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16 janvier 2010 6 16 /01 /janvier /2010 21:40


Chronique climatologie n°761

 

    Les neiges de redoux ont plus d’un tour dans leur sac. La région stéphanoise en est un excellent exemple avec les cas du week-end dernier et celui de mercredi !

Lors du week-end du 8 au 10 janvier, Tous les regards étaient tournés vers la région méditerranéenne. Marseille attendait la neige et ne l’a pas eu. La basse vallée du Rhône a été recouverte. Surtout la région stéphanoise et ses reliefs voisins, du Pilat au Mézenc, ont reçu de grosses épaisseurs. La carte des enneigements de l’Europe montre qu’à partir des Alpes, cette zone présente une excroissance de fortes hauteurs du manteau blanc en dehors des hautes montagnes dans une France presque entièrement enneigée à l’exception de petits secteurs isolés et des zones côtières de l’Atlantique, de la Méditerranée et partiellement de la Manche. Sur Saint Etienne, l’épaisseur atteinte dimanche matin semble au minimum correspondre à la 4ème performance neigeuse de la ville depuis la seconde guerre Mondiale, avec 38 cm, après les 54 cm de Janvier 1971, les 42cm de décembre 1990 et les 41 cm de novembre 1982. Lors de ces 3 dernières chutes, l’épaisseur avait été homogène, ce qui n’a pas été le cas cette fois avec des congères de 50 cm et peut être plus, ce qui pose un problème de mesure et provoquera des contestations probables d’esprits réchauffés ! De même, cette fois la densité du manteau est bien plus faible, la neige lourde n’a causé des dégâts qu’en basse vallée du Rhône, avec quelques milliers d’abonnés sans électricité, contre des centaines de milliers lors des cas anciens déjà cités. La paralysie totale des autoroutes a été évitée même si elle était proche vendredi après-midi !

Mercredi, la neige a été annoncée à grands renforts de trompes sur l’agglomération stéphanoise sur le journal local. Elle n’est pas tombée dans les dépressions du haut bassin de la Loire, même si une grande partie de la France a été affectée par des phénomènes glissants, neige et verglas, surtout de la Normandie aux Pyrénées centrales. Certains ont dû expliquer dans le même journal pourquoi ils se sont trompés. D’autres qui ont utilisé volontairement des formules floues n’ont pas eu à le faire car il faut toujours se méfier des redoux en hiver après une période de grand froid. Ils réservent toujours des surprises, même aux météorologistes les plus avisés.

Ces deux épisodes correspondent à des redoux, le premier a échoué pendant le week-end, le second a réussi au-delà des espérances mercredi.

Du vendredi 8 au dimanche 10 janvier, La Méditerranée tente une réaction pour essayer de chasser l’air froid, d’une façon classique, avec la formation d’une dépression où l’air froid se charge d’humidité sur la mer chaude. Les basses pressions et les masses pluvieuses associées remontent de la mer d’Alboran, le long des cotes Ibériques, et elles vont affronter l’air froid dans le sud de la France.

Dans une première phase, elles pénètrent selon la trajectoire classique d’une averse cévenole d’automne. Le long des côtes, elles déversent de la pluie, mais au contact de l’air très froid localisé sur l’Europe, les conditions changent. Dès la basse vallée du Rhône, le passage à la neige déverse de très grosses épaisseurs lourdes qui perturbent les communications et l’alimentation électrique avec quelques milliers d’abonnés sans électricité. Les masses pluvieuses méditerranéennes sont tenaces, elles remontent vers le nord atteignent le Pilat et la région stéphanoise avec une première chute de 10 heures à 19 heures le vendredi qui porte le manteau neigeux de 9 cm le matin à environ 24 cm.

