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13 mars 2010 6 13 /03 /mars /2010 13:55

Chronique N° 769

Les neiges méditerranéennes du 7 et du 8 mars : analyse


      L’image de satellite du mardi 9 mars, une fois que le ciel se dégage après la chute, permet une cartographie des régions enneigées. On distingue les reliefs montagneux recouverts depuis les couches antérieures sur les Vosges, le Jura, le Massif central, les Pyrénées, les Alpes du nord avec les digitations des différentes vallées. Il s’ajoute deux ensembles plus originaux.

neige med 9-03
D’abord un triangle s’élargit vers le sud dans la vallée du Rhône avec toute la zone comprise entre les premiers reliefs des Cévennes à l’ouest et ceux des Alpes du sud. Le couvert blanc descend jusqu’à la région Nîmoise  et au Comtat Venaissin, mais n’atteint pas le littoral avec une particularité assez surprenante les régions basses paraissent plus couvertes que les montagnes qui les encadrent. A l’intérieur des Alpes du sud,  on distingue un fond de la vallée de la Durance bien plus enneigé  que les hauteurs qui la ceinturent

Ensuite un immense triangle de part et d’autre de la frontière espagnole s’étend du littoral du golfe du Lion entre Béziers et Tarragone et pénètre à l’intérieur des terres jusqu’à la région de Toulouse et aux collines de Gascogne.  Du côté espagnol, la neige arrive jusqu’à l’amorce du bassin de l’Ebre. Sur le versant français elle vient buter au pied de la montagne Noire qui apparaît comme un îlot découvert.


Cette répartition géographique d’une neige qui s’accumule dans les zones basses et s’arrête contre les premiers reliefs d’importance est originale. En situation normale, l’inverse se produit. Les précipitations commencent par de la pluie le long de la mer puis elles augmentent et passent à la neige en abordant les reliefs.


L’air froid anticyclonique qui a glissé de Sibérie aborde la Méditerranée au niveau du Golfe du Lion le dimanche 7 mars. Il se recharge en humidité, des masses nuageuses gonflent  et la première chute de neige se produit sur la vallée du Rhône du Gard et du Vaucluse jusqu’au  Lyonnais. Quelques miettes atteignent la région stéphanoise par-dessus le Pilat.


Le lendemain, la réaction de la Méditerranée s’amplifie. Une dépression se creuse sur le golfe du Lion. L’air froid qui atteint la Grande bleue au niveau du Levant espagnol est renvoyé après un tourbillon où il s’est rechargé en humidité sur les côtes des Catalognes françaises et espagnoles où la neige tombe dès la côte pour pénétrer en triangle de part et d’autres des Pyrénées.


Cette situation permet d’expliquer les caractéristiques des deux chutes principales.


Le moment du passage à la neige, en arrière de la côte sur la vallée du Rhône à partir de la pointe du delta ou de la Costière pour la première, et dès le littoral pour la seconde sur les Catalogne. L’air qui arrive sur la Méditerranée n’est pas le même. Celui du Dimanche correspond aux prémices de la masse sibérienne qui n’atteint ce jour là que les Pyrénées. La Méditerranée peut encore atténuer les effets thermiques Le lendemain, le cœur de la masse froide envahit l’Espagne, c’est un air encore bien plus glacial qui envahit la Grande Bleue. Cette différence suffit à abaisser le passage à la neige dès la côte. 

Lors des grandes vagues de froid sibériennes, de la neige dès les littoraux est un fait courant, qui s’est produit en février 1956 avec 60 cm sur Saint Raphaël, en 1962-1963 sur Aix en Provence, en janvier 1985 sur la promenade des Anglais à Nice et même l’an dernier sur la Canebière. Dans ces cas, comme lors d’un débarquement rejeté à la mer, l’air froid est  suffisamment fort pour bloquer l’accès au continent des réactions de l’air doux méditerranéen.


Pourquoi cette localisation géographique inverse par rapport au relief ?


