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13 juillet 2009 1 13 /07 /juillet /2009 09:47


Tour de France et Méditerranée : une relation agitée


     Le Tour de France vient de constater que la Méditerranée n’est pas toujours « les rivages sans nuage, le ciel enchanté » que vante l’opérette même s’il y a « le ciel, le soleil, la mer ».

La Course vient de connaître un panel presque complet entre Monaco et Barcelone des nuances du climat qui borde la Grande Bleue quand il subit les conséquences du mauvais temps qui sévit dans la France du nord et qu’il aurait dû subir si les organisateurs n’avaient pas choisi pour 2009 un tracé très différent des habitudes.

Quand les perturbations déboulent du Nord-ouest sur notre pays, La Méditerranée réagit souvent par la mise en place d’une dépression dans le golfe de Gènes. Cette dernière est liée à l’arrivée de l’air froid sur la mer tiède. Il en résulte une atmosphère humide, lourde et nuageuse avec la chaleur que les coureurs découvrent lors de la 1ère étape contre la montre de Monaco. Les derniers concurrents ont échappé d’extrême justesse à la pluie orageuse qui accompagne ce type de temps, l’air froid qui déborde par-dessus les Alpes se chargeant d’humidité sur la mer chaude et la restituant sous forme d’orage. Les commentateurs ont dénoncé la chaleur de cette première étape, en réalité, l’association avec l’humidité donne cette impression puisque la température maximale de Nice, station la plus proche n’a pas dépassé 27,4° sous abri samedi 4 juillet.

Le lendemain dimanche, de Monaco à Brignoles, le peloton subit toutes les transitions climatiques entre l’humidité de la Riviera et la luminosité de la Provence, comme nous l’avions annoncé dans nos prévisions. Le vent quasiment nul à Nice, la rafale la plus forte n’a pas dépassé 15km/h, fait place peu à peu à un mistral modéré avec des rafales qui dépassent le double au Luc soit 31km/h. Avec la disparition de l’humidité et la mise en place d’un ciel lumineux , la température augmente et, ce dimanche 5, le maximum sous abri présente 3° d’écarts entre Nice 27,4° près du départ et le Luc 30,4° à proximité de l’arrivée. Ce changement de temps entre la Riviera et la Provence est un classique du genre. L’air froid amené par les perturbations qui traversent la France, se réchauffe en descendant des reliefs. En même temps, il s’éloigne de son point de condensation et tous les nuages disparaissent .En plus, il s’accélère en dévalant des reliefs, et il est attiré par la mer tiède ce qui augmente d’autant la vitesse du vent même si à Brignoles nous ne sommes pas dans la zone la plus ventée.  Ceci explique la chaleur sèche, lumineuse et ventée de la Provence. Cette évolution ne s’effectue pas sans transition. A l’est de Nice règne l’atmosphère humide de la dépression du golfe de Gènes sur la Riviera. A l’ouest du massif de L’Esterel, on passe franchement dans la luminosité chaude et ventée de la Provence. Ici par un itinéraire dans l’arrière pays, les coureurs sont passés au nord de l’Estérel, la limite climatique que constitue ce massif n’a pas été aussi nette, mais au delà de Grasse, ils ont senti arriver le vent, se dégager le ciel et le thermomètre monter. La baie des Anges, de Nice à Cannes se situe souvent dans une situation intermédiaire.

J’avais annoncé que la course arrivait en même temps qu’un épisode de mistral et de tramontane. Ces vents qui descendent des reliefs du Massif central vers la mer en prenant de la vitesse. Ici leur orientation a été plus de nord-ouest que de nord en raison de la trajectoire d’arrivée des perturbation dans le nord de la France et les deux épisodes de bordures, moments où le peloton éclate en éventails, correspondent parfaitement aux deux zones  où ces vents sont les plus forts dans l’axe des deux couloirs qui les canalisent :

1)      celui de la vallée du Rhône avec le coup en fin d’étape vers la grande Motte dans la Plaine de la Camargue juste dans l’axe du Rhône,

2)       celui du Seuil de Naurouze  entre les Pyrénées et la Montagne Noire débouchant sur la Méditerranée dans la région de Narbonne. Ce n’est pas un hasard si Leucate est une des stations les plus ventées de France avec à proximité de nombreux champs d’éoliennes.

