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9 janvier 2010 6 09 /01 /janvier /2010 17:17

Chronique N°760


L’hiver en cours constitue le sujet incontournable de la semaine.

 


Plusieurs points paraissent intéressants à aborder.

Nous avons subi deux vagues froides :

---  celle commencée le 12 décembre et s’est terminée peu avant la fête de Noël

--- celle actuelle, aux signes annonciateurs dès le nouvel an, suivie d’un premier renforcement le 3 janvier et d’un second en cours puisque les températures les plus basses sont attendues pour le début de la semaine prochaine.

Ces deux vagues ont commencé de la même façon. A la suite du passage d’une suite de perturbations océanique d’ouest, la dernière change de trajectoire et provient du nord-ouest. L’air froid qu’elle amène sur la grande bleue provoque une réaction de cette mer tiède. Le scénario jusqu’alors classique évolue avec l’installation d’un anticyclone sur la mer du Nord ou l’Atlantique. Sur le flanc de ce dernier, il ne reste plus qu’à l’air arctique scandinave ou sibérien, à l’origine entre -30 et -40°, à glisser selon une trajectoire nord-est sud–ouest qui le conduit des plaines de la Russie à celles de l’Allemagne du nord jusqu’aux Ardennes et au Bassin parisien

Cette trajectoire est traditionnelle des invasions germaniques à toutes époques que ce soit celles des hordes barbares du IVème siècle ou celles des deux grandes guerres. Comme la vague est arrivée le 3 janvier, fête de Sainte Geneviève, j’ai osé annoncer que l’air froid avait suivi la route d’Attila, mais cette fois, il n’a  pas été arrêté à Paris autrefois Lutèce.

C’est ainsi qu’à la mi décembre, comme au début janvier, l’Allemagne a subi des températures très basses, jusqu’à -20° et que ces dernières ont débordé sur la France en commençant par les Ardennes ou la Lorraine et en continuant par la Champagne, par l’agglomération Parisienne, la Sologne .

Par exemple Mercredi 6 janvier, on peut suivre une langue aux températures inférieures à -9°. Avec Nancy, Charleville Mézières, Troyes, Reims, Saint Dizier, Romorantin et enfin Poitiers avec -8,9°. Comme il s’agit d’un air très froid très dense, il glisse dans les basses couches et s’accumule dans les cuvettes. C’est ainsi qu’il fait plus froid à Troyes avec -12°, Reims avec -10°, qu’à Charleville Mézières – 9,7°, j’en connais à qui cette nouvelle va faire plaisir ! C’est ainsi que la cuvette de Romorantin en Sologne avec -10° correspond à un îlot glacial entouré de températures moins rudes !

La particularité de ces vagues froides est  l’arrivée à partir du nord-est par la route des plaines, non par celle des reliefs. Souvent elles suivent celles des moyennes montagnes, massifs hercyniens Allemands, Vosges, Jura, plateau de Langres et Massif central. Cette année ces derniers massifs sont concernés par une seconde avancée à la mi-décembre, comme en ce moment,  leurs frimas est en retard de quelques jours. Il a fallu attendre jeudi pour que les hauteurs du Jura avec -13,8° ou le Puy en Velay avec -12,5° reprennent des températures très basses occupées auparavant par des stations champenoises moins habituées à ce privilège. En décembre, les températures de Montregard, que vous avez pu voir sur mon blog, montrent que le froid s’intensifie au fil des jours et arrive à son paroxysme seulement à la fin de la période froide soit les 19 et 20 décembre.

Ceci s’explique par les particularités de l’air froid continental qui arrive. Très dense, il glisse au sol, il est même supplanté par un air bien plus doux en altitude. Par exemple, A Payerne, le radio sondage montre une inversion de températures vers 2000 mètres. Cette avancée est donc plus facile dans les plaines et une fois qu’il est installé dans ces dernières, il se renforce dans les zones montagneuses où il a l’habitude de se réfugier.

