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26 juin 2010 6 26 /06 /juin /2010 21:51

Inondations de juin (Var et ailleurs)

 

Le mois de juin 2010 risque de rester dans les mémoires comme le grand mois des inondations, celles que vous connaissez et celles qui ont été occultées par les médias. Outre les notres en particulier celles du Var dont je vous ai entretenu la semaine dernière, il convient d’ajouter :

En Europe centrale, après la première vague du mois de mai déjà décrite, une seconde a  affectée le bassin amont de la Vistule dans le sud de la Pologne, mais surtout elle a touché la Slovaquie, qui selon certaines informations connaîtrait les pires inondations depuis un siècle et le nord-est de la Hongrie avec les rivières Hernad, Sajo et Bodva.

Le Danube a atteint le 4 juin une cote supérieure à 9 m à Passau, et le lundi 7 juin le maximum est arrivé à  8,20 m à Budapest.

Les  précipitations ont concerné une bande qui a longé le versant nord des Alpes bavaroises et autrichiennes pour continuer jusqu’aux Carpates, par la Slovaquie, le sud de la Pologne et le nord-est de la Hongrie. Les totaux ont atteint  de 225 mm à Aschau-Stein  à 300 mm à Marktschellenberg dans les premiers jours de juin. Dans le nord-est de la Hongrie, le maximum a atteint 273 mm pour une valeur moyenne de 210 à 220 mm pour l’ensemble du pays.

Depuis la mi-juin, une pluviométrie très forte a atteint la crête montagneuse du sud de la Chine dans les régions du Kiang-si et du Tché Kiang.  Les totaux ont pu atteindre plus de 400 mm du 15 au 22 juin avec des paroxysmes en 24 heures dépassant 200 mm. A Wuyschan il est tombé 242 mm le 20 sur un total de 440 mm sur l’ensemble de la période et à Nancheng , 230 mm le même jour sur un total de 371 mm.

Depuis quelques jours les médias ont été plus prolixes sur les inondations de l’extrème nord-est du Brésil sur les états d’Alagoas et de Pernanbouc en liaison avec les fleuves côtiers Mundau et Paraiba.

Une forte fréquence d’inondations pendant le mois de juin peut surprendre pourtant il existe des précédents importants pour plusieurs des régions concernées.

Le bassin du Danube a été affecté par une crue record en juin 1965. Elle avait atteint 7,31 m et 7400 m3s à Vienne et avait continué de croître vers l’aval . Elle avait légèrement dépassé le niveau de celle de cette année à Budapest et les quais de la ville qui dépassent la côte 6 mètres avaient été submergés plus de 55 jours. Seule différence, celle de 2010 affecte surtout l’amont du bassin du Danube alors que celle de 1965, modérée en amont, avait cru en aval.

Au début de juin 1856, une énorme crue avait concerné les grands fleuves français et détient des niveaux records encore aujourd’hui sur de nombreux secteurs en particulier la loire moyenne en Touraine et Anjou mais aussi le Rhône, voir les échelles photographiées sur le blog, dans son sillon moyen de Lyon à Avignon.  Parmi d’autres années où le mois de juin avait aussi causé des débordements, il faut citer 1951.

Toutes ces inondations semblent avoir un point commun avec celles du Var en France, Vous avez pu constater dans tous les cas des totaux de l’ordre de 300 à 400 mm avec des pointes quotidiennes de l’ordre de 200 à 250 mm en 24 heures, or ces cumuls importants peuvent paraître limités dans le cadre des événements exceptionnels des différents pays.

Par exemple, les régions méditerranéennes de la France ont connu souvent des abats supérieurs à 600 mm en 24 heures lors de la crue du 21 septembre 1980 sur le haut bassin de la Loire, ou le 8 septembre 2002 sur celui des Gardons et bien d’autres. Ne parlons pas des 850 mm à La Llau d’octobre 1940 pour la célèbre crue du Tech. Les 400 mm des Arcs, le maximum reçu les 15 et 16 juin 2010 dans le Var  paraissent modérés en comparaison. Le second cumul en importance atteint à peine 307 mm à Comps sur Artuby. Pourtant ces totaux ont provoqués une inondation majeure.

Pourquoi  cette opposition entre un total très important mais non exceptionnel en milieu méditerranéen et les impacts démesurés de l’événement ?

Trois facteurs géographiques, présentés dans mon livre de 2003 « Le ciel tomberait-il sur nos têtes » comptent en matière d’inondation.

