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25 avril 2009 6 25 /04 /avril /2009 22:05


Chronique climatologie N°724  : En avril tout est possible 


           Cette mi-avril semble marquer un clivage météorologique à plusieurs échelles.

Les descentes perturbées de nord n’ont plus l’impact, ni la forme qu’elles avaient les mois précédents.

Depuis le début du mois de mars on a pu constater leur possibilité de plus en plus faible à produire de la neige à moyenne altitude. Les descentes froides de fin mars, donnaient des chutes à basse altitude et tenaient un jour à 1000 mètres. La dernière du 16 avril a provoqué une chute à 1000 mètres et n’a tenu une journée qu’au dessus de 1200 mètres sur le massif du Mézenc. Sur le Jura, le manteau est repassé au dessus de 1000 mètres et a disparu à la Chaux de Fond. Sur les Alpes suisses, l’épaisseur maximale a atteint 5 mètres à Santis le 31 mars, un peu tôt dans la saison à 2500 mètres d’altitude pour un maximum. Le manteau fond régulièrement depuis avec 3,75 m le 22 avril.

Depuis la mi-avril, les situations orageuses sont revenues, originales, pas vraiment celles de l’été, mais on est sorti des temps de l’hiver. Habituellement,  le mécanisme orageux est celui de la convection. Il correspond à de l’air chaud accumulé au sol depuis le matin sous l’effet de l’ensoleillement qui s’élève dans l’après-midi. Ces derniers jours, l’inverse s’est plutôt produit, la chaleur du sol était plutôt limitée, mais la présence d’une goutte froide en altitude sur la France, puis le golfe de Gènes, a aspiré l’air du sol et a produit le même effet avec des orages à partir de la mi journée qui ont tournoyé autour de la dépression d’altitude.

Cette goutte froide a aussi provoqué pendant la première partie de la semaine une situation ubuesque au niveau météorologique et thermique, une France sans dessus dessous.

Strasbourg, Colmar ou Metz, villes les plus chaudes de France sous le soleil, quand le sud-ouest et les régions méditerranéennes gardent la fraîcheur et les précipitations. Voilà qui n’est pas usuel. Cette situation s’installe le 19 avril avec 19,3° à Metz. Elle atteint son maximum le 20 avec pour les 3 villes une température qui double presque celle de Toulouse avec 12°  et vraiment celle d’Albi 10,7° contre 22,3° à Metz. Le phénomène est visible jusqu’au 22 inclus. Le 23 les températures maximales chutent presque de moitié dans le nord-est du pays avec 14,6° à Nancy. L’air froid d’altitude est arrivé avec la dernière descente arctique du 16 avril, il a rejoint le sud du pays où il est resté emprisonné très haut au dessus de nos têtes. Pendant ce temps, la jonction entre l’anticyclone des Açores sur l’Atlantique et des hautes pressions sur les pays de la mer Baltique, a coupé de ses bases cet air froid d’altitude qui a stagné sur le sud du pays. Il est devenu ainsi une goutte, espace clos en altitude, et séparé de l’air arctique qui l’a amené.  C’est comme cela que le sud avait le mauvais temps et le nord-est le beau.

La même situation météorologique a de plus en plus de difficultés à imposer sa marque au climat. Il y aura d’autres tentatives de l’air arctique pour arriver jusqu’à nous. Il en déboule toute l’année. Avril est l’un des mois les plus concernés. Une autre descente froide aura atteint une partie occidentale de notre pays au moment où vous m’entendrez, mais la forme a changé par rapport à celles du cœur de l’hiver. Sauf au dessus de 1500 mètres, la neige est improbable. Quelques gelées se produiront peut être dans les cuvettes de moyenne altitude les plus exposées. Par contre une forme orageuse stimulera les précipitations avec des glissières qui vont remonter sur notre pays à partir du sud-ouest. Nous sommes passés dans les situations météorologiques d’été, même quand il fait mauvais temps par descente froide arctique.

