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22 mai 2010 6 22 /05 /mai /2010 19:21

 

          Le mauvais temps tenace s’est déplacé chez les autres. Chez nous il s’est contenté de pourrir le seul pont de mai pour l’Ascension, ailleurs les conséquences sont parfois plus graves, mais elles ont été occultés par les médias français.

          Dans le domaine sportif, la pluie diluvienne a profondément affecté le Tour d’Italie dans la partie centrale du pays. Après avoir connu un temps venteux et des bordures aux Pays bas, le Giro est noyé sous la pluie après avoir rejoint le sol national. Quatre étapes ont été copieusement arrosées sous des températures sans rapport avec le climat Toscan ou Romain de mai.

           Pendant, l’étape de Toscane arrivant à Montalcino, le 15 mai, la pluie a augmenté son impact   sur la course en l’association à un parcours présentant des chemins en terre. Tous les observateurs ont signalé une étape dantesque.

Le lendemain, 16 mai, le premier rendez-vous en montagne est escamoté sous un ciel flamand associant brouillard et pluie.

           Le 17 mai, entre Latium et Campanie, de nouvelles pluies diluviennes cassent le peloton en de multiples groupes

           Enfin le 19 mai en direction de l’Aquila, la pluie et le froid provoquent un tremblement de terre sur le classement général après le véritable dévastateur de l’an dernier.

          La pluie sur le Tour d’Italie est habituelle. Nous avions signalé moult sprints arrosés dans « Conditions climatiques et compétitions cyclistes », notre ouvrage de 2007 avec Jean-Paul Bourgier. Le Giro avait été copieusement rincé en 2008, illustré d’un article dans la revue « Coups de pédales ». Je signalais dans la précédente chronique que certaines régions du littoral méditerranéen de la botte connaissent leur maximum pluviométrique en mai. Cette année on est passé à un déluge. Les ennuis climatiques ne sont peut-être pas terminés car il reste beaucoup d’occasions de pluies et la neige des Alpes, un obstacle habituel pour la dernière semaine de l’épreuve cycliste italienne !

Au même moment, dans le sud de la Pologne, les débordements de la Vistule provoquent 6 morts ( 9 en dernière minute) et des dégâts importants dans les régions de Silésie, Basses Carpathes, Opole , Ste Croix et Cracovie.

         La Capitale du sud de la Pologne est particulièrement affectée, mais aussi les petites villes de Sandomiez, Bielsko-Biala, et même l’ancien camp de concentration d’Auchwitz. On ne compte pas les digues qui ont cédé et les évacuations corrélatives des populations. L’événement semble d’importance, même si les médias français n’en ont soufflé mot. Mardi soir, à Cracovie, le niveau de la Vistule était monté de plus de 8 mètres, plus de 80 cm au dessus de la dernière grande crue de 1997, qui avait beaucoup plus touché le fleuve voisin l’Oder. Le débit maximum atteint 6000 m3s (voir article sur le blog).

 

Pourquoi votre climatologue a-t-il relié deux événements si différents, par leur nature, mais aussi par leur éloignement géographique ?

 

          La situation atmosphérique assure le lien entre les deux avec une répétition décalée vers l’est des intempéries qui nous ont concerné depuis le début du mois de mai.

        Je vous expliquais les dernières semaines que des descentes arctiques sur le proche atlantique arrivaient au niveau de l’Espagne avec les cendres volcaniques islandaises. Cet air froid provoquait une réaction de la Méditerranée, il se chargeait en humidité, remontait ensuite vers le nord pour atteindre la France. Rentrant à nouveau en contact avec le froid en atteignant l’est du Massif central et les Pyrénées, ceci a provoqué pluie, neige en altitude, ciel couvert et températures très basses. Ceux qui ont subi le week-end de l’Ascension, surtout en Haute Loire ont pu apprécier ce temps pourri.

Ital pol déluge2

Depuis vendredi 14 mai, ce mécanisme a été décalé vers l’est. La nouvelle descente froide s’est effectuée selon une trajectoire du Groenland  au golfe de Gènes en traversant la France. Arrivant sur la mer Tyrrhénienne le samedi, elle se charge en humidité et dépose un premier paquet sur l’Italie centrale entre la Toscane et le latium. Sur les crêtes de l’Apennin les précipitations dépassent 100 mm. Ce jour là, le Giro a reçu la chute lorsqu’il roulait sur des chemins en terre gorgés d’eau pour une première étape dantesque.

