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6 février 2010 6 06 /02 /février /2010 16:58


Chronique N°764


L’Allier mieux que la Loire en 2009 !


     Alors que l’hiver continue à s’écouler sans grandes nouveautés à l’exception des très basses températures sur le Massif central du 1er février avec -15° autant à Montregard qu’au Puy en Velay, le ciel dégagé permettant un très fort rayonnement nocturne , nous allons nous attacher à un sujet plus futile.

En 2009 L’Allier aurait mérité d’être le fleuve et la Loire l’affluent, quand on considère les débits écoulés. Désolé de ressortir une vieille querelle, lors d’une année où ces deux cours d’eaux n’ont pas brillé pour leur abondance.

Sur la partie amont de leurs cours on constate que le module, le débit moyen annuel est équivalent à Bas en Basset sur la Loire et à Vieille Brioude sur l’Allier avec 25 m3s. Il convient de signaler que la superficie du bassin est un tiers supérieur sur le fleuve à Bas en basset avec 3234 Km2 par rapport à l’entrée de l’affluent dans les Limagnes avec 2269 km2. La comparaison avec la moyenne sur des séries semblables puisque les deux stations ont commencé leurs mesures respectivement en 1918 et 1919 est tout aussi instructive, puisque le débit de 2009 est inférieur d’un tiers à celui d’une année moyenne sur la Loire alors que l’écart est inférieur à 15 % sur l’Allier à Vieille Brioude.

L’écart entre la Loire et l’Allier s’accentue vers l’aval. Les superficies de bassin versant sont très proche à Digoin sur le fleuve et St Yorre sur l’affluent, respectivement 9315 et 8940 km2. Les années de mise en service des stations, 1954 et 1955, facilitent la comparaison de séries de durées très proches. L’Allier, à ce niveau de son cours, a roulé 74 m3s de module annuel ce qui représente plus des ¾ d’une année normale, alors que le fleuve atteint à peine 60 m3s soit à peine les 2/3 du module interannuel.

La situation de s’arrange guère après la confluence des deux principaux tronçons du cours supérieur puisqu’à Gien, le débit moyen annuel a été calculé à 239 m3s quand  le module depuis 1936 se monte à 331 m3s. Il manque près de 30% par rapport à une situation normale.

De plus au début de 2010, les deux barrages chargés de soutenir les étiages sont loin d’avoir reconstitués pleinement leurs réserves. Villerest sur la Loire contenait au début janvier 115 Mm3 ( millions de mètres cubes) sur 130 possibles et Naussac sur l’Allier possédait 100 Mm3 sur un maximum  de 190 Mm3.

Après une année 2008 à la pluviométrie abondante, 2009 a fait l’objet d’une dégradation constante au cours de l’année. Si quantitativement les débits de décembre montrent une légère intumescence par rapport à novembre en valeur absolue, par rapport à la situation d’un mois qui présente habituellement une forte abondance, après la reconstitution de l’automne, la déficience est patente. En amont, décembre 2009 n’a écoulé que le quart d’une année normale, 23% sur la Loire à Bas en basset, 26% sur l’Allier à Vieille Brioude. En aval l’indigence parait un peu moins criarde, décembre 2009 représente 33% de l’écoulement habituel du mois sur la Loire à Digoin et 37% pour l’Allier à Saint-Yorre.

Il convient de dire que tout au long de l’année, depuis l’hiver, l’évolution des débits n’a été qu’une longue descente aux enfers. Le dernier mois qui a présenté partout des débits supérieurs à la moyenne est février 2009, le seul à avoir présenté partout des précipitations largement excédentaires.

 Après les débits ont chu. Sur le fleuve, ils sont inférieurs à la moitié d’une année normale dès les mois de mai et de juin. La situation de l’automne est encore plus catastrophique en amont à Bas en Basset qu’en aval à Digoin. En septembre, les débits repassent en dessous de la moitié d’une année normale et à partir d’octobre en dessous du quart.  

L’évolution des nappes phréatiques des hauts bassins n’est qu’une descente aux enfers à partir de mois de février. La chute la plus spectaculaire est celle de l’aquifère des plateaux volcaniques. A Chaspuzac, la baisse atteint deux mètres pour approcher les niveaux les plus bas connus en 2003. Même si les nappes du haut bassin à Cayres et celle du trias dans la forêt de Tronçais ont moins baissé, la tendance est identique.

