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3 octobre 2009 6 03 /10 /octobre /2009 19:36
Chronique N°747 

 

    On a entendu beaucoup de déclarations intempestives concernant le climat en septembre 2009 en France pourtant les réalités sont plus ternes que les annonces.

   Ce mois a en effet laissé sur notre pays une impression de beau temps ensoleillé aux températures agréables pourtant le bilan chiffré sera plus quelconque.

    Les températures de septembre 2009 seront à peine supérieures aux moyennes des séries antérieures. A ma station de Saint Etienne (500 m), la moyenne approchée atteint 16,2°, quand depuis le début des observations, elle se situe à 15,9°. La comparaison avec les séries anciennes de Saint Etienne la Métare 70 m plus haut, fournit pour septembre une moyenne de 15,5° de 1946 à 1965 à une époque où l’on ne causait pas encore de réchauffement ! Pour la même série, la moyenne de Saint Etienne Bouthéon situé 100 mètres plus bas en altitude est de 16,3°.

    Mon autre poste à Montregard fournit une moyenne de 13,8°, très proche de celle enregistrée depuis le début des observations et de celle des postes qui disposent d’une série plus ancienne. Yssingeaux avec 13,4° et le Puy avec 14,4° pour une série 1959-1974.

    Des nuances régionales feront peut être apparaître des régions plus chaudes, mais globalement septembre ne sera pas exceptionnel au niveau thermique. Il ne faut pas confondre l’impression de beau temps, laissée par un ciel ensoleillé, celle de chaleur liée à quelques heures favorisées au moment du maximum de la journée, avec des moyennes de températures qui prennent en compte la fraîcheur matinale. Des vents de nord ou de nord-est persistants ont en effet contrecarré, un ensoleillement abondant. Le bilan global thermique de septembre risque d’être bien plus terne que l’impression agréable laissée par quelques heures de l’après-midi et que les discours endiablés des médias sur le réchauffement. Le dernier mois de septembre vraiment chaud restera celui de 2006 avec des températures supérieures de près de 3° dans la région. Il avait été le deuxième mois le plus chaud en France depuis 1950. Par contre, septembre 2009 sera un peu plus chaud  que son prédécesseur de 2008 qui avait montré une anomalie négative de -1,1°. Il fallait remonter à 2001 pour trouver septembre aussi frais. Après un été chaud, septembre retourne à la normale et siffle la fin de la récréation chaude de l’été.

    Le bilan est moins glorieux pour les précipitations. Septembre marque traditionnellement le début de l’année hydrologique. Le moment où après le déficit pluviométrique estival, la pluviométrie commence à reconstituer les réserves en eau du sol, l’écoulement des rivières et le gonflement des nappes. Dans de nombreuses régions, ce mois a failli à sa mission en 2009. C’est en particulier le cas dans les régions stéphanoises et lyonnaises. Le déficit pluviométrique déjà important en raison d’un début précoce et d’un été chaud ( voir le Météofil d’octobre) a continué à grandir d’environ 20 mm à Saint Etienne et bien plus en Haute Loire à Montregard. Les épisodes pluvieux ont été rares. Deux seulement, celui à dominante orageuse du début du mois, et celui d’influence méditerranéenne peu avant l’équinoxe. Les apports de ce dernier, parfois catastrophique le long des côtes de la Méditerranée ou du Pays basque (voir notre chronique n°746), ont déposés des totaux décevants à l’intérieur des terres où leur pénétration a été faible.

    Le coupable de cette apparence de beau temps et de l’indigence des précipitations sur une grande partie du territoire est une cellule anticyclonique persistante qui s’est installée de l’Atlantique nord au Royaume Uni et à l’Allemagne. Cette situation s’est maintenue pendant de nombreuses journées en particulier dans la seconde partie du mois et a provoqué deux phénomènes.