 
La situation en altitude montre le glissement d’un air très froid entre -31 et -39° au niveau de la surface des 500 hpa, en suivant les reliefs des Alpes, du Massif central et des Pyrénées. Cette branche descendante glaciale s’installe sur les montagnes et bloque la réaction douce et neigeuse de la Méditerranée  entre les côtes et les axes montagneux occupés par cet air très froid. D’ailleurs les températures restent légèrement positives sur les littoraux de la Grande Bleue. L’importance de la catastrophe neigeuse résulte de l’intensité de la chute provoquée par la très grande recharge en humidité sur la mer chaude et le refroidissement brutal au contact de la masse glaciale en arrière.


Les grandes catastrophes neigeuses sur la Méditerranée sont nombreuses. Leurs effets sont répétitifs avec la rupture des alimentations en électricité et l’interruption des communications.

La neige collante provoque des manchons très lourds sur les câbles qui subissent aussi un effet de vrille. Je ne vous ferai pas calculer le poids d’un manchon de 10 cm de rayon sur un cable de 100 mètres, pour une densité de la neige de 0,17 souvent atteinte dans ces cas. La circulation est figée autant sur les routes que le rail. Les naufragés des autoroutes et des gares sont le lot courant de ce type de calamités.

Je ne vous citerai que quelques exemples caractéristiques sur les régions concernées.

Sur la vallée du Rhône, la liste est tellement longue que je ne mentionnerai que la plus ancienne des catastrophes neigeuses autoroutières du 26 décembre 1970 au 4 janvier 1971, encore la plus longue interruption de circulation sur l’autoroute A7 avec plus de 7000 naufragés de la route et un plan ORSEC pendant 10 jours. Pour le rail, le 3 janvier 1997, les TGV stoppés par de la glace sur les caténaires connaissent pour la première fois les affres des conditions climatiques.


Dans le Languedoc et le Roussillon, deux cas antérieurs ont eu des impacts bien supérieurs à celui de cette année. Les 11 et 12 janvier 1982, avec 55cm à Carcassonne, provoquent plus de 200000 abonnés sans électricité. Les 30 et 31 janvier 1986, avec plus de 80 cm autant à Perpignan qu’à Carcassonne, 330000 abonnés sont restés sans électricité de nombreuses journées avec des autoroutes fermées.


La seule originalité réside dans la situation en mars de ce nouvel épisode neigeux méditerranéen. Le dernier d’importance sur l’autoroute A8 en Provence date du 27 février 2001, mais ce n’est pas mars.


Pendant cette saison, on ne peut que constater le caractère de plus en plus exceptionnel des vagues de froids qui caractérisent notre hiver. Ces dernières sont placées à des moments habituels de la saison avec des maximums de sévérité  que j’avais pu mettre en évidence dans ma thèse «  L’hiver dans le Massif central » pendant la première quinzaine de janvier et à la mi-février séparées d’un redoux. Il y a eu souvent dans la première moitié de mars des recrudescences de froid et de neige qui se contentent souvent de disparaître dès que la course Paris-Nice est passée. Avec un départ décalé cette année, nous ne comptons plus les étapes annulées, raccourcies, dantesques sous la neige de cette première grande épreuve du calendrier à sortir des rives de Méditerranée.


IL semble que depuis l’an dernier, nous connaissions des saisons retardées. L’été 2009 a connu son paroxysme par la petite canicule de la seconde partie du mois d’août. L’automne 2009 s’est terminé par un mois de novembre particulièrement doux. Maintenant l’hiver 2009-2010 a accru la pression de son froid au cours des mois. Après avoir commencé par une semaine à la mi décembre, il a continué par une petite quinzaine au début janvier. Le maximum de février qui ne dure habituellement que quelques jours a tenu le coup plus d’une semaine. Enfin la petite recrudescence de mars, limitée en temps ordinaire, se transforme en une véritable quinzaine de froid intense. Plus la saison progresse, plus les phénomènes hivernaux de froid et de neige sont décuplés par rapport à leur présence habituelle.


Quand le mois de mars est froid et neigeux, c’est souvent en raison des prolongations d’une saison très rude qui a laissé un gros manteau de neige à fondre. Une séquelle des mois précédents comme en 1969-70 ou 1970-1971. Cette année semble différente avec cette accentuation des phénomènes.


Gérard Staron vous donne rendez vous samedi prochain sur les ondes ou le site de Radio Espérance 13h 15, le texte de cette chronique étant repris sur ce  blog : http:// gesta.over-blog.com.

Bonne semaine

 

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