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19 juillet 2009 7 19 /07 /juillet /2009 19:16



Chronique N°736  : Bilan global après le gros orage urbain du 2 juillet 2009 à Saint-Etienne


    Le déluge sur Saint-Etienne de la soirée du 2 juillet semble avoir suscité de très nombreuses questions qui méritent une explication et m’obligent à revenir sur ce sujet.

Il s’agit d’un orage localisé puisqu’à l’exception de Saint-Etienne et de quelques communes suburbaines de la partie nord de la ville, les précipitations comme les impacts baissent très vite dès que l’on sort de ce petit périmètre. Au début de l’été, la région est coutumière de ces événements orageux intenses ponctuels qui déversent en un temps très faible des quantités énormes de pluie ou de grêle. A Andrézieux, le total du 2 juillet est très inférieur. Dans un rayon de 40 km, il devient très faible, à peine 3 mm à Montregard. Ceci correspond au cumulonimbus observé en descendant sur la ville ce soir là. Dans le passé, des orages très localisés sont passés au travers des mailles du filet du réseau pluviométrique et n’ont pu être mesuré comme le 12 juin 1996 dans la vallée du Gier.

 Pour la ville, les références historiques d’importance concernent le 23 août 1994 avec un paroxysme sur l’autoroute A72 au pied de Montreynaud  et surtout de juillet 1849 avec 11 morts qui reste l’événement le plus dévastateur.

Certains me donnent des références par rapport à 2007 avec différents mois : juin, juillet. Il y a eu effectivement de gros orages cette année là, surtout le 15 mai qui avait déposé 65 mm en 24 heures avec une intensité horaire bien moindre, mais la ville avait été peu touchée. Ne pas confondre : un très gros orage de grêle avait dévasté le sud de l’agglomération lyonnaise le 30 avril de cette même année et surtout, 2 jours après l’orage de Saint Etienne, celui du Chambon Feugerolles avait été d’une toute autre ampleur. A Saint-Etienne, comparer cet orage du 2 juillet 2009 à ceux de 2007, n’est pas significatif sur la ville.

Ces orages dangereux se produisent surtout en soirée. En débutant à 19h 30 celui du 2 juillet ne faillit pas à la règle. Pour que de tels abats se produisent il faut une instabilité de l’air extrême entre un air très chaud au sol à la suite du fort ensoleillement ce qui s’obtient en fin de journée au bout du processus de réchauffement diurne. Si au même moment de l’air froid arrive par-dessus en altitude, l’air chaud monte brutalement, crée des masses nuageuses très instables qui atteignent des altitudes élevées, avec des précipitations en conséquence.

Seconde question, les orages arrivent habituellement du sud-ouest. Dans ce cas, des photos attestent de la progression par un véritable mur d’eau venant de la vallée du Gier. L’analyse des cartes météorologiques d’altitude permet d’éclaircir le mystère de cette trajectoire inhabituelle. Depuis la matinée, les masses pluvieuses de la perturbation progressent bien selon une orientation de sud-ouest à partir de l’Aquitaine vers le Massif central. Elles viennent toutefois buter sur une dorsale anticyclonique méridienne de la Méditerranée à la mer du Nord visible entre 5000 et 6000 m d’altitude. Au contact de ces hautes pressions, les masses pluvieuses vont se redresser pour remonter vers le nord. L’amas de nuages est situé sur le nord de la vallée du Rhône à 14 heures, il est ensuite vigoureusement rebroussé vers le nord, pour contourner le Pilat en direction du bassin stéphanois.

Cette trajectoire exceptionnelle accroît l’instabilité de l’atmosphère et l’intensité orageuse. L’air chaud du sol qui remonte alors du sud est renvoyé brutalement sous l’air froid qui descend de l’Atlantique nord. Un contact brutal entre les deux accentue ponctuellement l’intensité de l’orage.

Les autres aspects concernent les points d’inondations dans la ville. 72 mm en moins de 3 heures ne pouvaient que provoquer des impacts sérieux. Pour comprendre, il faut penser qu’il ne s’agit en rien d’une crue classique où le cours d’eau remplit sont lit puis déborde sur les secteurs avoisinants. Par ce type d’orages, les grandes rivières sont peu affectées, seuls les petits cours d’eaux réagissent. En milieu urbain, ces ruisseaux sont recouverts. Quand une masse d’eau énorme arrive brutalement en surface, l’évacuation vers les canalisations souterraines pose souvent problème, soit les bouches d’égout sont insuffisantes ou bouchées et ne peuvent absorber le flux, soit ces canalisations sont brutalement surchargées et l’eau sous pression reflue en surface au point de desceller une plaque d’égout et son coffrage de béton au milieu du carrefour des rues JJ Rousseau et J Verne.