    Le premier, la route des perturbations froides qui descendent habituellement par l’Atlantique nord jusqu’à la Manche, avant de traverser notre pays, a été coupé. Déjà la perturbation du 1er septembre n’a pu atteindre la Méditerranée, ensuite leur infiltration a été problématique. Pour arriver jusqu’à nous, elles ont dû contourner cet immense bloc de hautes pressions par la Scandinavie, la mer Baltique, la plaine d’Allemagne du nord. Quelques effluves atténués sont parfois arrivés à nous en provenance du nord-est, mais après un long parcours continental où ces perturbations avaient perdu l’essentiel de leur pouvoir de fournir des précipitations. L’air froid a parfois réussi à atteindre le bassin méditerranéen, soit beaucoup plus à l’est avec les inondations d’Istanbul (voir chronique n°744) et début octobre en Sicile, soit la réaction pluvieuse de la Grande bleue n’a pu pénétrer suffisamment dans notre pays. La principale source d’arrivée pluviale océanique n’a pas fonctionné pendant ce mois et le total des précipitations en a été fortement affecté.

   Le second est thermique. A l’exception de nébulosités parfois tenaces dans les basses couches certaines journées, l’ensoleillement a été abondant sous des pressions élevées. Ceci a provoqué une hausse très forte des températures diurnes atteignant des niveaux élevés aux meilleures heures de l’après-midi.  Par contre le contournement de l’anticyclone par l’air froid a souvent engendré dans l’est de notre pays des courants de nord et de nord est qui ont contribué à tempérer la hausse du thermomètre et à sa baisse nocturne. Savez vous que certaines cuvettes de moyenne altitude du coeur du massif central ont connu leur première gelée dès le 6 septembre. Saugues a mesuré -1,3° sous abri dans une station coutumières des gelées très précoces.

Septembre a aussi sifflé la fin d’une autre récréation. Vous avez peu entendu parlé de la fonte de la banquise cette année, alors que ce mois marque habituellement le minimum de sa superficie ! Il est pourtant facile de suivre sur les sites officiels son évolution jours après jours.

    Après le coup de chaleur de 2007, la superficie minimale de la banquise était supérieure de 1 millions de Km2 en 2008. En 2009 il faut ajouter encore un ½ millions. Au moins 3 années ont connu des glaces Arctiques moins étendues que 2009, 2006, 2007 et 2008. Elles se reconstituent lentement !

Ces dernières années on évoquait la création de routes maritimes dans l’Océan Arctique le long de côtes Canadiennes et Sibériennes. En 2009, les glaces ont continué d’occuper le détroit de Barrow du côté canadien et elles sont restées arrimées aux îles russes de Severnaia et Zemlia, donc ces voies de passages sont restées englacées et fermées.

   Enfin, dès la mi septembre, la superficie maritime englacée a commencé à croître à nouveau, alors que pendant les années précédentes la fonte avait continué jusqu’à la fin de septembre en 2008 et encore plus tard en 2006 et 2007.

Septembre 2009 a donc bien sonné la fin de la récréation de la diminution anormale de la superficie de la banquise arctique.

    A une époque où la climatologie est devenu un enjeu de pouvoir politique, pendant une année où le problème est exacerbé par la proximité de prochaines conférences décisives, certains lobby utilisent tous les moyens possibles pour tenter de faire progresser leur cause quitte à écorner un peu les réalités, à profiter d’apparences, d’impressions plus que de véritables mesures scientifiques moins favorables à leurs thèses ou à taire les aspects un peu dérangeants. Septembre dans le cadre de la préparation de la prochaine conférence en est un excellent exemple. Il s’agit de préparer ou de motiver les foules, les politiques et les grands dirigeants de la planète qui ne sont pas toujours avertis des subtilités des observations climatiques.

Gérard vous donne rendez vous samedi prochain sur les Ondes ou le site  de radio Espérance 13 h 15, texte repris sur ZOOM 42.Fr et  ce blog : http://gesta.over-blog.com

 

Gérard Staron  « L’hiver dans le massif central » Thèse de doctorat d’état, publications de l’Université de Saint Etienne (1993)

Je viens d’apprendre incidemment par Internet qu’elle venait de faire, semble-t-il, car je ne suis pas officiellement informé, l’objet d’une 4ème impression par l’Université de Saint Etienne à son seul avantage !

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