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13 décembre 2009 7 13 /12 /décembre /2009 12:25


Chronique climatologie N°757
: Les pluies océaniques révélatrices de la géographie


     Les perturbations océaniques répétitives ont déversé des records de pluie pendant le mois de novembre, mais les totaux présentent des contrastes énormes de pluviométrie sur des espaces particulièrement réduits.

Nous prendrons deux exemples caractéristiques.

 D’abord, le Nord-Pas-de-Calais, la région a reçu localement le plus d’eau, des records toutes catégories. Le total mensuel a atteint 406,5 mm au poste de Bourthes sur les hauteurs aux confins de l’Artois et du Boulonnais.

Le seul point du littoral à dépasser 200 mm pendant le mois se situe au niveau du Touquet, Les collines situées immédiatement en arrière au sud du Boulonnais sont les plus arrosées avec Bourthes, mais aussi Desvres avec 371 mm.

De part et d’autres de ce paroxysme, les précipitations baissent vers l’intérieur le long des collines de l’Artois en direction du Cambrésis où l’on tombe en dessous de 100 mm. Les totaux diminuent aussi au nord, dans la Plaine de Flandres, mais aussi vers le sud, en direction de la vallée de la Somme, qui reçoivent de l’ordre de 150 mm l’une comme l’autre.

Dans cette pointe maritime du Pas de Calais, les totaux de précipitations varient dans des proportions  de 1 à 5 entre les secteurs les plus arrosés et ceux à l’abri sur des distances limitées. Les différences d’altitudes sont faibles, les collines de l’Artois ne culminent qu’à 211 mètres. Les nuances entre versants portent, au plus, sur quelques dizaines de mètres de hauteur, pourtant sur quelques kilomètres, les précipitations tombent de 309 mm à 180 mm sur le haut bassin de la Lys.

Les nuances de ce type de pluies océaniques exagèrent considérablement les effets du relief.

L’exemple est encore plus caricatural quand on examine les précipitations de ce mois de novembre sur le réseau de mesure de l’association des météorologistes d’entre Rhône et Loire publiés dans le bulletin N° 56. Ces deux départements sont en limite de l’extension de ces pluies océaniques. Les différences de pluviométrie entre les secteurs géographiques opposent les 154,6 mm de Noirétable au nord des monts du Forez et les 35 mm de Villerest dans le fond de la plaine de la Plaine de Roanne. On retrouve un rapport de 1 à 5 avec une multitude de nuances entre les secteurs sensibles et ceux à l’abri

La différence est d’abord visible au niveau des différents massifs montagneux. Les 154,6 mm de Noirétable représentent les reliefs exposés aux vents océaniques du haut Forez aux monts de la Madeleine. Le Beaujolais, pas seulement les monts, est aussi très arrosé avec 104 mm à Morgon plus connu d’habitude pour son vin que son eau. On peut regretter que l’association ne dispose pas de mesure de pluviométrie sur les parties élevées des monts du Beaujolais comme de la Madeleine car les 200 mm ont probablement été dépassés. Par contre les Monts de Tarare avec 95 mm à Violay ou ceux du Pilat avec 96 mm à Tarentaise sont déjà dans une position plus méridionale par rapport à la trajectoire des perturbations de novembre. Leurs sommets un peu plus bas sont relativement à l’abri derrière Pierre sur Haute, ce qui contribue à baisser les totaux pluviométriques par ces temps. Ce n’est pas la première fois, que je signale dans le département de la Loire, que les pluies ou les vents océaniques sont rarement sensibles au sud d’une ligne Boën-sur-Lignon Feurs.

Les contrastes les plus marqués sont d’abord visibles entre le nord et le sud des monts du Forez. A des altitudes semblables vers 700 et 800 mètres, sur des distances faibles le total pluviométrique s’écroule. On passe de 154,6 mm à Noirétable à 71,7 mm à Saint-Just-en-bas et à 40,7 mm à Bard au dessus de Montbrison. Le total est divisé par 4  sur moins de 20 km à vol d’oiseau. La raison est très simple, l’abri derrière les hauteurs de Pierre sur Haute lors du passage des perturbations d’ouest ou de nord-ouest. Noirétable les reçoit tandis que plus on glisse vers le sud-est, plus le versant oriental des monts du Forez passe  à l’abri des hauteurs de Pierre sur haute et la zone n’est plus capable de recevoir les pluies d’ouest nord-ouest.

Les contrastes sont aussi très importants quand on descend des reliefs vers les plaines intérieures du Massif central.

--- Sur le flanc nord du Pilat, le total descend de moitié entre Tarentaise à 1100 mètres avec 96,3 mm et Saint Etienne à 500 mètres avec 41 mm

--- Sur le versant oriental des monts du Forez, la chute est encore plus forte entre Noirétable 154,6 mm et Leigneux au contact de la Plaine du Forez avec 43 mm ou avec Villerest dans le fond de la plaine de Roanne avec 35,8 mm.

Par contre on ne retrouve pas un tel contraste entre les Monts de Tarare et les plaines de la Saône. De 96 mm à Violay Gabotin, à 830 mètres d’altitude près des sommets, on descend à 89 mm environ à Tarare et à Montmelas et seulement à 75 mm environ à Anse et à Villefranche, à proximité de La Saône.

Il en est de même au niveau de l’agglomération lyonnaise où Pierre Bénite,  Bron et Satolas dépassent 80 mm et semblent peu souffrir d’une situation pourtant semblable.

La position d’abri dans les plaines de la Saône et du Rhône au pied des reliefs du Beaujolais et du Lyonnais devrait logiquement  être la même que celle des plaines de Roanne ou du Forez au pied de l’axe du haut Forez aux monts de la Madeleine ou que celle du bassin stéphanois au pied du Pilat, pourtant ce n’est pas le cas.

L’altitude des reliefs bordiers semble en cause, mais une autre raison s’ajoute. La trajectoire des perturbations contourne le Massif central puis est attirée par la Méditerranée ce qui  revigore les précipitations.

Ces deux exemples montrent que les pluies déposées par les perturbations océaniques sont un excellent révélateur de la géographie. Elles exacerbent les différences d’altitude. On voit en effet dans le Nord du pays, combien des écarts de quelques mètres en hauteur peuvent se traduire par d’énormes différences de pluviométrie. Elles exagèrent aussi les différences de versants et d’exposition par rapport à l’arrivée des masses pluvieuses. L’opposition entre les versants arrosés au vent et secs sous le vent trouve ici sa pleine illustration.

Heureusement que les pluies sous nos latitudes tempérées ne viennent pas toujours avec la même trajectoire car à quelques kilomètres, on trouverait côte à côte des zones hyper humides et de vrais déserts

Heureusement que les autres formes de précipitations n’ont pas la même répartition géographique, Autant les pluies océaniques avancent comme un impressionniste qui dépose ses eaux sur des points privilégiés, autant les pluies cévenoles avancent comme un rouleau compresseur qui balaie tout sur son passage, autant les orages se déversent de façon aléatoire au gré de leurs facéties.

L’ensemble donne la pluviométrie moyenne. Ce n’est que la synthèse de toutes ces formes pluvieuses, très variables selon les avatars des perturbations au fil  des mois et des années. Une complexité sans fin dont tous les fils n’ont pas encore été tirés !

 

La semaine prochaine la chronique vaquera en raison des programmes spéciaux de préparation à Noël sur Radio Espérance. Entre temps vous pourrez toujours consulter prévisions et articles d’actualité sur ce blog http:// gesta .over-blog .com

 

 Bonne préparation de Noël !

 

Gérard Staron

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