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22 août 2009 6 22 /08 /août /2009 21:41

Chronique N°741

Canicule comment ne pas évoquer ce mot une fois de plus cette semaine ?


Si l’on croit les alertes oranges, ce vocable a d’abord été utilisé pour le département du Rhône, ensuite il a été conjugué d’amont en aval le long de la vallée en direction du Bas Rhône, plus habitué à des températures extrêmes, avant d’être étendu au sud-ouest toulousain et albigeois du pays.

La période de fortes températures a connu deux paroxysmes :

-- Le premier lors de la fête de l’Assomption, avec un 36,5° à Lyon Bron.

-- Dans les jours suivant les températures ont un peu baissé sauf dans les régions méditerranéennes, puis un second paroxysme, atteint le mercredi 19 août, a fait monter le thermomètre un peu plus haut, au dessus de 40° dans le sud-ouest, en particulier dans le fond de la vallée du Lot. La cité rhodanienne  atteint 38,8°.

Le Massif central et en particulier la Loire sont restés nettement en retrait, ce qui m’a fait déjà écrire sur zoom 42.fr et mon blog : « La canicule : une affaire de Lyonnais ? ». Il est en effet intéressant de savoir pourquoi la cité rhodanienne a été la ville phare de la canicule, mais aussi pourquoi la région stéphanoise a été nettement en retrait, n’en déplaise aux avis relevés ici et là. Pour ce faire nous avons comparé les températures des stations phares des deux cités, Bron pour Lyon et Bouthéon pour Saint Etienne, lors des deux pics de températures et nous les avons comparés avec les maximums absolus enregistrés chaque année depuis 1964 pour se limiter à mes archives facilement mobilisables pour les 2 postes.

Le pic du 15 août, 36,5° pour Bron correspond à la 8ème valeur pour les maximums annuels les plus élevés, au contraire le 35° de Saint Etienne est dépassé une année sur 2.

La pointe du 19 août, place le 38,8° au niveau du 3ème maximum enregistré depuis 1964 pour Lyon Bron alors que le 36,7° de Bouthéon rentre à peine dans les 10 années les plus chaudes pour leurs maximums absolus, ce qui correspond à une fréquence de l’ordre d’une année sur 4.

 Depuis 1946, le rang de 2009 reculerait au moins d’une place puisque dans les deux cas, 1950 a fait plus chaud avec respectivement 39,5° et 38,2° le 1er juillet. Ceci confirme que cette canicule de 2009 a bien été une affaire de Lyonnais ! Il a certes fait très chaud à Saint Etienne, mais dans des proportions bien plus raisonnables !

La surprise de cette petite étude a d’ailleurs été de constater que la station du fond de la plaine du Forez présente des maximums annuels absolus de températures au moins aussi élevés que son homologue de l’est Lyonnais en situation ordinaire et que les deux villes souvent rivales n’ont pas toujours les mêmes canicules.

Les deux années les plus chaudes sont inversées entre les deux villes. Si la célèbre canicule de 2003 arrive en tête à Lyon-Bron avec 40,5°, elle n’est qu’en seconde place derrière le 31 juillet 1983 à Saint Etienne et son 40,8°. De nombreuses villes du nord du Massif central sont dans cette dernière situation.

La suite du classement est très différente. Les 3 seules années communes dans les 10 premières sont 1974, 1995 et 1964 qui occupent les 3, 4, 5ème places à Bouthéon  et que l’on retrouve à des rangs un peu plus bas à Bron. La cité Lyonnaise est spécialisée dans les fortes températures lors de canicules récentes, 1998, 2006 et 2005 qui présentent des classements bien plus modestes à Saint Etienne. Inversement, certaines années n’ont présenté de grosses températures que dans la cité forézienne, avec les 6ème au 10ème rang dans l’ordre : 1991, 1968, 1992, 1966 et 1989.

D’autres surprises apparaissent lors d’une étude plus approfondie des deux séries statistiques :

D’une façon générale la médiane de cette maximale absolue annuelle est supérieure de 0,1° à Saint Etienne par rapport à Lyon de 1964 à 2009 (35,1° contre 35°).

