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31 janvier 2010 7 31 /01 /janvier /2010 12:48

Chronique n°763


La nouvelle vague de froid commencée le 25 janvier constitue le sujet incontournable.

 


        Elle connaît deux phases successives représentatives des deux formes de la saison.

L’air froid continental lié à l’anticyclone Sibérien s’était replié depuis le 15 janvier. Son  recul limité lui avait fait passer le Rhin. Notre voisin allemand n’a pas connu le dégel. Le thermomètre a midi n’est quasiment jamais sorti du grand froid, soit -10°, à Berlin. Nos cousins germains ont gardé leur manteau blanc. En début de semaine, sa limite suivait la plaine du Bade, l’ancien tracé de la Ligne Maginot, la frontière orientale du Benelux, en dehors des reliefs montagneux naturellement.

Depuis lundi 25 janvier, l’anticyclone sibérien a progressé suivant la ligne des mers : la Baltique, celle du Nord et la Manche. Ainsi, un flux de nord-est a pu s’écouler sur son flanc sud en suivant la ligne des plaines, de l’Allemagne du nord au bassin Parisien. Le 25 les gelées reprennent en Lorraine, avec quelques avancées dans le val de Loire, orléanais et nantais. Le 26, le gel approche des côtes dans toute la moitié nord de la France. Au sud il ne s’étend pas au-delà du Massif central. Le 27, Il se renforce au nord avec -9,4 à Charleville et -15° à Bâle. Il arrive dans le sud-ouest Aquitain et dans la vallée du Rhône, et franchit les Pyrénées jusqu’au bassin de l’Ebre. Le 28, tout  le pays gèle le matin à l’exception des côtes. En Espagne le froid progresse jusqu’à La Meseta.

L’évolution des températures maximales négatives est aussi significative en commençant par les plaines. A partir de l’Allemagne, les journées sans dégel amorcent le franchissement des Ardennes et la traversée du Rhin le 25.

Après la percée des Ardennes le 26, les jours de glace, autre nom des jours sans températures positives, occupent le bassin Parisien jusqu’à la capitale. Plus à l’est ils progressent sur l’Alsace lorraine jusqu’au Plateau de Langres et au Jura.

Le 27 une grande poche connaît le gel diurne continu. A partir de l’Alsace Lorraine, la langue froide s’étend jusqu’au Limousin, au centre du Massif central, à la région Lyonnaise et aux Alpes du nord.

Comme pour la précédente attaque hivernale, il s’agit d’un air froid, lourd, dense anticyclonique, qui s’écoule dans les basses couches de l’Atmosphère. Il ne se soucie guère d’être surmonté d’un air totalement différent avec une dépression en altitude sur l’Europe centrale. C’est pour cette raison qu’il choisit la route des plaines où son glissement jusqu’à nous n’est pas perturbé par de grands reliefs. Son arrivée s’accompagne de l’apparition simultanée d’une inversion de température sur les radiosondages. En Suisse à Payerne, le 27, il fait environ -11° à 1300 mètres d’altitude, mais près de 1900 mètres, les températures sont presque positives. La veille l’air continental n’était pas arrivé, l’inversion de température n’existait pas.

Cet air, arrivé en début de semaine, est particulièrement sec. D’abord en raison de son origine continentale, mais aussi car il est très froid. Plus un air est froid, moins il peut contenir d’humidité sans se condenser. Vous avez peut être eu une impression inverse en raison d’une très forte nébulosité. Cette apparente contradiction s’explique par deux éléments. La teneur en vapeur d’eau de cet air est très faible, mais à cause de la température basse, cette dernière se condense très vite dès qu’elle arrive sur des régions qui contiennent un peu plus d’humidité. Ceci explique tous ces brouillards et ces nuages bas.

Par contre, vous avez pu constater que cet air est incapable de donner une précipitation. Habituellement quand il arrive, il dépose un peu de neige, puis quand il occupe le terrain les chutes cessent. Il y a bien eu quelques flocons, dans la journée de lundi, tellement peu nombreux  à Saint Etienne, qu’ils ont été incapables de blanchir le sol en dehors de quelques surfaces lisses. L’air qui arrivait était tellement sec qu’il a empêché toute précipitation.