Ce mois d’avril clivage au niveau saisonnier peut l’être aussi au niveau des évolutions interannuelles des températures. Lors d’une chronique récente, je vous signalais, pour des stations comme Saint Etienne Bouthéon, Laval ou Lille, comme Jean Louis Grieneisen  à propos de Lyon Bron, l’existence de cycles dans l’évolution des températures d’un peu plus de 3 ans. Pour arriver à cette conclusion, il faut utiliser les moyennes coulissantes sur 12 mois qui neutralisent les aspects saisonniers. Peu ou prou, nous avons tous deux constaté, aux stations déjà cités, des pics croissants dans ces moyennes se terminant  au début 1995, puis au début de 1998, puis de 2001, moins visible à Laval, puis fin 2003 et début 2004 et enfin selon les stations en avril ou en Mai 2007.   

Depuis cette dernière série, une baisse spectaculaire et continue  des températures a placé les moyennes coulissantes sur 12 mois à des niveaux que l’on n’avait pas connu depuis plus de 10 ans, soit depuis la première moitié de 1996, à la fin de février 2009 sur une grande partie de l’Europe, avec une diminution de l’ordre de 2 à 3° selon les stations. Ceci signifie qu’une grande partie du réchauffement antérieurement constaté a été gommé pendant ces deux dernières années. Après un mois de mars 2009 neutre au  niveau thermique, ce mois d’avril met-il fin à cette descente aux enfers ? C’est probable, les sondages effectués, en particulier ceux de mes relevés de Montregard, montrent que les moyennes d’avril seront  nettement supérieures à celles du même mois de 2008, mais notablement inférieures à celles de 2007 dont tous les observateurs avaient signalés le caractère exceptionnel au niveau thermique. Ceci signifierait qu’après la chute remarquable de ces deux dernières années, les moyennes montreraient une légère reprise.

Que les partisans du réchauffement ne se réjouissent quand même pas trop vite. Le refroidissement marqué de ces deux dernières années ne pouvait pas continuer selon le même rythme, car on serait passé à un petit âge glaciaire. Si les cycles d’évolution des températures sur 3 ans constatés depuis le début des années 1990 se confirment, un nouveau pic des moyennes devrait se produire au printemps 2010. On peut déjà dire soit qu’il sera soit nettement en retard, soit  beaucoup plus faible que le précédent d’avril ou mai 2007 ! Tout est mathématiquement ou statistiquement possible, mais la nature ne pourra pas suivre car il faudrait que pendant 1 ans, chaque mois ait une température supérieure de 3° par rapport à son équivalent de l’année précédente. S’il se produit, ce nouveau pic permettrait de constater, quand quelle proportion le réchauffement de la planète est stoppé au niveau des périodes les plus chaudes. Reviendra-t-on aux périodes les plus chaudes de 10 ans en arrière, comme les températures actuelles le laissent supposer ?

On attribue beaucoup de place aux glaces polaires et en particulier à la banquise de l’Océan Arctique dans l’évolution du climat. L’analyse à partir des informations officielles sur Internet montre que les glaces de mer suivent de quelques mois, et ne précèdent pas, les évolutions de températures constatées chez nous.

Le pic de température a eu lieu en Europe en avril ou mai 2007, le minimum de superficie de la banquise a été observé en septembre de la même année, avec une perte de 3 millions de km2 par rapport à la moyenne depuis 1979. A ce moment là, la tendance à la baisse du thermomètre était déjà bien amorcée chez nous.

La reconstitution  de la banquise à la fin de 2007 est très tardive alors que nos mois de novembre et décembre accentuent la baisse des températures

La fusion de l’été 2008 est beaucoup plus faible que celle de 2007 même si c’est la seconde en importance depuis longtemps.

La reconstitution de la banquise est beaucoup plus précoce et forte à la fin 2008. Depuis le début de ce mois d’avril, il faut remonter à 5 ans en arrière pour trouver une superficie englacée aussi étendue, proche de la normale des trente dernières années.

En même temps que la température baissait chez nous, la banquise se reconstituait avec retard après une période de vache maigre. Ce retard va-t-il freiner maintenant une éventuelle hausse des températures chez nous ? Ne donne-t-on pas trop d’importance à la banquise dans l’évolution du climat ?


Gérard Staron vous donne rendrez vous samedi prochain sur radio Espérance 13h15, le texte étant repris sur ce blog : gesta.over-blog.com et le portail  zoom42.fr.  

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