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20 juin 2009 6 20 /06 /juin /2009 15:02

     
Chronique n°732 :
Les précipitations n’augmentent pas toujours avec l’altitude

   Vous avez tous appris que les précipitations augmentaient selon l’altitude. Ce n’est pourtant pas toujours le cas en particulier dans l’est du Massif central.

Le total provisoire de juin 2009  se situe dans ce cas de figure. Il a déjà dépassé 60 mm à Saint Etienne à 500 mètres d’altitude quand il n’atteint encore péniblement que 50 mm à Montregard presque à 1000 m d’altitude à une quarantaine de kilomètres dans les monts du Vivarais.

Cette semaine le phénomène a été observé lors des orages de lundi et jeudi qui ont déposé respectivement aux mêmes stations 12,3 mm et 10 mm environ en bas dans la ville et 7 et 3 mm en haut aux confins du Velay et du Vivarais.

Jeudi La violence des orages a été très forte dans la vallée de l’Ondaine attestés par des ravinements importants. Sur l’Yssingelais des cellules parfois importantes dans le secteur de Dunières ont déjà été moins actives en général, mais le ciel restait globalement moins encombré quand on regardait en direction du bassin rhodanien

Le mois de juin est coutumier du fait dans l’est du Massif central. D’ailleurs au niveau des moyennes de séries sur 30 ans les écarts de pluviométrie sont très faibles entre les zones sommitales et les secteurs largement plus bas quand on suit le versant interne de ces reliefs en particulier de 1951 à 1980. Les différences locales prennent aussi le pas sur celles liées à l’étagement en altitude.

Le col des Sauvages à 720 m d’altitude aux confins des monts de Tarare et du Beaujolais présente le même total moyen de 99 mm que Saint Denis de Cabannes à 280 m dans le fond du Roannais.

Au nord du Massif du Pilat l’écart pour la même série entre Saint Etienne ville et Tarentaise au cœur du Massif est particulièrement faible 94 mm contre 99 mm pour une différence d’altitude de 500 mètres

Près des sources de la Loire, l’écart est aussi très limité entre le lac d’Issarlès ou le Béage à plus de 1000 m et le fond du bassin du Puy pourtant très sec, de l’ordre d’une petite dizaine de millimètres

L’écart est tout aussi réduit ou nul entre les stations des monts de Lacaune, comme Barre ou la Salvetat sur Agout et les zones basses proches du Tarn.

Ce phénomène de disparition ou d’atténuation du gradient pluviométrique d’altitude peut se suivre au long de la retombée interne de la bordure orientale du Massif central, accompagné de très grandes différences de pluviométrie locales  autant au bas qu’au haut des reliefs. Ce fait  commence à apparaître discrètement en mai. Il est visible en juin au niveau des moyennes. Il connaît son maximum en Juillet où les précipitations des versants internes sont parfois plus importantes que celles de la crête dans certains secteurs comme l’Yssingelais.

En réalité ce phénomène suit le développement de la sécheresse méditerranéenne qui constitue un fait majeur du climat du versant rhodanien de la bordure orientale du Massif central. Cette sécheresse commence à poindre en juin pour connaître un maximum en juillet.

Quels éléments expliquent ce phénomène ?

Les précipitations orageuses sont par nature les plus susceptibles d’arroser les dépressions et de ne pas tenir compte de l’augmentation du total pluviométrique en fonction de l’altitude. Elles correspondent à de l’air chaud instable accumulé au cours de la journée par l’ensoleillement. Il  s’élève en altitude au point de franchir son point de condensation et de permettre le développement de masses nuageuses qui atteignent des niveaux d’altitude de plus en plus élevés. Alors le plus souvent en fin d’après-midi, l’orage se déclenche. Le phénomène dépend de l’accumulation d’air chaud dans les basses couches qui est supérieure dans les zones basses où les températures sont plus élevées. Les reliefs n’ont dans ce cas qu’un seul rôle celui de faciliter l’ascendance de l’air quand il est obligé de remonter sur ces flancs.

