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6 juin 2010 7 06 /06 /juin /2010 10:19

                 Mai fait toujours ce qui lui plait avec un grand art du contre-pied !


Il a réservé sa fraîcheur et sa forte pluviométrie à la région Centre-est de la France et en particulier à la face nord du  Massif central !

Ceux qui ont lu mon blog savent que mes postes de Saint Etienne et Montregard (43) ont connu les températures les plus faibles depuis le début des observations pour un mois de mai et le 5ème mois consécutif de baisse par rapport à l’an dernier.

Sur des durées plus longues, les températures moyennes de Saint Etienne Bouthéon comme de Lyon Bron n’ont pas connu d’égal aussi bas depuis 20 ans soit 1991 avec des écarts de 4 à 5° par rapport à l’an passé et des moyennes inférieures aux normales.

Les températures moyennes de mai 2010 des principales villes du Centre-est de la France sont inférieures aux normales de 1951-80 une période reconnue comme assez fraîche. Les écarts les plus importants concernent Clermont Ferrand 12,3° contre 13,4°, Vichy 12,4° contre 13°, Grenoble Saint Geoirs 12,4° contre 12,9°,  Besançon 12,6° contre 13,4° . Toutes les faces septentrionales des massifs montagneux de la France ont connu un mois de mai particulièrement frais avec des moyennes qui s’étalent de 9,4° au Puy en Velay à 14,5° à Lyon.

Sur ces mêmes régions, la pluviométrie a été particulièrement importante. Mon poste de Saint Etienne a battu son record de pluviométrie mensuelle avec 166,8 mm depuis 2005. Au dessus sur la face nord du Pilat, Tarentaise a reçu 188 mm. Sur ces mêmes faces septentrionales des massifs montagneux, les cumuls sont aussi spectaculaires : 152 mm à Guéret sur le flanc nord du plateau de Millevaches, 116 mm à Vichy sur le versant septentrional des monts de la Madeleine. Au pied des Alpes du nord, Grenoble Saint Geoirs reçoit 154 mm et à l’intérieur du massif Bourg Saint Maurice 177 mm. Ces déluges correspondent parfois à des records comme à Bourg Saint Maurice. L’ensemble des régions comprises du Limousin aux Alpes du nord  et au Jura a reçu plus de 100 mm pendant ce mois. Les dépressions de la Loire, de l’Allier, de la Saône présentent un maximum pluviométrique de mai, cette année,  renforcé de façon significative.

Même en mai la neige est réapparue à des altitudes moyennes. Une première fois au début du mois avec le nouveau record de la chute la plus tardive de Saint Etienne le 6 mai. Il faut remonter au 3 mai 1979 pour avoir trace de neige en mai sur la capitale forézienne. Une seconde fois, sur le massif du Mézenc à la fin du week-end de l’ascension le 16 mai une couche blanche est revenue au dessus de 1400 mètres.  Dans les Alpes suisses, les flocons sont même encore tombés le 31 mai avec 9 cm à Santis à 2500 m d’altitude et 2 cm à Arosa à 1800 m. A Santis, on peut comptabiliser plus de 16 jours de chutes de neige et le manteau a perdu moins de 50 cm entre le début et la fin du mois. L’épaisseur à 2,95 m le 1er mai est remontée à 3,13 m les 20 et 21 mai pour retomber à 250 m à la fin du mois. Sur le Mézenc et surtout les Alpes, des chutes de neiges après la mi-mai ont des équivalents dans le passé jusqu’en juillet, mais rarement avec une telle ténacité.

En dépit de son mauvais temps récurrent, mai 2010 n’a pas laissé de catastrophes climatiques en France, il faut regarder vers l’est de l’Europe pour les trouver et très souvent les médias n’en ont soufflé mot.

Nous avons déjà traité de la première avec les déluges sur les Carpates occidentales en particulier les massifs des Tatra et des Beskides. Pour des raisons d’organisation du réseau hydrographique, la Vistule a été la plus affectée avec des inondations qui ont atteint plus de 8 m et 6000 m3s dans le sud de la Pologne. La région de Cracovie a été la plus affectée, mais l’événement n’a été connu en France que lorsqu’il s’est déplacé en aval en direction de la capitale Varsovie en s’atténuant progressivement. Depuis le 1er juin, les météorologistes Allemands ont émis une nouvelle alerte concernant des précipitations importantes sur les mêmes régions d’Europe centrale pendant les premiers jours de juin. Il n’est donc pas exclu que comme pour la crue de l’Oder de 1997, une seconde onde de crue se développe dans les prochains jours sur les fleuves de ces régions. A confirmer !

