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26 décembre 2009 6 26 /12 /décembre /2009 23:15

Chronique N°758

 C’est la situation vécue par nombre de nos concitoyens dimanche 20 décembre.

Quand un air plus doux arrive sur la France après une période froide, le changement de situation atmosphérique génère souvent plus de difficultés que la période froide antérieure avec neige, vent, verglas possibles. Après des températures qui sont descendues à -20° dans le jura, à -18° dans les Ardennes, -16° à Bâle et en dessous de -10° sur le Massif central et une grande partie du territoire national dans la matinée de dimanche, de l’air plus doux arrive dans les heures qui suivent et risque de monter les températures à proximité ou au dessus de zéro. Cette transformation ne s’effectue jamais sans problèmes.

En réalité, le redoux a attaqué le pays par les deux extrêmes avec un flux à peine positif en provenance de la Grande Bretagne par le nord et un autre qui remonte du sud et de la Méditerranée au thermomètre plus élevé.

Le redoux  de dimanche dernier a d’abord commencé très provisoirement par le Nord Pas de Calais qui n’est pas habitué à connaître le premier ce genre d’exercice

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Arrive en effet sur le flanc d’un anticyclone Irlandais, une perturbation qui descend de la Grande Bretagne  et de la mer du Nord. Elle provoque d’abord une chute de neige qui aborde le pays par les côtes de la région Nord Pas de Calais. Elle commence à déposer ses flocons alors que les températures sont encore très basses (voir photo de Lille enneigé le 20/12 au  matin, merci à Bertrand). Ce n’est qu’après le passage de la perturbation qu’une remontée spectaculaire des températures suit le passage des fronts neigeux qui ont déposé une quinzaine de centimètres,  des températures qui dépassent le zéro  pour la première fois depuis plusieurs jours.

C’est le début de cette neige qui a provoqué les défaillances ferroviaires sur la liaison  Eurostar par un froid encore très vif. Le changement de température au passage du tunnel provoque des coupes circuit en raison de la neige infiltrée dans les moteurs.

Le TGV semble, depuis sa création un moyen de transport particulièrement sensible aux conditions hivernales. Je me souviens de ce 3 janvier où tous les TGV sud-est avaient été stoppés en Gare de Lyon-Part-Dieu en raison de manchons de glace qui s’étaient installé sur les caténaires au niveau de Donzère. Il s’agissait déjà d’une précipitation de neige ou de pluie en surfusion gelant au contact du sol lors d’un redoux de sud. Seule la nature de la panne était différente, alimentation électrique dans un cas, panne moteur cette fois. Le TGV a souffert plus que d’autres transports des conditions climatiques difficiles, neige comme vent.

La deuxième région affectée a été le quart nord-est de la France quelques heures plus tard. L’air froid est toujours très difficile à chasser quand il peut s’abriter sur des reliefs et rester camouflé dans les dépressions. C’est ainsi que la résistance de l’air froid augmente au fur et à mesure que le redoux progresse vers l’est en arrière de la chute de neige

Le plateau de Langres et les plaines de la Saône  ont été l’application de cette situation. Dès la fin de la matinée, le thermomètre repasse en positif dans le Bassin Parisien en commençant par la Normandie, la région de Lille, l’agglomération parisienne, la Champagne. Dans ces zones la neige se transforme progressivement en pluie.  Mais en fin de journée de dimanche, il fait encore entre -3 et -5° sur le plateau de Langres et à Dijon, à l’est d’une ligne qui suit les premiers reliefs significatifs de la France de l’est. La progression du redoux a été freinée par la résistance de l’air froid qui a mis en place la bataille d’arrêt dans la fin de la journée de dimanche. Cette situation contribue à exacerber les précipitations neigeuses qui déposent des couches substantielles. En raison de ce blocage, les flocons s’accumulent sur les mêmes régions. Sur le plateau de Langres, relief exposé aux perturbations, ce n’est pas une surprise. Par contre dans les plaines de la Saône, au nord de Chalons, région située théoriquement en position d’abri, une quinzaine de centimètres de neige en soirée de dimanche avec une chute intense parait beaucoup plus surprenante.

