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16 août 2009 7 16 /08 /août /2009 10:43

Chronique climatologie N° 740 Sécheresse ?


La sécheresse parait depuis quelques jours le thème médiatique concernant le climat.

J’ai été surpris d’appendre que 43 départements avaient pris des arrêtés préfectoraux pour des restrictions de la consommation d’eau. Ceux qui sont placés en niveau 2 (jaune - pénurie) ou 3 (orange - crise) sur au moins un bassin versant  correspondent à deux ensembles géographiques.

Le plus important s’étire du  Bassin aquitain, au nord d’une ligne  du Gers à l’Aveyron, jusqu’aux départements qui ceinturent la région parisienne, Oise, Eure et Seine et Marne. L’ensemble contourne le Massif central par la région Charente Poitou entière, une grande partie des secteurs de la Loire moyenne, et une extension vers la Bourgogne. L’autre zone géographique concerne une partie de Rhône Alpes avec L’Ardèche, la Drome, l’Isère, l’Ain et plus récemment le Rhône et la Loire.

Cette géographie des contraintes sur l’eau correspond aux tendances de la pluviométrie de ces derniers mois avec des lignes globalement orientées sud-ouest nord-est correspondant à l’orientation des orages. Les perturbations pluvio-orageuses arrivent par la Manche et déterminent une large zone nord-ouest correctement arrosée qui s’élargit de la Bretagne à la frontière belge. A ce moment les pluies connaissent une première régénérescence en abordant le continent surchauffé. En arrière, le premier secteur d’indigence signalé  correspond, du Poitou à la moitié sud du Bassin parisien, au moment où cette première ligne de précipitations s’affaiblit. La ressource de ces régions est souvent constituée d’immenses nappes souterraines profondes qui n’ont pas eu tout à fait le temps de se reconstituer après les années sèches de 2003 à 2007. Ensuite la ligne la plus arrosée de ces derniers mois s’étire du Limousin au nord-est du Pays en passant par le nord de l’Auvergne. Elle correspond aux lignes d’orages exacerbées qui ont été bloquées par la présence d’anticyclones au-delà des Alpes (voir  Chronique 737: Vent de sud dans le centre-est de la France et  Chronique N°739: Incendie et sécheresse en Forez ). Enfin les pays de la région Rhône Alpes placés en zone de sécheresse sont ceux qui ont été balayés au même moment par les vents désséchants celui de sud (chronique  737) mais aussi celui de nord avec le mistral en Ardèche et Drome. Ces zones ont attendu longtemps l’orage sous des flux très secs, mais ont ensuite été déçues par les quantités d’eau apportées  par ces derniers.

Le département de la Loire est au contact de ces deux dernières zones avec une limite au niveau des monts du Forez et du seuil de Neulise. Le bassin du Livradois a connu à Ambert un mois de juillet largement plus arrosé que la normale, alors qu’il manque un bon tiers dans la plaine du Forez. La même remarque peut être faite entre un Roannais très arrosé en juin comme juillet  qui s’oppose à l’indigence forézienne. Les zones concernées par les arrêtés préfectoraux de restrictions d’eau concernent donc les bassins de la rive droite de la Loire entre le Pilat  et les monts du Lyonnais qui ont subi les vents desséchants mais n’ont pas reçu les quantités d’eau promises ensuite. Plus largement notre région se situe au contact d’une Auvergne très largement arrosée pendant l’été, et un Forez et surtout un Velay à l’indigence caractérisée en juillet.

Les mesures prises, mise en place après la sécheresse de 2003, sont souvent contraignantes surtout avec le classement dans les zones en  « pénurie » où le remplissage des piscines et plans d’eau, le lavage des voiture et l’arrosage des jardins et espaces verts de 10h à 18 h sont interdits. La situation « en crise » ajoute l’interdiction totale de l’arrosage même la nuit. Le pompage en rivière est prohibé et des restrictions interviennent pour l’irrigation agricole.

Le classement du sud-est du département de la Loire, « en crise » a d’abord surpris fin juillet avant un assouplissement qui a placé la totalité de l’ensemble du Pilat aux monts du Lyonnais en zone de «  pénurie » au début août.