Deuxième aspect intéressant, le déroulement de cet hiver semble tout à fait conforme aux rythmes que j’avais pu mettre en évidence dans ma thèse  « l’hiver dans le Massif central ». En novembre et en décembre, la mise en place du froid ou de la neige est souvent irrégulière. On distingue souvent une poussée entre la mi novembre et la mi décembre avec ensuite un redoux au niveau des fêtes. Ceci correspond aussi à la courbe médiane de l’altitude de base du manteau neigeux sur le versant nord du Pilat, que vous pouvez voir sur mon blog ou le dernier bulletin « Météo fil » de l’association des météorologistes d’entre Rhône et Loire. Cette année a même exagéré les contrastes avec une vague de froid rude à la mi décembre et un redoux presque printanier ensuite.

Dans la première quinzaine de janvier se situe le premier maximum de la saison hivernale autant pour le froid que la neige. C’est pour cette raison qu’arrivé avec les premiers jours de l’année, il y a peu de chance de voir le froid et la neige disparaître avant le 15 janvier. D’ailleurs, le dernier très grand hiver qui avait apporté -23° à Saint Etienne, s’était limité à une vague de froid commencée le 3 janvier et terminée au-delà du 20 janvier en 1985 !

Ce type d’air froid continental sibérien apporte de grands hivers, plus marqués par le froid que par l’épaisseur de neige. Il est sec en raison de son origine et la neige ne se produit qu’en bordure de la masse glaciale, soit quand elle se met en place, soit quand de l’air plus doux tente de la chasser.

Ce dernier cas, de neiges de redoux se produit depuis le début de la semaine. Alternativement, les airs Atlantiques et Méditerranéens attaquent la langue froide. Arrivant avec des températures positives, ils donneraient de la pluie si leur offensive était couronnée de succès. Le passage à la neige traduit leur incapacité à chasser l’air froid, encore plus quand la neige apparaît dès la côte, comme une tentative de débarquement clouée sur les plages.

Ceci s’est produit mercredi et jeudi quand la perturbation océanique arrivant à 3°, s’est transformée en neige dès les côtes de la Bretagne et de la Normandie. Les précipitations se sont vite désintégrées en pénétrant à l’intérieur des terres comme mangées dans l’air froid qu’elles ont à peine repoussé. Jeudi les températures maximales sont devenues positives quelques heures sur les côtes Bretonnes mais dès les hauteurs du Maine le thermomètre est resté sans dégel toute la journée.

Depuis vendredi, l’air doux de la Méditerranée tente une seconde offensive, après la première solidement repoussée du Dimanche de l’Epiphanie. Ses moyens sont plus solides, la « Grande Bleue » a réussi à conserver ses côtes au noir et le blanc ne triomphe sur l’arrière pays niçois qu’au dessus de 400m. Au moment où vous m’entendez, l’offensive est à son paroxysme, l’air doux va tournoyer autour de la dépression du golfe de Gènes, les masses pluvieuses au début, puis neigeuses arriveront sur la France par-dessus les Alpes,  elles risquent de déposer sur le quart sud-est du pays, surtout les Alpes, des quantités blanches substantielles signe de son impuissance à chasser l’air froid.

Il est toujours difficile de repousser un air froid quand il s’est installé aussi solidement au cœur de l’hiver. Son alimentation vers -30 à 40° autant en Russie qu’en Finlande insuffle le froid tant que nous ne seront pas coupés de la route par laquelle il descend vers nous. La faible durée des jours, l’angle d’incidence très faible des rayons du soleil, un sol enneigé qui repousse la chaleur et installe un réfrigérateur, sont autant d’alliés pour l’air sibérien. Les modestes offensives de l’Atlantique comme de la Méditerranée ne font pas, pour l’instant, le poids pour le chasser.

Alors un peu de patience, janvier est parti pour quelques records de ténacité du froid et de la neige ! Un ciel très provoquant dans le contexte climatique actuel !


Gérard Staron vous donne rendez vous samedi prochain sur les ondes de Radio Espérance, le texte étant repris sur zoom42.fr et mon blog : gesta.over-blog.com.


Bonne semaine

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