L’air froid n’a pas cédé en dépit de cette attaque frontale, donc l’air méditerranéen tente une seconde offensive de flanc qui n’a pas plus de succès. La dépression s’installe dans le golfe de Gènes et les masses neigeuses effectuent un long tourbillon sur L’Italie, les Alpes et reviennent sur la région Rhône Alpes par le nord-est. Elles butent sur les reliefs de l’est du Massif central, surtout l’entonnoir compris entre les Monts du Forez et du Pilat. Les chutes reprennent sur Saint-Etienne, dès 4 heures le samedi, pour continuer jusqu’en fin de matinée de Dimanche. L’intensité est plus faible mais, heure après heure, le manteau grossit et le vent du nord se charge de mettre en place les congères. A la fin l’air doux est obligé de rendre les armes. Le froid se réinstalle, avec autant de vigueur qu’avant, lundi et mardi, et la dépression continue sa route vers l’est en perdant de sa force.

Après 4 tentatives ratées, le 5ème redoux de mercredi était annoncé gagnant, ce qui s’est produit, mais auparavant il devait provoquer beaucoup de désagréments, neige, verglas. Pourquoi ne se sont-ils pas produits sur la région stéphanoise et globalement sur les départements du nord-est du Massif central ?

Ce mercredi, l’attaque provient de l’Atlantique avec d’abord le passage d’une perturbation qui donne de la neige et des pluies verglaçantes en rentrant dans l’air froid, puis ensuite une remontée sensible des températures, qui en franchissant le zéro fatidique, permettent le dégel. La moitié nord de la France, au relief faible, a connu successivement les deux phases de difficulté puis d’amélioration du temps.  Plus au sud, ce double mécanisme doit franchir le Massif central. Ceci s’est passé de façon surprenante. On aurait pu penser que ce relief, fortement enneigé, aurait constitué un bastion pour l’air froid et accentué les difficultés neigeuses.

Cette montagne centrale de la France a permis effectivement une résistance de l’air froid, mais pas celle qu’il était logique d’attendre.

Le Massif central a stoppé presque totalement les précipitations neigeuses sur son versant occidental. Il tombe environ 15 mm du Limousin à l’Aveyron en passant par le Cantal. Le plateau de Millevaches, les hauteurs volcaniques du Sancy, du Cantal, de l’Aubrac, Le Lévezou jusqu’au Mont Aigoual, ont accumulé et arrêté la neige. Au-delà dans les bassins de la Loire et de l’Allier, les totaux déposés sont dérisoires, 0,6 mm au Puy, 0,5 mm  pour mon pluviomètre stéphanois, 2 mm à Clermont Ferrand. Pour retrouver des quantités plus fortes, il faut sortir de cette zone à l’abri : 7 mm à Vichy et à Macon, 8 mm sur les Alpes et la vallée du Rhône.

Par contre, si les hauteurs auvergnates ont gardé la neige pour elles et stoppé sa progression, le Massif central n’a pas pu empêcher la hausse des températures. Pendant quelques heures, le gel a tenté de résister sur les hautes terres centrales, les températures minimales de la nuit de mardi à mercredi restent négatives, mais, dans la matinée de mercredi, une manœuvre d’encerclement par le nord de l’air doux oblige le dernier bastion à rendre son froid. A 9 h 48, seuls Aubenas et le Mont Aigoual gardaient un thermomètre négatif, la langue douce avait suivi en les remontant les cours de la Loire et de l’Allier pour réussir cet encerclement  avec une température comprise entre 4 et 6° de la douceur angevine à Clermont et Saint Etienne.

Les hauts bassins de l’Allier et de la Loire ont donc été protégés par leur position à l’intérieur du Massif central de la première phase très désagréable du redoux, mais n’ont pas été privés de la seconde, beaucoup plus sympathique. Cette situation parait en grande partie illogique par rapport aux lois traditionnelles de la Météorologie, c’est ce qui explique l’échec des prévisions de ce mercredi pour ceux qui les ont appliquées sans se douter qu’un redoux s’accompagne souvent de faits surprenants qui peuvent désorienter. La météorologie ressemble souvent à l’art militaire et les manœuvres les plus hardies sont parfois couronnées de succès ! L’air froid « s’est replié sur des positions stratégiques prévues à l’avance » selon une formule concernant l’armée française du début de la seconde guerre mondiale.

 

Gérard Staron, vous donne rendez vous samedi prochain sur les ondes de Radio Espérance, le texte étant repris comme d’habitude  sur zoom42.fr et mon blog : gesta.over-blog.com

Bonne semaine.

 

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