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6 juin 2009 6 06 /06 /juin /2009 20:31

Chronique N°730 :

 

J’ai été très surpris au cours du mois de mai de recevoir à plusieurs reprises une invitation pour une soirée « Entreprise durable, du dirigeant responsable à l’entreprise performante » organisée par le centre des jeunes dirigeants d’entreprise de Saint Etienne et animée par le directeur du CIRIDD dans les locaux de la cité des Entreprises sur le technopole de Saint Etienne , le 28 mai. Je n’ai pu résister à la curiosité d’aller voir.

Le but de l’opération consistait à présenter le développement durable et des expériences d’entreprises qui l’ont appliqué, pour inciter d’autres à concevoir des projets dans la même veine.

Une conférence avait déjà tenté de m’expliquer ce qu’était le développement durable en 2005, j’avoue que j étais sorti perplexe. Cette fois, je suis ressorti avec des idées claires mais en constatant que la notion de développement durable embrassait des secteurs insoupçonnés. C’est ainsi que j’ai appris qu’il s’agissait d’un comportement transparent et éthique qui associait le souci de l’environnement dans le cadre des idéologies en vogue sur les problèmes de déchets, d’énergie, de bilan carbone, mais aussi ce qui a été nommé « la responsabilité sociétale », soit l’ensemble des relations sociales dans l’entreprise pour concevoir un dialogue de qualité. C’est ainsi qu’actuellement se négocie à Québec une certification ISO 26000 de développement durable qui va du bilan carbone aux respects des droits de l’homme, au refus du travail des enfants, aux problèmes sociaux et autres. J'ai appris que créer une crèche d’entreprise, c’était aussi faire du développement durable.

Dans mes centres d’intérêt, la climatologie et la géographie, la personne souvent dubitative que vous entendez ou lisez, s’attendait à recevoir la morale, sur le réchauffement de la planète, le bilan carbone, l’utilisation de l’énergie, la hausse du prix et la raréfaction du pétrole, les problèmes de déchets, soit les thèmes écolos en vogue. Ces questions n’ont quasiment pas été traitées car elles étaient considérées comme acquises. C’est d’ailleurs bien le problème, car dans certains cas comme le prix du pétrole supposé cher ou le réchauffement climatique, il s’agit plus d’incantations sur l’avenir que d’éléments tangibles. Le leitmotiv dans le domaine, c’est « cela va être comme cela », donc « il faudra bien vous y faire » avec même souvent en plus la pression annoncée des textes réglementaires supposés obliger imposer bientôt de nouvelles normes ou directives  en liaison avec les concepts écologiques en cours. C’est d’ailleurs bien là ma réticence, tout baser dans le domaine de l’environnement sur des éléments à venir dont nul ne sait la part de réalité future peut paraître dangereux pour une société. Sur des aspects tels que le ciel climatique ou le prix du pétrole, les circonstances peuvent réserver plus d’un contre-pied à ces belles prédictions.

Lors d’une réunion de 2005, j’avais déplu en disant « le développement durable pour être vraiment du développement, doit être capable de générer des activités nouvelles rentables, s’il se limite à des contraintes à respecter, il pourrait déboucher sur une récession durable ». Un argument proche a été ressorti, par d’autres, cette fois « le développement durable, c’est beau, mais cela ne rapporte rien ». La question est d’autant plus d’actualité qu’il s’agissait dans cette réunion d’un public d’entrepreneurs et qu’une activité économique a pour vocation d’être rentable et de dégager des bénéfices pour continuer son essor.

Le développement durable s’est-t-il réconcilié avec la rentabilité économique ? Un dirigeant qui lance une expérience en se domaine risque-t-il de recueillir les fruits de son investissement ?

