Vilaine et de la Mayenne

Les deux autres régions affectées de restrictions d’eau sont toutes situées dans des terrains à dominante imperméables où les nappes sont assez superficielles et où l’influence de la pluviométrie des derniers mois sur l’état de la ressource en eau est prépondérante.

Il s’agit d’une partie du Bassin aquitain avec une diagonale qui s’étire de la plaine sableuse des Landes, aux vallées des coteaux de Gascogne, avec un débordement jusqu’aux confins de l’Aveyron. Les départements des Landes et des Pyrénées atlantiques présentent seuls avec une partie du Tarn et Garonne des restrictions de niveau 3

On trouve aussi les terrains détritiques du couloir sequano rhodanien dans sa partie Lyonnaise avec les débordements sur les terrains glaciaires des Dombes et de la Bresse mais aussi des terres froides du Dauphiné et une partie des plaines de la Saône. Des bassins affectés par le niveau 3 ne se trouvent que dans les départements de l’Ain et de la Côte d’or.

Avec la fin du printemps et le début de l’été arrosés que nous connaissons, on peut être étonné du nombre important de départements affectés. Il convient de préciser qu’il ne s’agit pas de la totalité de leur superficie mais seulement de quelques bassins versants. Par exemple après les derniers arrêtés préfectoraux, dans le département du Maine et Loire, 3 bassins présentent des interdictions de niveau 3, le plus connu étant le Layon, 6 bassins présentent des restrictions de pénurie « niveau 2 » dont ceux de la Mayenne et de la Sèvre nantaise, 4 sont en vigilance de niveau 1 avec le Loir et enfin 7 ne font l’objet d’aucune restriction dont le fleuve Loire  et la Maine. Les mesures prises, mise en place après la sécheresse de 2003, sont souvent contraignantes surtout avec le classement dans les zones en  « pénurie » niveau 2 où le remplissage des piscines et plans d’eau, le lavage des voitures et l’arrosage des jardins et espaces verts de 10h à 18 h sont interdits. La situation « en crise » niveau 3 ajoute l’interdiction totale de l’arrosage même la nuit. Le pompage en rivière est prohibé et des restrictions interviennent pour l’irrigation agricole.

L’annonce de 32 départements avec des restrictions peut paraître spectaculaire, en réalité il convient de ne pas dramatiser une situation qui peut paraître sans dégradation majeure par rapport à l’an dernier à la même époque. Il convient en effet de préciser qu’il est normal sous nos climats de voir baisser en été les niveaux des rivières comme des nappes.

Vous avez pu constater qu’une grande partie des zones avec restrictions sont concentrées sur le bassin de la Loire, j’ai donc tenté d’approfondir cette situation.

D’abord le fleuve n’est pas concerné par la pénurie d’eau. Les barrages chargés de soutenir l’étiage en amont n’étaient pas entrés en action à la fin de juin et leurs réserves étaient pleines. A cette date,  Naussac sur le haut Allier est encore rempli à 97% avec 183 MM3 et Villerest n’avait été un peu baissé qu’en prévision de crues potentielles et gardait encore 120 MM3. Les débits le long du fleuve autant à Gien qu’à Monjean présentaient à la fin de juin une hydraulicité très supérieure à celle d’un mois normal.

Le tronc principal du bassin est encore bien alimenté même si les débits baissent. L’étiage actuel du fleuve est plutôt abondant. Les problèmes d’écoulements faibles se rencontrent surtout sur de petits affluents de l’aval dans des zones de faible altitude par exemple le Loir en région centre. Dans un département comme la Vendée qui présente des restrictions de niveau 3 sur certains bassins, le taux de remplissage des barrages est encore de l’ordre de 92%.

La situation des nappes phréatiques est plus complexe. Certaines conservent encore des héritages de la période sèche de 2003 à 2008, mais depuis elles ne se dégradent plus même si le niveau reste assez bas. Il en est ainsi des principales nappes de la région Centre, calcaires de Beauce, Albien et Cénomanien. Par ailleurs en fonction de leur profondeur, de la pluviométrie, la plus grande variabilité règne.

32 départements qui présentent des arrêtés de restrictions d’eau, peut paraître un nombre impressionnant, en réalité toutes les comparaisons faites semblent montrer que les problèmes de la ressource en eau semblent de moindre gravité par rapport à ceux des années précédentes et correspondent souvent à des reliquats anciens dans les zones à nappes phréatiques profondes.

 

Gérard Staron vous donne rendez vous samedi prochain sur les ondes de Radio Espérance, et avec ce texte sur mon blog : gesta.over-blog.com. Bonne semaine à tous

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