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29 mai 2010 6 29 /05 /mai /2010 19:34

 

La localisation géographique des orages de mardi 25 et mercredi 26 mai est représentative des régions les plus affectées en France avec deux glissières de sud ouest .

Les plus violents de la soirée de mardi à mercredi affectent surtout les côtes de la Manche. Globalement ils suivent le littoral de la Bretagne au Nord-Pas de Calais en perdant de l’intensité. Cette évolution n’est pas sans irrégularité puisque l’on distingue deux secteurs plus affectés correspondant aux traits de côtes globalement orientés sud-ouest nord-est :

--- Celui de l’ancien département des Côtes du nord en Bretagne avec un paroxysme à Dinard qui a reçu 104 mm

--- Celui au nord de l’estuaire de la Seine avec deux zones qui ont connu des inondations localisées : Dieppe avec 56 mm et le Touquet avec 52 mm.

La situation orageuse de développe au fil des heures du sud-ouest au nord-est pendant la nuit de mardi à mercredi en même temps que baisse l’intensité horaire de la pluie. A Dinard le maximum passe à minuit avec 60 mm dans l’heure. A Dieppe on le retrouve à 5 heures avec une intensité horaire de 46 mm. Au Touquet, il se produit une heure plus tard, vers 6 et 7 heures, avec 38 mm pour le total des 2 heures. Enfin Lille, est atteint après 7 heures mercredi matin avec une intensité plus faible.

Cette même soirée une autre glissière orageuse de même direction sud-ouest nord-est, moins intense, s’étire du sud-ouest à la lorraine. Les points les plus arrosés dépassent à peine 20 mm avec une trajectoire qui longe la bordure nord des reliefs de l’est de la France du Massif central aux Vosges sans vraiment pénétrer ces massifs. Dordogne, Limousin, Morvan, Plateau de Langres sont concernés avec 20 mm chacun environ.

Dans la deuxième partie de la journée de mercredi, les orages reprennent en utilisant une trajectoire de même direction. Les côtes de la Manche sont relativement calmes, par contre on retrouve la glissière du Bassin Aquitain au nord-est du Pays avec deux zones particulièrement arrosées, l’est du Massif central du Velay au Lyonnais, les reliefs des Vosges du Jura avec débordement sur les massifs hercyniens de l’Allemagne moyenne et la Suisse. L’intensité des précipitations est plus faible, sauf quand la précipitation se transforme en traînées de grêle comme sur les vignobles de l’Armagnac. Il s’agit surtout de petites cellules orageuses, qui se suivent à partir de la mi-journée, trois par exemple sur Saint Etienne, voir article précédent  sur ce blog.

 Les régions situées entre ces deux glissières, ont connu quelques précipitations de moindre importance. Le tournoi de Roland Garros a été perturbé par la pluie de mercredi dans l’après midi, mais les totaux déposés sur la région parisienne sont médiocres, à peine quelques millimètres et il faut si peu de pluie pour stopper un match de tennis. Globalement entre les deux axes majeurs déjà décrits, on distingue, sauf abat ponctuel, une zone de faible activité orageuse.

Ces deux glissières de sud-ouest, le long des côtes de la Manche, et du bassin Aquitain au nord-est du pays, avec ses deux variantes, celle qui longe la bordure nord des reliefs et celle qui suit l’intérieur, sont affectées de très grosses inondations liées aux orages. La Normandie est coutumière de ces calamités. Cette fois Dieppe a été affectée, dans le passé récent, la ville avait déjà subi le même sort. On peut citer la litanie des petites cités affectées parfois très durement sur la côte où légèrement à l’intérieur : Saint Martin de Boscherville (juin 1997), Barentin (mai 2000), Fécamp (mai 1998), Honfleur (plus récemment), Laval (août 2001), Mayenne (mai 2009), Lille (à 3 reprises et la première fois en août 1998). La liste n’est certainement pas exhaustive des calamités importantes provoquées dans cette diagonale proche de la Manche. Dans ces cités souvent normandes, la situation topographique de ces petites villes dans des vallées au pied de versants assez raides facilite le ruissellement des eaux qui descendent des plateaux et augmente les problèmes d’inondations au bas des pentes.