D’abord l’habitude qu’une région a de recevoir des totaux importants. On constate que le Var est souvent une zone de moindres abats méditerranéens que les régions situées de part et d’autres. A l’ouest les Cévennes sont les plus concernées. Elles sont les récipiendaires des totaux de plus de 600 mm en 24 heures et ceux tombés les 15 et 16 juin 2010 dans le Var les affectent au moins une fois tous les 10 ans. A l’est, la côte d’Azur, la Ligurie Italienne, sont aussi coutumiers de gros abats méditerranéens. Le Var se situe dans un secteur de moindre occurrence des abats pluvieux exceptionnels. Un autre facteur aggravant peut être constaté. Les fortes précipitations, comme celles qui ont affectés à plusieurs reprise Saint Raphaël ou Sainte Maxime ces dernières années  concernent le Littoral, or cette fois le paroxysme de l’orage a concerné un second rideau à l’intérieur avec la dépression qui ceinture les Maures et les premières pentes des Préalpes.

Ensuite la géographie des précipitations a concentré les eaux sur le bassin de l’Argens et de son affluent la Nartuby qui rassemblent la quasi-totalité des postes qui ont reçu plus de 200 mm. Cette correspondance entre le paroxysme des précipitations et la superficie complète d’un bassin versant a accumulé les eaux vers ce cours d’eau et a décuplé les effets de l’inondation. Cet aspect de concentration des flots sur un bassin versant est primordial. En sens inverse, je peux vous citer de très grosses précipitations (295 mm en 24 h à Chateauneuf du Pape en mai 1995) qui n’ont provoqué aucun événement dramatique car les eaux se sont séparées sur plusieurs bassins divergents.

Le dernier aspect concerne la relation durée et intensité de la pluie. L’extrême intensité  des précipitations, des paroxysmes orageux, a pour conséquence de déplacer l’inondation des rivières traditionnelles vers des cours d’eaux improvisés qui sont souvent les chemins, les routes, les rues. Les documents que Gérard m’a transmis de Draguignan montrent que les flots ont été transmis au cours d’eau par des voieries transformées en rivières improvisées. Le phénomène a été accentué par l’urbanisation, ou le mitage, transformation du paysage naturel en un lotissement aux maisons éparpillées dans la forêt, associées à leurs routes, ce qui n’a pu que contribuer à accentuer ce rôle.

En fonction des informations que j’ai pu trouver, les autres inondations déjà citées présentent certaines de ces particularités géographiques.

Plusieurs se situent dans des zones qui n’ont pas l’habitude de recevoir de tels abats.

Les inondations brésiliennes du Nordeste affectent une région assez sèche à l’aval du bassin du Sao Francisco. Le climat semi-aride accompagné de la catinga, cette brousse épineuse occupe la plus grande partie de l’état de Pernambouco.

Les régions du haut bassin du Danube qui s’étirent de l’Allemagne du sud, bade Wurtemberg et Bavière, à l’est de la Hongrie en passant par la Slovaquie, correspondent à des secteurs indigents au niveau de la pluviométrie dans les plaines et bassins. Dans ces régions, c’est surtout les reliefs et la fonte des neiges de printemps qui apportent les débits de la saison. Cette fois les plaines ont reçu leur lot de forte pluie.

En chine les inondations et les pluies ont surtout affecté le versant nord de l’axe montagneux qui traverse la moitié méridionale du pays, d’ouest en est, c’est celui qui est le moins arrosé par la mousson en temps ordinaire, contrairement à l’autre au dessus de Canton.

Avec des totaux très importants mais peu exceptionnels on peut donc provoquer de grandes inondations à condition que la géographie s’y prête ! La précipitation globale, trop souvent utilisée sans précaution, n’est qu’un indicateur, parfois trompeur !

Gérard Staron vous retrouvera samedi prochain pour une nouvelle chronique, le texte étant repris sur mon blog : gesta.over-blog.com.  Bonne semaine !

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commentaires

J


Bonjour,


Pour info le précédent record sur 24h en PACA était détenu par Coursegoules avec 345 mm en 1959.


Il s'agit de l'épisode des 19 et 20 octobre 1959, dans Phénomènes remarquables n°3 : Inventaire des situations à précipitations diluviennes sur le Languedoc Roussillon / PACA / Corse, Période
1958-1994, Valérie Jacq, BCIR Sud Est et Centres Dépatementaux, Météo France, 1994.



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G


Merci de l'information.....


je connaissais l'existence de cette très forte pluie méditerranéenne d'octobre 1959, 


Autre information en retour: 


Sur d'autres documents de Météo France, Coursegoules était d'ailleurs mentionné avec 200 mm le 20 octobre 1959 ! (Normales climatologiques 1951-80 fascicule 2 précipitations tome 2 postes
climatologiques)


Ce décalage dépend probablement de la façon dont sont répertoriées les 24 heures: durée réelle de la pluie,  durée avec mesure à heure fixe le matin selon les normes
météorologiques .


très cordialement...


Gérard Staron



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Phénomènes météo exceptionnels de 1945 à nos jours (2013)

Quel drôle de temps

La Loire p 78, 79

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Climat de la Loire: Effet de couloir p 194

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Le coeur  du Massif Central  p 195