Un autre élément de blocage a exacerbé ces chutes de neige. En même temps que la perturbation qui descendait du nord, le redoux remontait aussi du sud. Les températures en dessous de -10° sur le Massif central, à -9,6° record de froid de mon poste de Saint-Etienne le matin, deviennent positives dans la journée, mais cette langue d’air doux par flux de sud n’atteint pas les plaines de la Saône. Elle empêche toutefois la neige de la perturbation qui descend du nord de pénétrer plus avant vers le sud. Bloquée vers l’est, comme vers le sud, il ne reste plus aux flocons qu’à tomber sur place avant de rebrousser chemin.

 Il en est résulté une situation très difficile sur les autoroutes bourguignonnes, l’A6, comme l’A31, l’A5 ou L’A36 que les services de déneigement n’arrivent pas à maintenir au noir entre le plateau de Langres et Chalon sur Saône.

Les chutes de neige bloquées par l’air froid à l’est et par le flux de sud s’accumulent donc sur le plateau de Langres et la Bourgogne. C’est ainsi que dimanche soir vers 22 heures les températures étaient de 0° à Lyon non atteint par la chute de neige, -1° à Macon  en limite, mais de -4° à Dijon sous les flocons intenses et encore plus bas à Besançon.

Tranversalement sur le département de la Saône et Loire, il faisait +4° à Saint Yan près de Paray le monial et -1° à Macon. Plus au sud +2° à Saint Etienne et 0° à Lyon.

La bataille entre l’air froid et l’air du redoux n’est pas terminée dans la nuit de dimanche 20 à lundi 21 décembre. L’air froid effectue une nouvelle poussée en arrière de l’air doux qui s’est infiltré dans la journée. Le froid  dans la nuit de Dimanche à Lundi progresse sur un axe des Ardennes où les températures descendent à -12° en direction du Bassin parisien. Dans la nuit de dimanche à lundi, la langue d’air doux se fait stopper à l’avant sur l’est de la France et manger à l’arrière par un air froid continental qui l’enserre des deux côtés .

 Les malheurs liés au redoux continuent le lundi sur la région parisienne et le Nord que ce soit sur les aéroports, dans les gares ou sur les voies routières.

L’air froid descend aussi comme une langue à partir du val de Saône en direction de celui du Rhône. C’est ainsi que la température minimale de lundi matin est positive au Puy en Velay à 830 mètres d’altitude  alors qu’elle est négative à Aubenas ou à Montélimar dans la vallée du Rhône vers 200 à 300 mètres. Une situation particulièrement rare !

La différence de densité mais aussi de pugnacité entre l’air froid qui résiste de façon dynamique et celui plus doux qui tente de progresser explique ces situations aussi surprenantes au niveau météorologique que dangereuses.

L’air froid plus dense se tapit au sol et profite de n’importe quel relief pour s’abriter derrière. Ici il reste au fond de l’axe Rhône-Saône derrière des hauteurs du Massif central, du Beaujolais, du Morvan ou du plateau de Langres. Ces reliefs sont suffisants pour servir d’abri et résister à l’arrière

L’air chaud plus volatile continue au dessus ce qui provoque souvent des effets induits, pluies qui gèle et donne du verglas en arrivant au sol, chutes de neige. Le redoux a continué sa route, mais l’air chaud a été comme souvent renvoyé en altitude et au sol reste le froid. Ce phénomène est courant en cas de redoux. C’est pour cette raison qu’un air froid est toujours difficile à chasser surtout avec un sol enneigé qui sert de réfrigérateur et  l’air doux continue sa route souvent par dessus.


Gérard Staron vous donne rendez vous samedi prochain sur les ondes ou le site  de Radio Espérance, le texte étant repris par zoom42.fr et ce blog.


Joyeux Noël à Tous et par anticipation bonne année 2010.

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