Deux éléments ont manqué dans la pluviométrie de 2009 pour expliquer cette situation.

Les mois de mai et de juin n’ont pas tenu leur rang de maximum pluviométrique annuel. Les temps perturbés de sud-ouest à tendance océanique ou orageuse qui apportent de grosses précipitations à la fin du printemps ont été défaillants. 

L’automne a été indemne de gros épisodes pluvieux cévenols qui débordent aux delà de la ligne de crête sur la Loire et l’Allier. Le plus important a apporté 60,5 mm aux Estables le 21 octobre, un total dérisoire par rapport aux plus importants de la catégorie. Ceux qui sont souvent inondés par ce type de précipitations brutales le long des cours d’eaux comme le 2 novembre 2008, ne s’en sont pas plaints, mais cette absence se retrouve dans les statistiques des précipitations et des débits des cours d’eaux.

Alors qu’est-ce qui explique qu’en cette année 2009, le fleuve, la Loire, aurait dû être l’affluent, alors que l’Allier aurait pu être promu au grade supérieur !

L’analyse des débits montre, à Vieille Brioude comme à Saint-Yorre, une pointe que l’on retrouve très atténuée sur la Loire pendant le mois d’avril. Les débits sont sur l’Allier supérieurs aux moyennes pendant ce mois alors que ce n’est pas le cas sur le fleuve. Sur les hauteurs des monts volcaniques auvergnats qui alimentent à l’ouest l’Allier, la fonte tardive des très grosses couches de neiges tombées pendant un hiver exceptionnel, s’est couplée avec des précipitations océaniques plus importantes. Le haut bassin de la Loire présente des montagnes aux altitudes plus faibles qui ont rendu l’eau de leur neige plus tôt. Le Mézenc à 1754 m ou le haut Forez à 1610 m n’atteignent pas les 1800 m du Cantal comme du Sancy. A l’exception de quelques sommets, le manteau blanc avait disparu dès la mi-mars sur le bassin de la Loire et a pu jouer quelques prolongations sur l’affluent.

L’Allier a aussi bien mieux supporté l’étiage traditionnel de l’été que la Loire supérieure. Les débits de juillet et août, sans être très élevés, sont beaucoup moins éloignés de la situation normale que sur la Loire. Ce dernier été, les trajectoires des orages de sud-ouest ont été décalées vers le nord sous la poussée des anticyclones méditerranéen dont je vous ai si souvent parlé. Les trajectoires qui suivent  les hauteurs de l’est du Massif central, comme celles qui longent la Loire Vellave ont été délaissées, à l’exception de l’orage du 2 juillet à Saint Etienne. Au contraire celles plus septentrionales qui traversent les Limagnes et continuent jusqu’au Roannais, ou qui cheminent au travers du Bourbonnais ont été plus nombreuses. Même l’orage du 24 août sur les Monts du Forez a déposé plus d’eau du côté Allier auvergnat que du côté Loire forézien, en dépit de la médiatisation au niveau de la valeur mesurée à Chalmazel avec 153 mm. La précipitation brutale a nettement débordé sur le Livradois et le bassin d’Ambert et la crue de la Dore a été au moins aussi importante que celle du Lignon du Forez, même si le paroxysme de la précipitation a été mesuré du côté forézien.

Après l’année 2009, le château d’eau du centre de la France a singulièrement besoin d’être  regonflé, il n’est pas sûr que le mois de janvier 2010 y soit encore parvenu et il conviendrait que quelques mois bien arrosés apportent une nouvelle ressource. Cette année sèche aura été décoiffante pour le fleuve qui aurait pu perdre son titre au profit de l’Allier si l’on s’en tient aux débits écoulés.

Désolé d’avoir ravivé les vieilles querelles !


Gérard Staron vous retrouvera la semaine prochaine sur les ondes de Radio Espérance. Vous pourrez aussi découvrir le texte de cette chronique sur ce blog : http:// gesta.over-blog ;com.


Bonne semaine.

 

 

 

 

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commentaires

Pierre G 15/02/2010 18:12


Bonjour,
merci pour cet article très instructif!
bonne soirée


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