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30 mai 2009 6 30 /05 /mai /2009 17:09

La température a chu. Chut!


Dimanche et lundi dernier les températures ont été très élevées sur la France, des records pour un mois de mai. Le 34° de Dimanche à Villefranche sur Saône a été très médiatisé. Le 33, 4° de Lundi à Saint Yan à coté de Paray le Monial est aussi remarquable. Saint Etienne à 500 mètres n’a observé que 33 et 32° pour les deux jours.

 

La chute des températures dans les 24 heures qui ont suivi est tout aussi spectaculaire. 


Carte des chutes de températures en 24 heures

légende :


rouge :
 chute des températures maximales supérieures à 10 et 12° entre le 25 et le 26 mai

bleu :
chute des températures minimales supérieures à 10 et 12° entre le 26 et le 27 mai

 





Au niveau des maximales, l’effondrement le plus sévère a atteint 13,5°  en 24 heures entre le 25 et le 26, dans l’est de l’agglomération parisienne en descendant de plus de 30° à moins de 17° à Melun. La chute dépasse 12° dans un triangle de l’agglomération parisienne aux côtes de la Manche de la Seine au Pas de Calais.  La zone affectée par une baisse de plus de 10° traverse le centre du pays de Toulouse à Lille. A l’est, sa limite se moule sur la retombée des reliefs de l’est du pays, le Massif central de la Montagne Noire au Pilat avec une baisse de 13,2° à Albi , le pied du Jura avec 13,3° en moins à Ambérieu et enfin le versant lorrain des Vosges. A l’ouest, sa limite suit la ligne méridienne des montagnes volcaniques du Cantal au Puy de Dôme, traverse ensuite le Berry, l’Orléanais, puis rejoint les côtes normandes au niveau des plages du débarquement. Au nord, la chute dépasse 10° jusqu’à la frontière belge, le pied des Ardennes et le Luxembourg.

Pour les températures minimales, la chute s’effectue entre les mesures du matin du 26 et du 27. La température de Nevers a descendu de 14,6° à 1,5° sous abri soit un déficit de 13,1° en 24 heures. Romorantin avec 1,8° sous abri a aussi tutoyé la gelée blanche mercredi matin.  Le secteur où la baisse dépasse 10° est moins étendu que pour les maximales. Il correspond à un croissant qui s’étire de la Sologne au Luxembourg en passant par le Nivernais, le Bourbonnais la Bourgogne, le plateau de Langres, la Lorraine.

La comparaison entre les niveaux des températures et l’importance de la chute montre que ce ne sont pas les zones les plus chaudes du lundi qui ont le plus baissé. Par exemple l’ensemble de Paris aux côtes de la Manche qui baisse de plus de 12° a des maximums compris entre 25 et 30,3° Lundi, ce qui parait bien peu par rapport aux 33° largement dépassés en région Rhône Alpes. Par contre la baisse la plus forte concerne bien les zones qui sont les plus froides ou les plus fraîches à l’arrivée. Sur ce même secteur Parisien Normand et Picard, les maximums du lendemains sont compris entre 13 et 16°. Il en est de même pour la chute des minimales, les plus fortes concernent les secteurs les plus froids à la fin, Nevers et Romorantin.

Voilà des différences thermiques difficiles à supporter par les organismes, puisque le seuil de 6° en 24 heures est habituellement présenté comme celui au-delà duquel les écarts de températures sont susceptibles d’avoir un impact sur les organismes vivants.

Ces différences exceptionnelles sont expliquées par une rencontre de flux météorologiques inverses exacerbés par des problèmes de blocage et des facteurs géographiques. Les perturbations en provenance des hautes latitudes avec leur air frais qui arrive aux environs de 13°   viennent heurter de plein fouet un anticyclone méditerranéen centré sur la Sicile qui étend son influence jusqu’à la France.

 La perturbation et son air frais ne peut plus progresser et doit attendre que les hautes pressions cèdent pour continuer sa route. La semaine précédente une même situation s’était produite et la perturbation avait mis une semaine pour traverser la France.