La pénurie d’eau est-elle aussi importante que le laisse penser cette litanie de départements qui ont pris ces mesures pour limiter la consommation ?

En saison estivale, les précipitations sont le plus souvent inférieures à l’évaporation mesurée par le biais de l’ETP (Evapotranspiration potentielle). De ce fait les végétaux puisent dans la réserve du sol pour leurs besoins. Les débits des rivières et le niveau des nappes baissent. La consommation pompe dans les réserves, qu’elles se situent en surface avec les barrages ou en profondeur dans les nappes. Ce processus est cumulatif au cours de la saison chaude, c’est donc le plus souvent  à la fin, en août, que les débits des rivières, les nappes, les réserves sont au plus bas. Nous sommes donc dans cette période toujours dangereuse pour la ressource en eau.

Contrairement aux deux années précédentes, une indigence des précipitations s’ajoute depuis la fin du mois d’avril. Comme je l’ai déjà présenté sur mon blog pour la station de Bouthéon, le trimestre mai-juillet  n’a pas apporté dans de nombreuses régions les quantités d’eau habituelles. C’est le cas dans le centre-est du pays où mai et juin sont les mois d’un maximum pluviométrique qui a été esquivé en partie en 2009. La recharge pendant la saison froide précédente avait été excellente pendant les derniers mois de 2008 mais depuis le début de 2009, les précipitations faibles en janvier et mars ont seulement subi des compensations en février et avril. La situation est donc moins favorable que celle de l’an dernier. Si l’on prend comme référence la région Auvergne, les précipitations connaissent des déséquilibres locaux importants avec une pluviométrie qui représente entre 65% et 115% des apports habituels depuis le début de l’année. Depuis juin les déficits maximums atteignent 40% en Velay, quand des excédents dépassent 70% dans le nord, dans l’Allier.

Les nappes souterraines connaissent des situations très contrastées. Certaines peu profondes gardent une belle abondance depuis 2008 comme celles des pays volcaniques du Velay où la pluviométrie récente de cette saison chaude a pourtant été déficiente en surface. D’autres très profondes dans les pays sédimentaires du Bassin parisien évoluent lentement sur plusieurs années et elles portent encore les stigmates des années sèches de 2003 à 2007. Les nappes de Beauce et du Cénomanien étaient descendues très bas en 2007, leur niveau a remonté un peu en 2008, et depuis il est stable dans la médiocrité.

La situation de la ressource en eau n’est pas bonne, précipitations un peu en dessous des normales, grands aquifères assez bas. Rien n’est toutefois comparable aux grandes sécheresses antérieures, et rien ne justifie de crier au loup, ni d’utiliser à répétition le principe dit « de précaution ».

Surtout la nature des précipitations orageuses souvent localisées provoque de très grands écarts géographiques sur des distances très faibles cette année. A titre d’exemple, l’orage médiatisé de Montfaucon de dimanche dernier, ne correspond qu’à 30 mm à Montregard à 3 km à vol d’oiseau, et moins de 7 mm à Saint Etienne à 40 km.

C’est peut être pour cette raison que Saint Etienne vient de battre un record de rang probablement mondial : connaître dans le même mois des inondations lors de l’orage localisé du 2 juillet et une pénurie d’eau, même un état de crise, quelques jours à la fin du mois. Une étude ancienne de J.P. Marchand dans l’ouest de la France avait montré que des successions de ce genre pouvaient concerner les calamités agricoles, à l’échelle de l’année Dans ce mois de juillet, avec un total pluviométrique de 102,6 mm sur la ville, ces calamités cumulées dans cet ordre, sont surprenantes sur une si courte durée, car une sécheresse demande du temps pour se mettre en place. Les services ont peu communiqué sur l’inondation mais ils ont crée l’événement en décidant les mesures contre la sécheresse. Sans autre commentaire !

Gérard Staron vous donne rendez vous samedi prochain sur les ondes de Radio Espérance, ce texte étant repris sur Zoom42.fr et mon blog gesta.over-blog.com.

Bonne semaine

 

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