J’avoue que sur l’ensemble des cas présentés un seul m’a paru séduisant dans le domaine de la gestion des déchets pour une activité régionale non confronté aux problèmes de la mondialisation, ni de délocalisation. Il s’agit d’une antenne stéphanoise d’une grande société de propreté qui couvre les trois départements de la Loire la Haute Loire et la Lozère. Elle récolte les déchets des entreprises dans des bennes afin de réaliser ensuite leur traitement. Elle s’est rendue compte que ses camions effectuaient des rotations très nombreuses pour des bennes remplies certes, mais dont le poids était particulièrement faible. L’investissement dans un système « pac-mat », de tassement des déchets dans les bennes a permis d’augmenter le poids transporté, donc de limiter les transports de l’ordre de 1/3, ce qui constitue effectivement une augmentation de la rentabilité du service rendu à la clientèle et d’un abaissement  des coûts. La seule conséquence induite étant le problème du mode de calcul de la rémunération du personnel !

L’énoncé des autres cas m’a paru beaucoup moins évident. Les entreprises investissent dans des domaines qui ne sont pas forcément leur secteur d’activité. Un commissaire aux comptes  construit des bureaux à haute qualité environnementale en  limitant de façon drastique les consommations d’énergie. Une entreprise de textiles, polaires ou vêtement de montagne, utilise exclusivement du « coton bio » pour éviter les contraintes sur l’environnement, irrigation, ponction sur les nappes phréatiques des cultures traditionnelles. Une zone d’activité créant un ensemble de solidarités au niveau de l’ensemble  pour la gestion des déchets, la mutualisation des achats, la création d’une crèche, le développement de l’électricité solaire avec le photovoltaïque et autres.

 Dans chacun de ces cas, ces sociétés espèrent que leurs investissements, qui a un coût réel, sera compensé soit par des aides en personnel ou des subventions fournies par les collectivités, soit par un retour des consommateurs ou de la clientèle éventuelle. Cette dernière prenant en compte les efforts environnementaux pour favoriser l’entreprise dans ses choix. Il s’agit d’utiliser un effet de mode récompensant les entreprises vertueuses ou éthiques, non en fonction de leur rentabilité économique, des qualités ou des prix de leurs produits ou de leur service, mais en raison de leur capacité à appliquer une idéologie à la mode à laquelle une grande partie de la population a été ralliée et bénéficiant d’une publicité ou d’une propagande importante.

Par un plaidoyer ardent, il s’agit de sensibiliser et de mobiliser des chefs d’entreprises de façon à ce que leur stratégie inclue cette notion de développement durable, à ce qu’ils mobilisent leur personnel et leurs équipes, au besoin en faisant planer souvent au dessus de leur tête une réglementation qui interdira telle ou telle pratique ou produit, ou obligera à telle ou telle contrainte en essayant de les faire aller jusqu’au bout de la démarche. Dans un monde ou une Europe où les mécanismes économiques reposent encore sur le marché et la concurrence, j’avoue être perplexe au niveau des conséquences en matière de développement et de délocalisation !

Une telle soirée est intéressante pour comprendre ou réfléchir. Je ne suis pas compétent pour émettre quelque avis sur la partie dialogue social du développement durable. Il est probable que dans le secteur de la gestion et du recyclage des déchets certaines entreprises puissent y trouver un véritable développement, mais pour tout ce qui concerne les aspects du climat, de l’énergie et de l’eau que je connais beaucoup mieux, ma perplexité persiste.

Qu’adviendrait-il si l’effet de mode autour de la défense de l’environnement  venait à disparaître ?

Qu’adviendrait-il si les peurs répandues au sujet de l’évolution future du climat, de la raréfaction ou de l’augmentation des prix du pétrole ou de la ressource en eau venaient à s’avérer exagérées ou infondées ?  Avec le développement durable, notre société ne mise-t-elle pas son avenir sur des prévisions ou des projections futures qui demandent confirmation ?


Gérard Staron vous donne rendez vous samedi prochain sur les ondes de radio Espérance. Le texte étant repris sur zoom42.fr et mon blog : gesta .over-blog.com.

Pour ceux qui voudraient connaître un peu plus la climatologie régionale, à l’occasion de son 50ème bulletin qui change de nom et devient « Météo fil », l’association des météorologistes d’entre Rhône et Loire le rend téléchargeable gratuitement sur son site exceptionnellement. Bonne semaine

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