 En plus dans les deux cas, la course longe un littoral, ce qui contribue toujours à augmenter la vitesse du vent, car, sur une masse maritime, les flux atmosphériques ne sont pas freinés par la rugosité du continent et présentent une vitesse supérieure de l’ordre de 1/3.

Ces bordures dans la troisième étape en Camargue, comme dans la cinquième vers Leucate confirment nos conclusions antérieures[1].

Le seuil à partir duquel le vent a un fort impact sur une course cycliste se situe entre 40 et 50 Km/h. A partir de ce niveau de rafales, même quand les coureurs ne le souhaitent pas vraiment, le peloton éclate quand le vent vient de côté ou ¾ arrière. Il a fallu seulement un peu de hasard en direction de la Grande Motte, et presque la volonté d’éviter les bordures près de Leucate au point que le principal peloton distancé a pu rejoindre avant l’arrivée, En effet vers 16h le 8 juillet et vers 17h le 6 juillet, les vitesses mesurées aux stations les plus proches donnent des rafales de 46 ou 50km/h.

Les cassures dans le peloton interviennent immédiatement après un virage avec changement de direction de la course. Dans les deux étapes concernées, avec un flux atmosphérique de nord-ouest, la course est passée d’un vent arrière à un autre de côté que ce soit en Camargue pour traverser le vieux Rhône en direction d’Aigues Mortes, ou en descendant des Corbières pour longer le littoral du Roussillon à partir du virage de Leucate.

Les nombreux secteurs de vent de face ont réduit l’allure du peloton au point de provoquer une arrivée vers 18h à La Grande Motte et de sauver l’échappée de Vauckler en direction de Perpignan. En effet avec cette orientation du vent, l’équipe qui mène doit effectuer un effort plus important, alors que celles qui suivent sont tranquillement à l’abri. Dans le passé, le 11 juillet 1969, pour une autre étape arrivant à la grande Motte, la course avait été neutralisée de Maussane à Saint Gilles dans la traversée de la Camargue par un mistral de face dépassant en rafales 100km/h, le double de cette année.

Qui aurait pensé que dans l’étape espagnole, ce jeudi 9 juillet la course serait allée à la rencontre d’une pluie méditerranéenne remontant le long des côtes du golfe de Tarragone. Les cellules pluvieuses ont, elles aussi, scindé le peloton par les multiples chutes provoquées près de l’arrivée sur une route mouillée. Là encore il s’agit une réaction de la Grande Bleue à l’arrivée du mauvais temps du nord du pays. Quand l’air froid arrive en altitude sur la masse maritime chaude, il se charge en humidité, les masses nuageuses se forment et vont déposer leur eau le long des littoraux. Cette fois les pluies ne sont pas rentrées à l’intérieur des terres. Quand l’épreuve s’est trouvée à l’abri entre les deux secteurs littoraux, dans la dépression située derrière les chaînons côtiers, il ne pleuvait plus.

Naturellement qui eut pensé que dans la partie du parcours du Tour où la sécheresse estivale est normalement la plus forte, la course allait rencontrer la pluie. Ne pas oublier que le total moyen des précipitations du mois de juillet atteint à peine 27,5 mm à Barcelone! Presque ce qui est tombé ce 9 juillet. Une situation météorologique à contre saison, fréquente en hiver, rarissime en été !

Traditionnellement l’épreuve cycliste reine subit souvent, dans sa première partie, du mauvais temps, avant ou vers le 14 juillet, quand elle se trouve dans le nord de la France. Même quand elle commence dans le sud, en 2009, elle subit les conséquences des conditions atmosphériques qui règnent au nord. Même en été, l’anticyclone des Açores n’apporte pas toujours sa protection dans la saison estivale tout le long de la Grande bleue.

Gérard Staron vous donne rendez vous samedi prochain sur les Ondes de radio espérance, le texte étant repris sur zoom42.fr et mon blog :http://gesta.over-blog.com où vous trouverez aussi des prévisions météorologiques pour les prochaines étapes de l’épreuve.

 



[1] Jean-Paul Bourgier, Gérard Staron « Conditions climatiques et compétitions cyclistes » 2007 L’harmattan 315 p disponible auprès des auteurs et des bonnes librairies

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