Une liste encore plus longue peut être dressée du sud-ouest au nord-est en particulier le long du bassin Aquitain au Massif central surtout du Velay au Forez où les axes du relief prennent aussi une orientation sud-ouest nord-est. On peut commencer par la catastrophe de la basse ville d’Auch en juillet 1977 en Gascogne, continuer par les multiples calamités de La région d’Yssingeaux  (concernée deux fois), à la ville de Saint Etienne, si souvent en particulier le 23 août 1994 et le 2 juillet 2009, sans oublier la petite ville du Chambon Feugerolles avec deux grosses inondations du Cotatay dont la dernière en 2007. Je vous renvoie à mes nombreuses publications sur cette région.

Même si la situation orageuse de cette semaine n’a heureusement pas connu les excès de ses devancières, elle est particulièrement représentative de la répartition géographique des risques orageux en France.

Dans mon livre de 2003, « le ciel tomberait-il sur nos têtes ? », j’avais déjà mis en évidence ces deux axes. Dans celui de 2007 avec Jean Paul Bourgier, «  Conditions climatiques et compétitions cyclistes », nous signalons que les difficultés rencontrées pour cause d’orages par le Tour de France dans son histoire, se situent aussi le long de ces deux diagonales du pays.

La convergence de la trajectoire des orages sud-ouest nord-est avec des axes géographiques de même orientation , qu’il s’agisse d’une côte comme le long de la Manche, ou de zones montagneuses de même orientation, contribue  à augmenter la convection, l’instabilité de l’atmosphère qui exacerbe les orages.

Dans le cas des côtes de la Manche, cette semaine, le phénomène est patent. Il y a d’abord la rencontre de deux flux atmosphériques très contrastés avec la remontée de la perturbation de sud-ouest en provenance de la Péninsule ibérique  et de la descente arctique froide qui arrive des hautes latitudes par les mers de Norvège et du Nord. Il s’ajoute le contact le long de la côte entre une surface maritime encore très fraîche en cette saison avec des températures des eaux de surface vers 15° et un continent surchauffé par les quelques jours anticycloniques précédents. Ce mardi, il faisait 29° à Paris. La concordance de ce contraste géographique de même direction que l’affrontement des masses d’air stimule les phénomènes orageux, surtout à la fin du printemps où la différence thermique entre le continent vite réchauffé et l’inertie de la Manche encore fraîche stimule le mécanisme.

On retrouve avec les axes du relief, le même cumul de conditions géographiques et météorologiques de mêmes directions dans les moyennes montagnes de l’est de la France. Le mercredi, l’air froid a repoussé  vers le sud celui en provenance de la Péninsule ibérique.  Cette fois les orages ont été moins intenses le long de cet axe  mercredi que la veille le long de la Manche, car ce contraste s’est atténué progressivement. Il ne reste que 6° d’écart entre Paris et Genève à midi (18 et 24°) alors que la veille il dépassait 14° entre la Manche et le continent (15 à 29°). En été quand de l’autre côté de la crête de l’est du massif central, stagne l’air réchauffé de la Méditerranée, la stimulation des masses orageuses est à son comble dans le Velay et le Forez.

Cette semaine les calamités provoquées par les orages ont été assez modérées, quelques inondations localisées en milieu urbain en particulier à Dieppe, une montée assez modeste du Furan en aval de Saint Etienne. Les précipitations ont été assez importantes pour être remarquées et apporter une ressource en eau salutaire avant l’été, mais assez raisonnables pour limiter leurs impacts. Toutefois cet épisode est particulièrement conforme à la répartition géographique la plus courante des orages en France et des régions qui subissent particulièrement ce risque.

Gérard Staron vous donne rendez vous la semaine prochaine sur les ondes de radio espérance, le texte de cette chronique étant repris sur mon blog gesta.over-blog.com.

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