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17 mai 2009 7 17 /05 /mai /2009 10:43


Chronique N°727


   Le service téléphonique de Radio Espérance m’a transmis la semaine dernière la question d’une auditrice stéphanoise qui ne manque pas d’intérêt « Pourquoi les Hirondelles Martinet ne sont pas encore arrivées alors que leur venue s’effectue vers le 25 avril ? » Le temps de transmission de la question et de la petite étude nécessaire pour élucider le mystère, notre auditrice a certainement eu l’occasion de mesurer le retard de leur installation.


   Le martinet est un oiseau migrateur qui quitte nos régions à la fin de l’été quand sa nourriture disparaît de l’atmosphère. Il rejoint l’Afrique au sud de l’équateur où il reste pendant la saison froide de l’hémisphère nord. Il revient pour nicher au printemps en Europe. Il atteint la rive nord de la Méditerranée fin février et nos régions vers la fin du mois d’avril. Alors pourquoi le retard de cette année ?

Les observations de phénologie effectuées par la station météorologique du Puy depuis la moitié des années soixante dix constituent l’élément qui permet ma réponse. Elles fournissent la date d’arrivée ou de disparition de nombre de phénomènes naturels, feuillaison ou floraison de végétaux, poussée de champignons,  présence des oiseaux migrateurs. Ceci me permet de saluer l’initiateur de ces observations rarissimes Mr Moulin et aussi de regretter la fin programmée de la seule ou de l’une des très rares stations météorologiques à effectuer ces observations et espérer qu’il ne sera pas mis fin à une série qui dépasse 30 ans. Même si je ne dispose pas hélas de la totalité des observations de la période, j’ai retrouvé pour une vingtaine d’année, entre 1978 et 2002, avec quelques trous,  la date d’arrivée du martinet dans la région du Puy.

Première remarque, la date normale correspond au 27 avril sur l’ensemble de la période dans le bassin ponot, ce qui confirme le 25 avril signalé par l’auditrice de Saint Etienne. Toutefois on remarque une très grande différence dans le temps entre une arrivée très précoce le 13 avril en 2001 ou le 14 avril en 1995 ou très tardive le 7 mai en 1994, et le 6 mai en 1990. Est-ce que des critères climatiques sont susceptibles d’éclairer ces différences ?

D’abord on remarque qu’il n’existe aucune dérive dans le temps depuis la fin des soixante dix et le début du nouveau siècle, aucune tendance à une plus grande précocité, ni à une venue plus tardive. Le caractère aléatoire place parfois des dates extrêmes opposées pendant deux années consécutives comme en 1994 et 1995 ou entre 2001 et 2002.














Selon de nombreuses sources, le martinet aurait besoin de températures de l’ordre de 10° pour trouver sa nourriture et arriver à nos latitudes. On pourrait donc pu penser qu’une fin de saison froide clémente aurait suscité une venue plus précoce. La réponse des observations n’est pas évidente. J’ai donc tenté une corrélation entre la température moyenne du mois d’avril à la station du Puy Chadrac et la date de venue du martinet dans le même secteur. L’extrême dispersion des points du graphique montre qu’il n’existe pas de lien flagrant. Toutes les possibilités sont visibles, Avril chaud ou frais et le martinet en avril ou mai, et inversement.

On constate par ailleurs que l’arrivée s’effectue toujours avant que le thermomètre moyen n’atteigne 10° puisque la température d’avril de Chadrac varie de 5° à 9,3° pendant les mêmes années. L’augmentation des températures de Chadrac en avril depuis les années quatre vingt, n’a pas donné lieu à une dérive de la date d’arrivée du Martinet. On aurait pu penser à une plus grande précocité induite que l’on ne retrouve pas. Le mois d’avril que nous venons de connaître a eu des températures en hausse de près de 2° par rapport à l’an dernier, or le retard a attiré l’attention de notre auditrice. Faut-il faire remonter l’analyse plus loin dans la saison ? Nous venons de connaître un hiver très long, mais il s’est terminé plus tôt que les précédents qui n’ont pas suscité la même remarque. L’enveloppe de temps de la disparition du Martinet de nos latitudes, de la fin août à la fin avril, est tellement plus large que la durée de nos hivers, même longs, que la comparaison est difficile.