Dans ces conditions les rues deviennent des rivières et le cours d’eau spontané ainsi crée suit la topographie qui a été imposé par l’architecture et l’urbanisme. Toute convergence de rues en pente en direction d’un point bas devient un site sensible. L’eau vient d’autant plus s’y accumuler quand en aval de ces carrefours on trouve une contrepente ou un rétrécissement. Très souvent ces situations proviennent du remodelage de la topographie par l’urbanisme. Pour faire passer des voies sous une ligne ferroviaire ou une route, il a fallu surcreuser le niveau du passage inférieur, les eaux viennent s’accumuler dans ce point sensible. Comme de nombreuses fois antérieures, le pont au bout de la rue Vacher, celui de l’A72 au pied de Montreynaud  a connu à des degrés divers une hauteurs d’eau. Au dessus de Jacquard, les eaux descendant du crêt de Montaud ont buté sur le remblais de la voie ferrée du Puy, les deux ponts ont concentré les flots et les ont envoyé brutalement vers l’aval et une maison de retraite.

La grand-rue au niveau de Bergson a concentré les eaux  de trois ensembles de rues, celles de l’amont, celles descendant de Montaud et celles provenant de l’ancien site de la manufacture d’Armes. Le flot ne pouvait rejoindre le Furan recouvert quelques mètres sur le côté et dont le niveau supérieur de la couverture se situe au dessus de la Grand’rue comme on peut le constater rue Barrouin.

Les hommes ont souvent construit les villes en faisant converger des axes en direction de points centraux. Quand ces derniers sont situés au bas de pentes, que ces pentes sont importantes comme à Saint Etienne, l’architecture et l’urbanisme souvent hérités de l’histoire peuvent être autant de sources d’inondations.

La ville avait été touchée le 23 Août 1994 par un événement du même genre. J’ai exposé le problème à trois reprises en 1997[1] en 2003[2] et en 2005[3] et identifié les principaux sites concernés. Les travaux et études n’ont pas manqué dans le cadre du PPRNPI fait en 2005. Il est vrai que ce dernier concernait seulement le Furan qui n’a débordé cette fois qu’en aval, dans le secteur de Ratarieux surtout, alors que le problème le plus grave concerne les petits ruisseaux qui ont recommencé comme en 1994 ou à des nombreuses occasions. Un magasin de bricolage connu, a été déplacé comme étant situé en zone rouge inondable, il a été inondé cette fois, mais dans son nouvel emplacement supposé sans risque !

Ce type d’inondation gêne car jusqu’à présent il a été très mal compris et analysé.


Les services de l’état qui gèrent les grandes rivières s’occupent très peu de ce type d’inondations qu’ils qualifient pudiquement de « ruissellement urbain »


Les hydrologues des bureaux d’études formés à étudier des inondations classiques sont gênés aux entournures pour traiter de ce type de débordement. C’est très visible dans le cadre du PPRNPI dans le centre ville de Saint Etienne avec la fameuse « zone hachurée » crée pour la circonstance.


Dans le passé et même maintenant, l’urbanisme comme l’architecture ont peu tenu compte de ces contraintes hydrologiques liées à l’écoulement des eaux. Ils n’ont pas intégré que dans certains cas de pluies intenses, les rues peuvent se transformer en rivières. En multipliant les contrepentes, les surcreusement sur des points bas, et autres topographies transformées, de nouveaux sites inondables ont été crées.


Les services administratifs sont très gênés pour régler ce type de problème qui nécessite des méthodes hydrologiques nouvelles.

Ceci explique-t-il la faible médiatisation de cette dernière inondation, si l’on exclut Internet ?


Gérard Staron vous donne rendez vous samedi prochain, le texte de cette chronique étant repris sur zoom42.fr et mon blog . Bonne semaine à tous.

 

 

 



[1] G. Staron « Le Furan La rivière naturelle » 1997 Une rivière une Ville Saint Etienne et le Furan Archives départementales de la Loire

[2] G. Staron « Le ciel tomberait-t-il sur nos têtes ? » 2003 Editions ALEAS (disponible auprès de l’auteur et de l’éditeur

[3] « les démarches de développement durable, pertinence et apports effectifs dans la gestion de l’air et de l’eau : les exemples de Lille et Saint Etienne » 2005 Rapport final, responsable Isabelle Roussel

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Le Gier p 80

La fureur du Furan p 81

Climat de la Loire: Effet de couloir p 194

Climat de la Haute-Loire:

Le coeur  du Massif Central  p 195