Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
26 septembre 2009 6 26 /09 /septembre /2009 21:26
Chronique N°746 : 1ère inondation méditerranéenne originale en France

       La première grosse pluie méditerranéenne de l’automne a frappé avec des inondations sur la Côte d’Azur surtout Sainte Maxime et Cannes, dans l’agglomération Marseillaise et enfin dans le pays Basque à Bayonne. Cet épisode ne manque pas d’originalité. Il a abordé notre pays en deux vagues, la première les 15 et 16 septembre, puis la seconde les 18 et 19 septembre, avec une légère avance sur la période de l’arrivée la plus courante qui s’effectue au moment de l’équinoxe. Souvenez vous des grandes crues des 21 et 22 septembre souvent rappelés ici. La descente d’air froid, nécessaire à la réaction de la Méditerranée, est arrivée selon une trajectoire fort originale par le biais d’une goutte froide située en altitude. Cette dernière a dû contourner par l’est un gigantesque anticyclone centré sur les Iles britanniques. Au lieu de provenir du nord-ouest, de l’Atlantique nord comme d’habitude, l’air froid arrive du nord-est et il a cheminé par la Scandinavie, la Mer baltique, l’Allemagne. Il descend jusqu’à l’Espagne le 17 septembre, puis s’installe sur le Bassin aquitain jusqu’au 20. Après recharge en humidité sur la Grande bleue, les deux vagues pluvieuses, celles du 15/16 comme celle du 18 ont abordé les côtes françaises par les mêmes points précis constitués de 2 vagues parallèles de nuages, la principale sur la Côte d’azur des Maures à l’Estérel et la seconde sur l’agglomération marseillaise. C’est ainsi qu’en moins de 3 jours, ces zones ont reçu 2 gros abats. Cannes, une première fois 114 mm, puis 131 mm, Marignane 102 mm ensuite 104 mm. Chacune de ces pluies ne présente aucun caractère exceptionnel pour la région mais ce cumul géographique aux mêmes endroits des deux abats a constitué l’élément majeur de la calamité, « une fois ça va, deux fois bonjour les dégâts ».
Les masses pluvieuses ont traversé en diagonale les reliefs du sud de la France selon une ligne étroite sud-est nord-ouest, qui prend en écharpe les chaînons des Préalpes du sud, puis la vallée du Rhône entre Montélimar et Orange, enfin l’est du Massif central. Cette bande, la même les deux fois, est étroite. Le Mont Aigoual ne reçoit qu’un total médiocre au sud. Au nord les régions lyonnaises et stéphanoises sont aussi peu arrosées. Voilà une traversée originale du sud de la France, bien différente de celle des averses cévenoles classiques qui affectent notre pays à l’automne. D’habitude, elles abordent notre pays par les plaines du Languedoc ou de la basse vallée du Rhône pour venir buter sur les reliefs cévenols. La position transversale de celles de cette année a pour conséquence de limiter l’inondation sur les zones littorales et de faire perdre rapidement leur humidité aux masses pluvieuses sur les premiers reliefs rencontrés. Les Cévennes en second rideau ne reçoivent que la portion congrue. Par ailleurs, la présence de hautes pressions en altitude au-delà des Alpes pendant toute la période a pour conséquence de conduire de façon continue, les masses pluvieuses sur ce littoral méditerranéen de la région de Marseille à celle de Cannes, stagnation qui accumule la pluie sur ce littoral. En arrière le cheminement est aussi le même dans les traversées des Alpes du sud, de la vallée du Rhône et de l’est du Massif central. A toutes ces originalités la seconde pluie des 18 et 19, a ajouté une autre inondation sur le Pays basque avec un total annoncé de 267 mm sur Bayonne. Les masses pluvieuses qui ont affecté le sud-est continuent leur tourbillon sur le Massif central en ayant perdu la plus grande partie de leur efficacité. Elles suivent la courbure de la dépression centrée sur le bassin Aquitain et amorcent une descente vers les montagnes Pyrénéeo-cantabriques. Alors elles subissent une double transformation. De l’air froid qui descend de l’Atlantique nord arrive en arrière pour stimuler ces masses pluvieuses moribondes. Ce contact s’effectue sur le golfe de Gascogne, un espace maritime ressource infinie d’humidité. Voilà un cocktail de nature à relancer la capacité précipitable de ces nuages qui viennent buter, circonstance aggravante, sur les montagnes pyrénéennes situées en arrière du Pays basque français. Ainsi l’espace compris entre Bilbao en Espagne et le sud de la côte landaise reçoit plus de 100 mm avec un paroxysme au niveau de Bayonne. C’est le retour de bâton basque de la 1ère grosse pluie méditerranéenne de la saison. Vous pouvez constater que toutes les zones affectées par les dégâts sont situées dans des villes, pourtant ces inondations sont un peu plus que du ruissellement urbain, selon la dénomination pudique souvent utilisée. Sur la Côte d’Azur, la situation topographique, des