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2 mai 2009 6 02 /05 /mai /2009 20:44

 
Arrosages cévenols : avril et automne deux sauces différentes

     Ceux qui suivent mes prévisions sur ce blog : http://gesta.over-blog.com, ont pu constater que j’annonçais ces derniers week-end des épisodes pluvieux cévenols  sur le sud de la France tout en précisant «heureusement qu’en avril ils sont moins intenses et extensifs qu’à l’automne » où ils provoquent les très grosses inondations sur les rivières du Gard au Doux qui descendent vers le Rhône ou même débordent sur la Loire comme le 2 novembre 2008 pour la dernière.

Les pluies ont bien eu lieu. La première, pour le week-end pascal, a apporté plus de 90 mm sur le mont Aigoual, mais a très peu débordé vers le nord avec seulement 4 mm sur les monts du Vivarais. La dernière, le dimanche 26 avril, n’a déposé que 52 mm au mont Aigoual, mais elle a débordé jusqu’à la région stéphanoise avec plus de 40 mm. Ces grosses pluies ont provoqué une réaction modeste des rivières. Rien de comparable avec ce qui se passe à l’automne, où le Mont Aigoual reçoit régulièrement plus de 200 mm en 24 heures dans une telle situation avec des totaux qui peuvent atteindre dans les épisodes les plus virulents 600 mm en 24 heures et les conséquences que l’on connaît sur la montée des cours d’eau.

La situation atmosphérique a pourtant été identique ces deux week-ends avec celle des très gros abats de l’automne et toujours les 3 mêmes éléments explicatifs souvent présentés ici :

-Une descente froide perturbée en liaison avec une dépression qui s’installe en mer d’Iroise

-Une recharge en humidité sur la Méditerranée aux eaux chaudes ou tièdes

-Le blocage par un anticyclone continental qui s’accroche sur les Alpes, permet aux masses pluvieuses de remonter en direction des Cévennes et surtout d’y stagner ce qui permet de déverser l’eau céleste sur les mêmes régions tant que l’anticyclone bloque la porte de sortie de la perturbation vers l’Italie.

Il suffit d’examiner les cartes synoptiques du précedent week-end pour constater que tous ces éléments sont en place, comme lors des plus grosses catastrophes de l’automne. Qu’est-ce qui explique alors la modestie de l’épisode pluvieux ? Il est même possible de généraliser la question à l’ensemble d’avril, car ce mois dans le passé connaît très peu d’épisodes cévenols dangereux pour la pluie. Quand d’autres se sont produits comme en 2005, ils ont plus apporté des chutes de neige lourde que des inondations.

Parmi les trois éléments que nous avons annoncés, il ne faut pas rechercher l’explication au niveau des descentes froides perturbées qui déboulent de l’Arctique. Le mois d’avril est celui où elles sont les plus nombreuses. Cette remarque effectuée antérieurement par de nombreux auteurs, a été confirmée par mon dénombrement de 1989 à 1999[1]. L’automne, en particulier septembre et octobre, est la seconde saison où ces descentes froides sont les plus nombreuses, alors qu’elles sont très rares en été et même en hiver. Au mois d’avril, l’Océan arctique vient de connaître sont maximum d’englacement. A l’automne la banquise et les glaces se reconstituent après la fusion estivale. Dans les deux cas, ceci provoque une pulsion du froid aux hautes latitudes qui ne demande qu’à descendre jusqu’au niveau de la Méditerranée.