 C’est ainsi que j’ai souvent observé dans l’est du Massif central deux types d’orages.

Ceux qui longent les dépressions ou cuvettes de la Loire ou de ses affluents surtout dans une orientation sud-ouest nord–est. Ils se développent quand le phénomène d’accumulation de chaleur rapide dans les zones basses est le moteur principal. Au début de cet été et en particulier cette semaine, lundi comme jeudi, ce type prédomine.

Au contraire d’autres cellules orageuses suivent les lignes de crête, lorsque les flux atmosphériques poussent l’air chaud contre les pentes avec obligation de les escalader ce qui stimule la convection sur les reliefs les plus élevés. J’ai souvent observé sur la zone sommitale du Mézenc au Pilat, d’orientation  globalement sud-est nord-ouest, ce type d’orages qui poursuivent ensuite leur route dans la région Lyonnaise. Cette année ils semblent plus discrets.

Il ne faut pas oublier que cette ligne de relief qui longe l’est du Massif central est une limite climatique majeure en France entre le domaine méditerranéen du côté Rhodanien, et celui à dominante continentale ou océanique du coté ligérien. En été, le bassin de la grande bleue est souvent recouvert par un anticyclone, parfois discret au sol mais très puissant en altitude. Il protège une grande partie de la saison  les rivages méditerranéens pour leur apporter « ses rivages sans nuages et son ciel enchanté » qui ont fait sa réputation. Ces hautes pressions remontent souvent leur influence jusqu’à cette ligne de reliefs de l’est du Massif central qui sert de limite à la fameuse sécheresse d’été surtout dans le secteur  du Mézenc au Pilat.

Quand des descentes froides perturbées atteignent notre pays. Pendant une grande partie de l’année, la plus froide, elles sont attirées par la tiédeur de la Méditerranée et vont ensuite créer la fameuse dépression du golfe de Gènes. Au contraire, en été, ces perturbations sont souvent moins vigoureuses qu’aux autres saisons car le froid qui les lance à partir des hautes latitudes est moins virulent. Quand elles arrivent sur un continent surchauffé, elles reprennent de la vigueur. Un autre phénomène s’ajoute. La présence de la chape anticyclonique au dessus de la « Grande Bleue » stoppe la marche de ces perturbations qui ne peuvent pas dépasser les reliefs de l’est du Massif central.

Ceci correspond aux deux situations orageuses de cette semaine de lundi et de jeudi. Dans les deux cas, une perturbation en liaison avec la fameuse dépression d’Islande arrive par les côtes de la Manche sur notre pays. L’une comme l’autre paraissent assez faible au départ mais elles arrivent sur un continent surchauffé. L’association entre la chaleur du sol et le froid qui arrive en altitude donne de la vigueur aux masses nuageuses qui prennent un caractère orageux parfois virulent au point de provoquer des inondations locales à Chezy dans l’Aisne. La présence de hautes pressions en altitude sur la mer Ionienne, empêche l’accès au bassin Méditerranéen et c’est ainsi que les orages glissent selon une trajectoire du sud-ouest au nord-est en perdant de leur puissance.

L’arrêt de la marche vers le sud de ces perturbations froides s’effectue souvent en été le long de l’axe des reliefs de l’est du Massif central. C’est pour cette raison que les lignes orageuses suivent souvent leur versant interne. Lundi, le paroxysme s’est plutôt produit de l’Auvergne au Roannais. Jeudi, il a plutôt longé la vallée de la Loire. Sur l’autre versant, dans le département de l’Ardèche règne déjà la sécheresse méditerranéenne. De leur côté, les sommets connaissent ou non les orages selon que l’air chaud remonte  ou non le long de leurs pentes.


Gérard Staron vous donne rendez vous samedi prochain pour une nouvelle chronique de climatologie, le texte étant repris sur zoom42.fr et ce blog.

 

 

 

 

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