Tant que l’air froid arrive sur le golfe de Gènes, il se recharge en humidité qui se dépose ensuite sur les mêmes régions. La persistance de la situation atmosphérique provoque le prolongement des pluies jusqu’au comblement de la dépression. C’est ainsi que les pluies se poursuivent sur la Course avec leur lot de chute et de rebondissement, le lendemain vers le Terminillo, le surlendemain vers Cava de Tirreni et enfin mercredi 19 vers l’Aquila. La course n’a connu qu’un seul répit lorsqu’elle est sortie de la zone de la perturbation vers le sud, sur le versant Adriatique en direction de Bitonto dans les Pouilles.

 

Comment les masses pluvieuses ont-elles atteint le sud de la Pologne ?

 

      Comme depuis le début du mois pour notre pays, les masses pluvieuses remontent selon une trajectoire de sud-ouest.. A partir de l’Italie, les pluies ont suivi une même trajectoire de sud-ouest décalée d’un millier de kilomètres vers l’est.

        Les masses pluvieuses se rechargent à nouveau en humidité sur le nord de la mer Adriatique. Jusqu’au 16 mai, elles abordent ensuite les côtes de la Croatie et progressent dans l’ouest de la plaine Hongroise et atteignent ensuite le versant méridional des Carpates  slovaques. Des pluies s’égarent d’un côté sur le Pinde et de l’autre avec de la neige sur les Alpes où l’enneigement atteint un second maximum à la mi mai avec 3,11 m à Santis.

A partir du 18, les fortes pluies suivent toujours le même axe de pénétration. Elles atteignent, les chaînes des Tatras et des Beskides et y déposent des quantités supérieures à 100 mm, jusqu’à 300 mm en 4 jours sur les sommets avec 50 cm de neige fraîche.  Les précipitations sont alors réactivées à ce niveau car elles rencontrent à nouveau l’air très froid qui descend  des régions arctiques. Elles n’iront pas plus loin vers le nord, les totaux s’effondrent en direction de la Plaine d’Allemagne du nord en raison de ce blocage mais aussi dans la descente des massifs montagneux du sud du Pays. Varsovie est peu arrosé.

         A partir du 19, les pluies sont déviées en direction de l’Allemagne selon un axe qui s’étire de la plaine du Rhin à la région de Berlin.

       Ce mauvais temps dans l’Europe centrale de L’Italie à la Pologne est la répétition décalée vers l’est de celui que nous avons connu du début du mois au week-end de l’Ascension. On retrouve le même mécanisme, la descente froide en provenance des régions arctiques qui atteint une mer chaude la Méditerranée. La réaction de cette dernière s’effectue par une très forte recharge en humidité qui se déverse en remontant vers le nord, une première fois sur le littoral le plus près, cette fois l’Italie centrale, et une deuxième fois quand sa progression est bloquée par l’air froid que la pluie rencontre à nouveau en remontant, ici sur les montagnes du sud de la Pologne.

         L’anticyclone des Açores qui a poussé dans notre direction à la fin du pont de l’Ascension a tout décalé vers l’est et a renvoyé vers les voisins les calamités climatiques que le ciel nous réservait depuis le début du mois !

Les pluies de Pologne semblent de même importance quantitative que celles qui ont précédé chez nous, 140 mm à Cracovie. Deux différences expliquent qu’elles aient provoqué des inondations en Pologne et rien en France. Elles sont tombées en 96 heures alors qu’elles se sont étalées sur 15 jours chez nous. L’humidité du sol était différente, elles surviennent en France après un hiver et surtout un mois d’avril très sec ce qui a provoqué un arrosage salutaire pour les cultures et la ressource en eau alors qu’en Pologne elles arrivent à la fin du dégel de l’hiver en pays continental, sur un sol saturé.

 

Gérard Staron vous donne rendez vous la semaine prochaine sur les ondes de radio espérance, le texte étant repris sur mon blog: gesta.over-blog .com

 

Bonne semaine

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Climat de la Loire: Effet de couloir p 194

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