Il est plus judicieux de rechercher la modération des pluies méditerranéennes, dites cévenoles, du mois d’avril dans l’état thermique de la Grande Bleue. La température profonde ne varie pas et reste aux alentours de 13° contre moins de 4° pour l’océan. Cette différence est à relier à la faible profondeur du détroit de Gibraltar qui ne permet pas aux eaux profondes froides de l’Atlantique de pénétrer. Seules celles de surface beaucoup plus chaudes peuvent combler le déficit en eaux de la Grande bleue. Cette dernière connaît la très forte chaleur et évaporation de la Méditerranée orientale, ce qui augmente la salinité des eaux de surface et les fait plonger  pour contribuer à remonter la température des profondeurs. Ces phénomènes cumulés expliquent en toute saison la clémence des eaux qui ne descendent jamais en dessous de 13° et par voie de conséquence la capacité à fournir de l’humidité aux dépressions d’air froid qui la recouvrent en cas de descente arctique. Toutefois une masse maritime réagit avec lenteur aux phénomènes saisonniers pour les eaux de surface. C’est ainsi que la chaleur accumulée au moment de la saison estivale donne un maximum à la fin, soit en août et septembre. Tout l’automne, les eaux de surface restent très chaudes avec plus de 20° encore en octobre. Elles déclinent tout au long de la saison froide pour connaître un minimum à la fin, soit en mars et en avril. Le résultat parait simple. En automne, la recharge en humidité et l’instabilité de l’atmosphère sont stimulées par une différence thermique très forte entre les eaux de la mer et l’air froid situé au dessus avec un phénomène de cheminée poussé au maximum. L’intensité des précipitations est exagérée. Au contraire en avril, la température minimale de la mer, réduite à celle de ses eaux profondes, a un pouvoir diminué pour apporter l’humidité et l’instabilité à l’air froid situé au dessus. En avril, la Méditerranée manque de carburant pour stimuler les précipitations cévenoles.

Reste le dernier aspect, le blocage par un anticyclone continental qui résiste sur le massif alpin. Il y a plus de chance de constater sa présence à l’automne qu’en avril en raison du cumul de deux phénomènes. La Méditerranée orientale est encore recouverte par les anticyclones subtropicaux qui ont tendance à s’étendre sur l’Europe balkanique à l’automne en altitude. Au sol l’anticyclone continental s’installe en même temps que l’arrivée de l’hiver en Russie et Sibérie. Ce blocage par l’anticyclone continental, en raison de son lieu d’action détermine la répartition géographique des pluies. Nous venons encore d’en faire la constatation en comparant la pluie pascale qui reste limitée le long de la Méditerranée et celle du 26 avril qui remonte jusqu’à la région stéphanoise.

Dans les cas précédents, l’anticyclone continental arque bouté derrière les Alpes est faible ou inexistant alors que dans la situation du dimanche 26 avril, il est présent autant au sol centré sur la Biélorussie et la Roumanie, qu’en altitude avec l’excroissance en direction de l’Europe de hautes pressions de la Méditerranée orientale. Le résultat est clair. Dans le cas pascal, les précipitations arrosent fortement la région proche de la Grande bleue, le Mont Aigoual reçoit près de 100 mm, mais elles ne franchissent pas les crêtes des Cévennes. Au contraire le dimanche 26, la présence de l’anticyclone au-delà des Alpes provoque un flux de sud important qui fait remonter les pluies jusqu’à la région stéphanoise. Une fois de plus une constatation s’impose : plus le blocage par l’anticyclone au delà des Alpes est important, plus l’extension des précipitations remonte vers le nord en particulier sur les bassins versants de la Loire supérieure. Cet aspect peut intervenir en toutes saison mais c’est surtout à l’automne que la conjonction de hautes pressions au sol venant du continent ajoutées à celles d’altitude remontant des latitudes tropicales rend ces anticyclones très stables et leur blocage très puissant. La situation du 26 avril montre que ceci peut se produire en avril.

Je vous disais la semaine dernière qu’un temps de nord ou de nord-ouest peut  avoir des effets différents quand il a lieu en plein hiver ou au printemps, une situation cévenole n’a pas, elle aussi, la même intensité pluviale quand elle se produit en avril ou en automne.

 La même situation, donnant les inondations catastrophiques de l’automne, peut provoquer à la fin avril un arrosage salutaire de nature à faire taire tous les discours catastrophistes sur la sécheresse et le manque de la ressource en eau. En 48 heures, deux articles de médias différents sont arrivés le jour ou le lendemain de la grosse pluie, sur la sécheresse : un paradoxe.


Gérard Staron vous donne rendez vous samedi prochain sur les ondes  ou le site de Radio espérance 13 h 15, le texte étant repris sur zoom42.fr et ce blog.

 Bonne semaine à tous.



[1] Gérard Staron « Le ciel tomberait-il sur nos têtes ? » 2003 Editions Aléas, 15  Quai lassagne , 69001 Lyon, disponible chez l’auteur ou l’éditeur.

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