Alors existe-t-il un élément climatique susceptible d’expliquer les retards du retour de l’hirondelle Martinet à nos latitudes au printemps ?

J’ai donc tenté une comparaison des conditions météorologiques du début du printemps 2009 et des années où cet oiseau est arrivé tard,  dans les jours qui ont précédé sa date de venue.  Il semble que dans tous les cas des temps de nord ont perturbé la remontée de l’oiseau vers le nord à partir de la Méditerranée.

C’est le cas en 2009. L’anticyclone des Açores situé sur l’Atlantique a permis la mise en place de flux de nord et de nord-est sur son flanc est  avec des vents très violents sur les rives nord de la Méditerranée comme le Mistral ou la tramontane. Cette situation ne se termine que le 5 mai.

En 1994, record de retard, on retrouve la même situation avec à partir du 23 avril un flux de nord en altitude,  très visible  sur le flanc de l’anticyclone situé aussi sur l’Atlantique. Il commence à partir de la mi-avril pour se terminer la veille de la date d’arrivée.

On retrouve avec quelques nuances un même flux dominant de nord ou de nord-est qui s’installe vers la mi-avril toutes les années où l’arrivée du Martinet dépasse le 4 ou le 5 mai soit en 1979, 1981, 1990, 1993  et 2002. Parfois ce flux descend très bas en latitude jusque sur la rive sud  de la Grande Bleue comme en 1990.

Cet oiseau capable d’effectuer plusieurs centaines de kilomètres par jours a affronté ces années de venues tardives des flux atmosphériques contraires au sens de son itinéraire pour remonter du sud que ce soit en passant le détroit de Gibraltar ou la Méditerranée occidentale avec la difficulté supplémentaire de traversée de l’espace maritime. Comme un cycliste avance plus lentement par vent contraire, on peut penser qu’un Martinet affrontant dans sa remontée un flux contraire subit un frein important. Le vent d’origine septentrionale est d’autant plus violent qu’il est accéléré en bordure nord de la Méditerranée quand il descend des reliefs qui constituent l’amphithéâtre qui ceinture la partie occidentale de la Grande Bleue.

Il est aussi intéressant de constater la grande influence des vents d’altitude que l’on observe au niveau de la surface des 500 hpa, soit vers un peu plus de 5000 mètres, ce qui correspond peu ou prou au niveau le plus élevé du vol des oiseaux. Les courants observés au sol semblent avoir moins d’importance

A contrario lors des années précoces, avec une venue antérieure au 20 avril, les oiseaux ne rencontrent pas ces vents contraires par rapport à leur trajectoire de vol. En 2001 pour le record du 13 avril, un flux de sud dominant s’installe dans les derniers jours du mois de mars et laisse ensuite la place à des vents variables. En 1995, lors de l’arrivée du 14 avril l’anticyclone des Acores recouvre la France depuis le début du mois avec des vents faibles sur la Méditerranée occidentale et le flux de nord est reporté plus à l’est de l’Allemagne à l’Italie. Il arrive sur la France le lendemain ! En 1966 pour une date du 19 avril, un coup de chaleur avec flux de sud se développe jusqu’au jour fatidique dans la seconde décade du mois avant une grosse chute des températures le 20.


Il en est des Martinets comme des coureurs cyclistes. Quand le vent est contraire, il ralentit d’autant les ardeurs du peloton qui doit lutter contre les courants atmosphériques, réduit sa vitesse et franchit la ligne d’arrivée avec un retard substantiel comme en 2009 ! En plus, ils ne risquent pas des coups de martinet médiatiques ! On s’inquiète plus de leur retard qu’on ne le blâme  et ne subissent pas les invectives des spectateurs !


Gérard Staron  vous donne rendez vous samedi prochain sur les ondes de radio Espérance, le texte étant repris sur zoom42.fr et ce blog avec l’illustration graphique en plus. 

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