L’autre catastrophe d’Europe centrale concerne de très gros orages avec des tornades importantes dans l’est de l’Allemagne selon une trajectoire Nord-ouest sud-est  parallèle à l’Oder à l’est des villes de Leipzig et de Dresde. La plus importante tornade s’est produit le 24 mai entre 13 heures 30 et 16h 30 sur une longueur de 90 à 100 km. Avec des dégats importants en particulier dans la petite cité de Nunchritz. L’Allemagne n’avait pas connu de tornades aussi importantes depuis juin 1996. Les orages ont continué jusqu’au 28 mai sur l’ensemble des régions qui s’étirent du sud de l’Allemagne à la Pologne avec des tornades de moindre importance et des chutes de grêlons de 3 cm de diamètre.

Mai 2010 comme les mois précédents a été marqué par une succession de descentes arctiques. Toutefois l’air froid n’a pas eu toujours la même réception sur l’Europe.

Il est arrivé selon deux trajectoires.

La première occidentale  atteint directement la France en provenance des hautes latitudes à partir des îles britanniques. Elle continue jusqu’en  Méditerranée où elle se recharge en humidité avant de la déposer sur le continent. C’est ce qui se produit jusqu’au week-end de l’Ascension avec des descentes froides qui progressent très bas en latitude jusqu’en Espagne ou au Golfe de Gènes pour ensuite remonter sur la France ou l’Europe centrale. Les précipitations sont importantes susceptibles de provoquer de grosses inondations et des phénomènes orageux secondaires.

 La seconde est décalée vers l’est par la poussée de l’anticyclone des Açores qui occupe la France et l’air froid se déverse sur l’Allemagne en descendant par la Scandinavie. Dans ce cas, elle ne peut plus atteindre la Grande bleue. Elle s’arrête sur les montagnes transversales du continent, du Massif central aux Alpes. Pour produire des précipitations elle doit arriver sur un continent très réchauffé donc ceci ne peut se produire qu’en été. Avant les orages et les tornades Allemandes, ou ceux des jours suivants en France, les températures atteignent 29 à 30 °. La rencontre entre cet air froid qui descend et le continent surchauffé provoque une très forte convection et les orages de la seconde partie du mois. Dans ce cas les précipitations et les inondations sont localisées géographiquement. Les phénomènes orageux intenses avec les chutes de grêles et les tornades l’emportent.

Le passage d’un mécanisme à l’autre montre que l’on est seulement rentré dans la saison chaude après le week-end de l’ascension

 Les anticyclones subtropicaux recouvrent le bassin méditerranéen comme ils le font en principe lors de l’été. Ils provoquent alors la sécheresse méditerranéenne estivale qui attire les touristes le long des plages de la grande bleue. Ces dernières ont reçu leurs dernières grosses pluies pour l’Ascension.

Les descentes froides ne peuvent apporter des précipitations importantes que lorsqu’elles rencontrent un continent ou une mer chaude. Jusqu’en avril, ces temps de nord n’apportaient pas de précipitations quand elles n’arrivaient pas sur la Méditerranée, pour se régénérer en humidité. Maintenant la chaleur du continent est devenue suffisante pour  alimenter un contraste thermique avec l’air froid et une instabilité génératrice d’orages.

Ce mois de mai a accumulé les dernières formes du mauvais temps de saison froide et les premières de celui de l’été. En Europe centrale, ceci s’est transformé en catastrophes  car l’intensité des phénomènes a été accentué par des contrastes thermiques plus fort en raison de la continentalité du climat et d’un passage sans transition des saisons. Avant la mi mai, la sensibilité aux arrivées d’air froid prime, ensuite le réchauffement rapide du continent parait décisif.

Tout un programme.

 

Gérard Staron vous donne rendez vous samedi prochain sur les ondes de Radio Espérance. Le texte de cette chronique étant repris sur ce blog : http:// gesta.over-blog.com.

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