Cet affrontement provoque de gros orages au contact, mais aussi un violent flux de sud sur le flanc de l’anticyclone. C’est ainsi qu’un courant qui prend sa source dans le Sahara traverse la Méditerranée avec un vent qui atteint une vitesse de 30 à  50 nœuds. Dimanche ce flux extrêmement chaud et sec en raison de son origine arrive jusqu’au nord de la région Rhône Alpes où sa rencontre avec l’air frais va provoquer l’orage de grêle du Roannais dans le secteur de Charlieu. L’air chaud d’altitude provoquant une très grande instabilité de l’air au niveau de la rencontre ce qui explique la grosseur des grêlons. Ce flux de sud continue sa route lundi pour recouvrir tout le Bassin parisien et remonter jusqu’à la Manche et aux Ardennes où les températures dépasseront 30° à Luxembourg et 28° à Charleville Mézières.

Seulement l’air froid l’emporte toujours en climatologie et le renfort d’une nouvelle perturbation de nord-ouest réussit à balayer ce flux de sud extrêmement chaud entre lundi et mardi et à inverser la tendance. Le passage sur une grande partie de la France d’un air sec et chaud saharien à un flux descendant des hautes latitudes ne pouvait que provoquer une chute historique du thermomètre en 24 heures.

Déjà lundi il existait  un énorme contraste thermique entre l’ouest du pays déjà dans l’air frais, le maximum ne dépasse pas 15 degrés à la pointe de la Bretagne  et l’est et le nord-est dans le flux de sud saharien où Lyon, Grenoble et Paray le Monial dépassent 33° et même atteint 34,7° à Colmar. Mardi les conditions qui régnaient la veille en Bretagne s’étendent aux zones dans le flux de sud la veille.

Les limites de la zone où le thermomètre a chu de plus de 10° en 24 heures pour les températures maximales ne sont pas sans intérêt.

A L’ouest, celle relativement rectiligne et méridienne  qui s’étire du pays toulousain à la Normandie correspond à la limite d’extension de l’air frais lundi et à son contact avec le flux de sud plus à l’est.

Le rebord oriental du Massif central de la Montagne noire au Pilat, puis la retombée des Alpes et du Jura marquent une limite que l’on retrouve souvent dans la climatologie de la France. On peut être au premier abord étonné que la zone où le thermomètre a chu de plus de 10° se situe au nord de ces reliefs alors que le flux saharien chaud et sec provenait du sud, pourtant deux aspects géographiques inverses expliquent ce phénomène. Dimanche et Lundi quand ces régions se trouvent dans le flux de sud, ce dernier après avoir franchi les reliefs, redescend sur le versant septentrional. Un air qui descend se réchauffe très vite, le ciel se dégage, le soleil agit. Il n’est pas étonnant que Lyon, St Etienne ou Grenoble soient plus chaud que Montélimar. Au contraire mardi quand l’air froid arrive, il envahit le versant nord mais ne dépasse pas les sommets de ces reliefs, car il se réchauffe lui aussi en redescendant vers la vallée du Rhône.

Enfin la limite septentrionale de la zone, où les maximales ont chu de plus de 10° en 24 heures, correspond à deux milieux géographiques qu’il était difficile à franchir pour le flux de sud saharien. Il s’agit de la Manche, un milieu maritime frais infranchissable. Lundi 25, les maximums présentent 5° d’écart de part et d’autre du Pas de Calais, 27° à Calais contre 21,6° à Douvres. Il s’agit dans une moindre mesure des Ardennes avec un écart de 3° entre Luxembourg et Liège ou entre Charleville et Charleroi. J’ai pu me rendre compte à plusieurs reprises que ce massif constitue une barrière climatique bien plus grande que ses altitudes !

La chute des températures minimales a suivi entre les matinées du mardi et du mercredi. Le croissant de la Sologne au Luxembourg en passant par la Bourgogne et la Lorraine s’explique par un double aspect. Il s’agit d’une suite de zones basses sur le flanc nord-ouest des reliefs où l’air froid vient d’autant plus se blottir que le mercredi matin cette zone correspond à un croissant de ciel clair qui a permis un fort rayonnement nocturne.

Une chute historique du thermomètre qui méritait autant d’être connue que le coup de chaleur des 2 jours précédents : Chut !

Pour ceux qui ont quelque intérêt pour la climatologie régionale, Pour fêter son 50ème numéro de « Au fil du temps », l’association des météorologistes d’entre Rhône et Loire, le rendra téléchargeable gratuitement sur son site à partir du 4 juin. Je vous retrouverai par ailleurs samedi prochain sur les ondes de radio Espérance, le texte étant repris sur zoom42.fr

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