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13 septembre 2009 7 13 /09 /septembre /2009 10:51

Chronique climatologie N°744

La perturbation du 1er septembre décisive chez nous et ailleurs.


Chez nous, cette perturbation a repoussé l’anticyclone d’altitude méditerranéen qui mettait en place un véritable couvercle en maintenant au dessus de nos têtes une accumulation de chaleur digne de la meilleure des cocottes minutes dans la seconde partie du mois d’août. Cette perturbation du 1er septembre a réalisé ce que n’avaient pu faire celles du 24 au 26 août en dépit des gros orages de Chalmazel, et des jours suivants.

Pendant toute cette période chaude de la deuxième partie d’août, on a souvent entendu évoquer l’anticyclone. Pourtant les pressions au sol sont très quelconques, rarement au dessus de 1020 hpa, parfois même en dessous de 1015 hpa. C’était en altitude qu’il fallait voir la pression de ce couvercle sur une grande partie de notre pays avec un niveau très élevé de la surface des 500 hpa qui se situe de 5880 mètres et surtout des températures très hautes à ce niveau très élevé, à peine négatives entre -6° et -8°. Après les orages du 24 au 26, ce couvercle se rétablit plus que jamais et il faut l’arrivée de la dépression du 1er septembre pour le repousser dans les régions méridionales, méditerranéennes, nettement au sud des hauteurs de la bordure orientale du Massif central. Les précipitations reçues à cette occasion ont été très fortes jusqu’au Pilat avec 38 mm à Saint Etienne, et diminuent vers le sud.

Depuis le début de cette semaine (6 au 10/09), le beau temps est revenu sur la France, l’anticyclone aussi, mais ce n’est pas le même. On pourrait croire que la situation est identique et pourtant elle est très différente. Les températures maximales remontent encore très haut dans la journée, mais les températures minimales sont descendues à des niveaux très bas, avec des gelées blanches, dimanche matin (6/09) comme nous l’avions annoncé sur les plateaux du Massif central. Elles ont des difficultés à remonter depuis le week-end et ne dépassent plus 10° à Montregard. Le décrochement des températures du matin est flagrant par rapport à la situation  d’août avec près de 10° d’écart.

Naturellement les plus faibles durées des jours et de l’angle d’arrivée des rayons du soleil, jouent leur rôle pour maintenir à des niveaux assez bas les températures minimales. Le rayonnement nocturne a plus de temps pour développer toute son efficacité sous un ciel dégagé jusqu’au 10 septembre et pour faire partir toute la chaleur accumulée dans la journée, mais surtout, il n’a plus de couvercle solide pour la renvoyer dans les basses couches.

En effet la situation météorologique au sol est différente. L’anticyclone revenu n’est pas de même nature que le précédent. Les pressions au sol sont beaucoup plus fortes, mais en altitude, l’inverse est visible. Jusqu’à lundi, la circulation atmosphérique d’ouest  passe par-dessus l’anticyclone au sol avec des températures plus basses que l’on pouvait observer à la fin août

Le couvercle n’a cependant pas été repoussé très loin, il a tenu sur la péninsule Ibérique et il a même tenté un retour mardi au-delà des Pyrénées, mais mercredi le flux de nord-est l’a renvoyé sans ménagement. La France est débarrassée de sa présence.

L’autre région qui a subi avec beaucoup de retard, le passage de la perturbation du 1er septembre est la Turquie avec les inondations sur Istanbul qui ont provoqué plus de 30 morts. En effet après un cheminement que je vais vous décrire, c’est la même perturbation qui a réussi à se faufiler jusqu’aux détroits du Bosphore.

- Le 1er à 12 heures le ruban nuageux traverse la France du Pays basque à la frontière belge.

- Le lendemain la principale masse pluvieuse stagne encore sur la France et déverse ses précipitations des Pyrénées au Benelux

 - Le 3, l’anticyclone méditerranéen semble gagner la partie et repousse l’essentiel de la perturbation vers le Nord, la plaine d’Allemagne du Nord et la mer Baltique.

 - Le 4, le ruban nuageux reprend une marche vers le sud à travers l’Europe centrale et son arc s’étire des Alpes du Nord aux Pays baltes et aux confins de la Finlande

- Le 5, si la partie nord de la perturbation s’étiole, au sud au contact de la chaleur accumulée dans les plaines danubiennes, un tourbillon orageux reprend de la vigueur et recouvre alors la Serbie

 - Le 6, ce tourbillon continue sa marche vers le sud –est, il se dirige vers  la Bulgarie

 - Le 7, il aborde les littoraux de la Mer Noire et la partie Européenne de la Turquie

 - Le 8, son air froid recouvre la Mer Egée et au contact des eaux extrêmement chaudes de cette mer, un second tourbillon orageux fortement chargé en humidité se forme, puis remonte le long des côtes Turques en direction du Bosphore.

La rencontre de ces deux tourbillons orageux sur les détroits provoque les très grosses pluies sur l’ancienne capitale byzantine et ottomane. L’anticyclone de la Méditerranée orientale empêche ces dernières de continuer leur route vers l’est. La Turquie vient de connaître la première grosse pluie méditerranéenne génératrice de très fortes inondations de la saison. L’effet de surprise est maximal car les perturbations de ce type atteignent rarement la Méditerranée orientale avant l’hiver. Habituellement le phénomène se produit autour de la méditerranée occidentale à la fin de septembre et souvent sur nos Cévennes. Le cheminement complexe de la perturbation du 1er septembre, ses régénérations successives sur les terres chaudes du Danube et surtout de la mer Egée lui ont permis de générer la catastrophe de Constantinople.

Deux dates sont susceptibles d’être retenues pour signifier le passage de l’été à l’automne. Tout le monde connaît celle de l’équinoxe d’automne vers le 21 septembre, qui constitue la limite cosmique des deux saisons. A ce moment, apparaissent souvent les très grosses pluies méditerranéennes de l’automne. Rares sont les années où il n’y a pas un gros abat sur la France vers le 21 ou le 22 septembre, crues de la Loire (1980), catastrophe de Vaison (1992) pour rappeler les plus connus.

 L’autre date, plus administrative est celle du 1er septembre. Selon les organismes officiels météorologiques les mois de juin, juillet et août constituent l’été alors que septembre octobre et novembre en entier forment l’Automne.

Il semble que cette année le ciel ait fait son choix, il a retenu la date météorologique en repoussant chez nous vers le sud le couvercle anticyclonique qui nous a apporté une seconde partie du mois d’août particulièrement chaude, et surtout en provoquant sur la Turquie  après un cheminement très long et très curieux de plus d’une semaine de la perturbation du premier septembre, la première grosse pluie méditerranéenne catastrophique de l’automne. Par son importance, par sa date surprenante dans ce pays, par son impact autant en vies humaines qu’en dégâts matériels, elle risque de laisser un triste souvenir. Sa localisation géographique prématurée dans ce secteur de la méditerranée et sa précocité ont certainement provoqué un effet de surprise dont se serait bien passé l’ancienne capitale romaine, byzantine et ottomane.

Même si chez nous le retour du beau temps, et même dans l’après midi de températures estivales pouvait tromper énormément, l’été est bien fini, il ne restait qu’un ersatz depuis le début de la semaine. Après le répit que nous a accordé le ciel cette semaine, vous ne tardez pas à vous en rendre compte depuis vendredi. La perturbation du 1er septembre a sonné la fin des vacances.

 

Gérard Staron vous donne rendez vous samedi prochain pour une nouvelle chronique sur les ondes ou le site de radio Espérance 13h15, le texte étant repris sur zoom42.fr.et ce blog

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