Depuis mercredi, nous sommes passés dans la seconde phase de la poussée hivernale. En liaison avec une dépression sur la Scandinavie, un temps perturbé de nord arrive en ligne directe de l’océan arctique après avoir traversé les mers de Norvège et du Nord. Pour nous atteindre, il crée une énorme brèche dans la masse anticyclonique qu’il traverse de part en part et la coupe en deux avec d’un côté des hautes pressions atlantiques et de l’autre l’anticyclone sibérien replié sur ses bases.

En raison de sa température d’origine, il ne possède au départ, guère plus de vapeur d’eau. Son passage sur des masses maritimes contribue à atténuer sa rigueur thermique, mais aussi à le charger un peu en humidité.

C’est ainsi que son arrivée s’accompagne d’une légère remontée des températures. Les gelées nocturnes  sont encore générales sur le pays avec une sévérité moindre. A Charleville où il faisait -9,4° mardi, le thermomètre remonte à -1,4°. De même le zéro fatidique est franchi sur le bassin Parisien dans la journée.

Le froid vif vient se réfugier dans les montagnes de l’est : Jura avec -14° à Bâle, Vosges et plateau de Langres, Massif central avec -9,8° au Puy en Velay.  C’est visible pour les températures minimales que je viens de citer mais aussi pour les maximales négatives qui occupent ce mercredi les mêmes régions. Quand le froid s’est installé, les reliefs constituent souvent de belles citadelles pour favoriser mon maintien. Comme pour la précédente vague hivernale, le froid arrive par les plaines et résiste sur les reliefs !

Le nouvel air contient plus d’humidité que celui continental qui précède. Il amène d’abord le verglas quand la pluie tombe sur un sol gelé, puis dès que l’altitude s’élève un peu, il dépose de la neige dans les régions de l’est de la France. Ses possibilités sont pourtant faibles en ce domaine. Il commence à neigeoter dès la mi-journée à Saint Etienne, pourtant les quantités déposées ne sont capables de blanchir sérieusement le sol qu’à la tombée de la nuit. Les temps de nord sont rarement capables en plein hiver de déposer de grosses épaisseurs car il leur manque la matière première : l’humidité. Souvent, il compensent cette faiblesse en continuant longtemps et c’est pas fini samedi. Il en est tout autrement quand ces temps sont émoustillés par l’air chaud ambiant en Novembre ou en avril aux limites de la saison froide avec les célèbres giboulées.

Comme je vous le précisais la semaine dernière, nous sommes effectivement situés dans une période globalement de redoux entre le maximum long de froid et de neige de la première quinzaine de janvier et celui plus bref de la mi février. Comme je l’air montré dans ma thèse « l’hiver dans le Massif central », cette période de redoux est complexe et n’est pas indemne de récidive. Les probabilités montrent une série de va et vient, du froid comme de la neige qui ne sont pas toujours situés à la même date, le froid précédant toujours un peu la neige comme cette fois d’ailleurs. Ces deux aspects de l’hiver sont rarement en concomitance car le froid interdit la recharge de l’air en humidité nécessaire pour provoquer les fortes chutes de neige. Ces deux aspects se suivent plus qu’ils coïncident. Ce redoux de la deuxième quinzaine de janvier et du début de février est aussi complexe au niveau géographique, visible dans les zones basses, il disparaît en altitude. Il concerne beaucoup moins le nord du Massif central que le sud avec une pointe secondaire de probabilité de neige sur le Limousin et les Combrailles au changement de mois.

Les rapports entre la neige et le froid sont souvent aussi complexes que ceux des hommes !


Gérard Staron vous donne rendez vous samedi prochain pour une nouvelle chronique de climatologie, le texte étant repris sur mon blog :  http:// gesta.over-blog. com


Bonne semaine à tous

 

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