L’évolution dans le temps montre que chaque ville présente ces périodes de plus fortes températures annuelles. Elles sont plus élevées  dans les années soixante à Saint Etienne, mais Lyon Bron dépasse sa voisine stéphanoise pendant les années soixante-dix. Après une période incertaine, Saint Etienne connaît des chaleurs extrêmes  plus fortes de 1986 à 1995, alors qu’ensuite les plus grosses pointes du thermomètre concernent Lyon dans les années les plus récentes.

Qu’est-ce qui peut expliquer ces différences entre Lyon et Saint Etienne pour la canicule de 2009 et celles plus anciennes.

D’abord les fortes températures de 2009 trouvent leur explication, non dans les phénomènes visibles au sol mais dans la situation d’altitude. Ceci explique peut être l’effet de surprise réservé par ces fortes températures, car dans la semaine avant le 15 août, tous les modèles atmosphériques prévoyaient qu’après la fête mariale, l’été serait balayé par les perturbations descendant des hautes latitudes, or la remontée de l’anticyclone d’altitude a surpris en barrant la route à la perturbation orageuse du dimanche 16 août. Ces hautes pressions tropicales ont implanté un couvercle d’altitude qui a retenu dans les basses couches toute la chaleur dégagée par l’ensoleillement. Elle a pu s’accumuler dès le matin et a été retenue dans les basses couches la nuit, ce qui explique les températures minimales très élevées.

Le Massif central a partiellement échappé à cette accumulation de chaleur avec l’aide des reliefs. Y avez-vous observé le déroulement des journées ? Le matin, le ciel entièrement dégagé, permet au soleil d’accumuler le maximum de chaleur. Dans les zones montagneuses, le relief a facilité l’ascendance de cet air chaud. Il en résulte la formation de masses nuageuses qui stoppent dans l’après-midi l’ensoleillement et son accumulation de chaleur. Le mercredi 19 août, le thermomètre connaît son maximum à 14 heures à Bouthéon mais à 17 heures à Lyon Bron. L’arrivée de la couverture nuageuse stoppe la hausse du thermomètre plus tôt à Bouthéon. En conséquence, la température maximale présente 2,1° de moins qu’à Lyon. Surtout le nombre d’heures au dessus de 30° est bien plus faible. J’avais observé déjà le phénomène en Haute Loire lors de la canicule de 2003.

Ces nuages ont été peu capables de déclencher des orages, car leur développement est stoppé en altitude par le couvercle anticyclonique. Quand les orages se sont déclenchés, ils ont été localisés, ils ont fait plus de bruit par les phénomènes électriques que par les précipitations déposées qui auraient nécessité une plus grande épaisseur des nuages.

Lyon Bron est placé à l’intérieur d’une très vaste agglomération urbaine d’un million d’habitants regroupée dans un seul ensemble géographique autour de la confluence du Rhône et de la Saône. Outre sa plus faible importance, l’espace urbain stéphanois est séparé par les reliefs en de nombreux sites encaissés dont celui de l’extrémité méridionale de la plaine du Forez où se situe Bouthéon. Tout le monde connaît le rôle de l’îlot de chaleur urbain sur les températures et ce dernier a probablement eu un impact différent dans le temps en fonction de l’importance urbaine, de l’histoire de l’urbanisation de ces villes et de leur topographie. Parmi d’autres, ceci permet d’émettre l’hypothèse suivante pour expliquer les décalages entre les 2 stations dans le temps lors des températures record. Le sud de la plaine du Forez a toujours connu ses plus fortes températures avant l’est Lyonnais, une premières fois dans les années 60 pour l’une  et 70 pour l’autre station au moment de l’urbanisation respective de leur site et une seconde fois après 1980 dans la période de réchauffement des températures.

Il n’y a donc pas que le Foot qui sépare les deux villes, les canicules aussi ! Et en 2009 c’est bien une affaire de Lyonnais !

 

Gérard Staron vous donne rendez vous samedi prochain sur les ondes ou le site de Radio Espérance, le texte étant repris par zoom42.fr et mon blog : gesta.over-blog.com avec les graphiques correspondants.

Bonne semaine……

 

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