zones inondées est toujours la même. Les petits fleuves côtiers, le Préconil débouchant sur Sainte Maxime, La Siagne pour Cannes Mandelieu, La Giscle arrivant dans le golfe de Saint Tropez, l’Argens pour Fréjus, connaissent dans la partie amont de leur cours, des gorges étroites avec pentes fortes et convergence de nombreux petits affluents. Ils débouchent ensuite près de leur estuaire sur une plaine alluviale qui s’élargit brutalement. Le flux de la crue qui s’est concentré en amont dans les reliefs de l’arrière pays, s’épand brutalement sur ces plaines alluviales qui constituent le lit majeur de la rivière où l’onde s’étale. Toutefois ces plaines alluviales constituent un espace plat dans des secteurs où la pression des activités humaines est très importante. La tentation a été forte d’installer des exploitations agricoles modernes, maraîchères, florales etc, des zones industrielles ou artisanales très friandes d’espaces plats qui manquent si cruellement dans la Côte d’Azur coincée entre la mer et la montagne, et aussi des lotissements et des marinas en liaison avec le tourisme. Autrefois, ces plaines alluviales étaient judicieusement désertées par les villages côtiers traditionnels. Il suffit d’observer les cartes anciennes pour constater leur absence d’occupation, mais la tentation a été grande d’entendre la zone urbanisée dans ces secteurs. Ainsi le vieux village de Sainte Maxime se situe à l’écart de l’estuaire du Préconil, mais l’habitat s’est étendu dans cette direction puis a remonté vers l’amont de la rivière. Les cours d’eaux méditerranéens, occupent un lit mineur très réduit en temps ordinaire, mais retrouvent pendant quelques heures un lit majeur énorme en cas de grosse pluie sur ces plaines alluviales. Tous ces aménagements récents, agricoles, industriels, touristiques, construits lors de ces 30 dernières années connaissent un risque d’inondation. Le problème est aggravé dans les dernières centaines de mètres qui précèdent le moment où ces petits cours d’eaux se jettent dans la mer. Les cordons littoraux taillés par la mer et la pression touristique sur la côte rétrécissent souvent le lit de la rivière dans son estuaire, ce qui aggrave d’autant le risque d’inondation dans ce secteur. La colonisation par les activités humaines de la partie basses de ces plaines alluviales est la principale cause des dégâts provoqués par les inondations dans des secteurs qui de toutes façon auraient été recouverts par les eaux lors d’un épisode pluvieux. Dans le cas de l’inondation de Bayonne, le problème est un peu différent dans une autre région littorale. L’écoulement de la crue provoquée par les précipitations terrestres a été gênée par la concordance avec les grandes marées de l’océan contre lesquelles les eaux continentales viennent buter. Les hauteurs d’eau de la Nive comme de l’Adour à Bayonne montrent des ondulations semi-diurnes qui augmentent d’un mètre au moment des précipitations. Ce cumul permet au niveau des eaux de passer au dessus des quais et d’aggraver les effets des inondations. Ce premier épisode pluvieux méditerranéen n’a décidément rien de classique autant au niveau climatique, hydrologique que des conséquences humaines. Il ne restera certainement pas dans l’histoire pour l’importance quantitative des précipitations, loin des 600 mm parfois atteints par les plus grands épisodes cévenols, mais il est particulièrement original par ses trajectoires et des aspects inattendus.

Gérard Staron vous donne rendez vous samedi prochain sur Radio Espérance 13 H 15 pour une nouvelle chronique de climatologie, le texte étant repris sur zoom42.fr et  ce  blog gesta.over-blog.com.

 Bonne semaine à tous.

Partager cet article

Repost0

commentaires

Presentation

  • : Le blog de Gérard Staron Président de l'AMRL
  • : Le journal du climat et de la géographie libres. Actualité climatique Climat et société, impact du climat sur les activités humaines . Prévisions sur 4 jours
  • Contact

Rechercher

Articles Récents

Mes ouvrages

                                                                noel boules noel boules 4 gif                                                              noel boules noel boules 4 gif                                                                                                                                                                                                    noel boules noel boules 4 gif

Mon Site

                                                                                                                        Site

Articles sur Le progrès

Phénomènes météo exceptionnels de 1945 à nos jours (2013)

Quel drôle de temps

La Loire p 78, 79

Le Gier p 80

La fureur du Furan p 81

Climat de la Loire: Effet de couloir p 194

Climat de la Haute-Loire:

Le coeur  du Massif Central  p 195